SOCIÉTÉ

Nous, néophobes non-traités.

Depuis de très nombreuses années, soit une bonne quinzaine, je n’arrivais pas à m’ôter de la tête cette idée selon laquelle ma répugnance (voire pire) pour tout ce qui sortait de mon cadre alimentaire très peu équilibré était un cas unique au monde et que, fort malheureusement, j’étais incurable car seule victime de cette maladie qu’est la néophobie que nous possédons pourtant tous à différents degrés. De fait, depuis l’enfance, mon côté caractériel a rapidement eu raison de la volonté de ma mère et donc de la composition voulue saine et diététique de mes repas. Jamais habitué à la diversité, je me suis rapidement enfermé, sans progresser, dans une attitude hautement problématique pour moi et mon équilibre physique et psychologique. Je vous raconte. 

Par Victorien Biet.

Pas facile de manger des légumes, quand on est tout petit. Pour certains, comme moi, c’était même un véritable défi. Quelque-chose d’insurmontable. Ça l’est d’ailleurs toujours aujourd’hui. Le voilà, le problème. D’ailleurs, je me permet d’insister sur ce point pour les parents qui pourraient me lire : ne laissez pas votre enfant prendre de mauvaises habitudes alimentaires. Le goût de votre bambin se travaille et s’il n’est pas titillé régulièrement par la nouveauté, il va se rabougrir et votre progéniture vous le reprochera toute sa vie.

La Néophobie non-traitée, un handicap social.  

De fait, je n’ai jamais trouvé le moyen de remédier à ce véritable handicap. Et si je parle de « handicap », ça n’est pas par provocation, au contraire. Il est avéré que l’alimentation revêt une importance capitale dans la socialisation. Imaginez donc ce que cela peut représenter pour un enfant, de devoir subir chaque jour, durant des années de cantine scolaire, ce même blocage (quitte à se faire punir quotidiennement) et, une fois arrivé à l’âge adulte, de devoir se justifier en permanence de ne pas vouloir déjeuner avec ses collègues de bureau ou de ne calmer sa faim qu’avec des aliments à base de pommes de terre frites, de bonbons ou de gâteaux. Le handicap est quotidien et le traumatisme est bien réel. D’autant que cette maladie (qui n’est pas incurable, je le souligne) est fort méconnue et qu’elle peut ressembler, dans l’esprit de personnes mal-lunées, à un caprice d’enfant gâté. 

À cela vient s’ajouter un problème très grave et absolument dramatique sur le plan psychologique (voire psychiatrique, sur le long terme) : celui de la honte qui conduit à l’isolement social. En effet, comment ne pas avoir honte, passé 18 ans, d’imposer à vos amis de sortir au restaurant dans un lieu que vous avez spécialement choisi et où vous pourrez commander ce qu’il vous convient ? Peut-être avaient-ils envie de sushis, idée qui vous répugne au plus haut point ? Comment pouvez-vous leur imposer cela ?  De ce fait, vous faites le choix de ne plus sortir avec vos amis. Vous-vous isolez et vous-vous enfermez dans votre phobie. Dépression, solitude, suicide… Les conséquences peuvent être dramatiques.

Comment vivre avec.

J’ai longtemps pensé que la seule considération que je devais avoir était celle de mon poids. Imaginez donc ma surprise lorsque j’ai appris que « mauvaise alimentation » et donc « carences » rimait avec « perte de cheveux » et « problèmes de peau ». Sans compter les conséquences qu’entraine une alimentation trop riche en graisses. Imaginez donc mon horreur lorsque j’ai appris que les grands buveurs n’avaient pas le monopole des maladies de foie et que, faute je changement radical, j’allais probablement mourir d’ici quelques années de la « maladie du soda » récemment contractée par Pierre Ménès. Oui, on me dit toujours que je suis un peu excessif mais mieux vaux prévenir que guérir (d’autant que je suis un peu hypocondriaque, aussi).

Vivre avec cette phobie, n’est donc pas chose aisée et, si la vôtre se focalise essentiellement sur les aliments sains – comme la mienne -, alors pas de chance pour vous mais il va falloir redoubler d’efforts. Puisqu’il n’existe pas de solution miracle et que la seule méthode, que je vous détaille ci-après, demande énormément de motivation et un travail sur soi considérable, alors il va vous falloir tricher et compenser. Sachez-le : vivre avec, c’est le bagne et je ne le souhaite à personne. Pourtant, il est possible de pallier ce gros problème en évitant les excès, en ayant une activité physique régulière (au moins 12 kilomètres de marche rapide par jour, me concernant) et en pratiquant le jeun. De même, les compléments alimentaires (je pense surtout aux vitamines B) peuvent s’avérer très efficaces pour garder la forme !

Quelques pistes pour s’en sortir.

Le plus gros problème – à mon sens – du néophobe est le fait que, la plupart du temps, cet individu n’a personne à qui confier son problème sans être catalogué comme une personne “difficile” ou carrément “capricieuse”. De fait, comme pour tout problème d’ordre psychologique, il est essentiel de libérer la parole. En parler ne le résoudra pas mais vous permettra de mettre des mots sur vos angoisses et donc de mieux les comprendre. Je connais, personnellement, les causes de mon handicap et je me sens bien mieux armé ainsi, maintenant que je sais qu’il va me falloir effectuer un travail sur moi-même pour évoluer.

Si vous effectuez quelques recherches sur le net concernant cette phobie, vous tomberez sans doute sur de nombreux “spécialistes” vous conseillant d’effectuer une thérapie comportementale, tenez-vous bien, dans leur propre cabinet. Comme vous-vous en doutez, il est très peu probable qu’un tel traitement puisse fonctionner, à moins que le thérapeute ne sache vous anesthésier les papilles gustatives chaque fois que vous devez avaler un chou de Bruxelles. Le seul conseil, qu’il me faudra très bientôt appliquer à moi-même, que je pourrais vous donner – et que la majorité de ceux qui s’en sont sorti donnent à leurs congénères – est de vous préparer psychologiquement et de gouter de nouveaux aliments en très petites quantités. Amusez-vous et préparez vos propres petites recettes, des choses qui font plaisir à regarder et qui donnent envie d’être avalées. Dites-vous que ce sera un très long travail et que vous n’apprivoiserez pas votre palais en un repas. Apprenez simplement à gagner du terrain, progressivement, en goutant de nouvelles choses et, surtout, en vous faisant plaisir. L’idée n’est pas de vous faire dégobiller votre déjeuner sur votre plus beau tapis à cause d’une cuillère de petits pois (oui, c’est du vécu).

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