CULTURE, SOCIÉTÉ

Richard von Krafft-Ebing, le psychiatre qui voulait dépénaliser l’homosexualité.

Né en Allemagne le 14 aout 1840, Richard von Krafft-Ebing est, au même titre que Freud, un précurseur dans le domaine de la psychanalyse. Célèbre pour son travail sur le Psychopathia Sexualis, manuel à l’usage des médecins légistes et des magistrats, il est l’un de ceux qui ont contribué à définir le masochisme. L’aspect militant de son travail sur la sexualité humaine, notamment en ce qui concerne son implication dans la lutte pour la dépénalisation de l’homosexualité, longtemps oublié, en fait un cas à part et mérite d’être reconnu.

Par Victorien BIET

Ça n’est un mystère pour personne : en 1840, mieux vaux ne pas être homosexuel en Europe et à plus forte raison en Autriche, pays où l’Église exerce une très forte influence. Pourtant, alors que la société germanophone est toujours aussi répressive sur ces questions, un homme va se distinguer et apporter un regard nouveau sur l’homosexualité. Richard von Krafft-Ebing n’a pas fait mystère de ses positions sur le sujet et après l’étude de nombreux cas, le psychanalyste a adoptée une posture historique.

Pour lui, à la lumière de ses recherche et de nombreux articles sur le sujet, l’homosexualité n’est pas une déficience mentale. Si pour lui, en homme de son siècle et durant de nombreuses années, cette attirance relève toujours de l’anomalie, il finira par reconnaître son erreur en remplaçant ce terme par celui de “différenciation”, définition très proche de la notre.

Une personnalité polémique… même chez les LGBT.

Pourtant, l’homme n’a pas seulement été oublié par la communauté LGBT. Il est également rejeté et ce pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, s’il est critiqué, c’est à cause des sujets qu’il a pu choisir pour se faire une idée de ce qu’était l’homosexualité. Certains médias parlent même de sujets d’étude “d’académie et de Cour des Miracles”. L’on ne pourra que se ranger à cet avis puisque le psychanalyste s’est en effet penché sur de nombreux cas sans distinction de classe sociale, d’origines ethniques et culturelles, de santé mentale, etc. Mais n’est-ce pas justement sur ce point qu’il a vu le plus juste lorsque l’on sait toute la diversité de la communauté LGBT ?

L’autre objet de profond désaccord entre Krafft-Ebing et les historiens est la manière dont il concevait cette différence. Le titre de son ouvrage de référence, Psychopathia Sexualis, démontre bien cette volonté d’assimiler les sexualités alternatives à la “norme” à quelque-chose d’horrible, de dangereux, à quelque-chose qu’il faut cataloguer pour mieux l’identifier. Si l’homosexualité n’est jamais mentionnée dans ce contexte, nombreux sont ceux, dans le milieu gay, qui ne parviennent pas à le digérer.

Comment comprendre, alors, si le célèbre psychanalyste est à ce point persuadé qu’il est nécessaire de considérer les différences sexuelles comme des déviances, qu’il soit devenu l’un des plus féroces défenseurs de la dépénalisation de l’homosexualité ? Tout simplement parce-que les deux ne sont pas incompatibles. Pragmatique, Krafft-Ebing a rapidement compris toute l’absurdité de la pénalisation de l’homosexualité. Car si, comme la majorité de ses contemporains, il ne l’acceptait pas, il fut l’un des premiers à initier une véritable tolérance affichée en demandant cette dépénalisation. Pour nous, c’est un tout petit pas. Pour lui et pour l’époque, c’était un pas de géant.

+ D’INFOS 
– Psychopathia Sexualis, Richard von Krafft-Ebing, éd. Camion Noir.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s