ACTUALITÉ, CULTURE

Halloween : Michael Myers à son meilleur.

Neuf ans que nous l’attendions et il est enfin parmi nous ! Neuf ans ? Que dis-je ? Quarante ans ! Quatre décennies qu’on patiente pour enfin avoir le droit à une suite digne de ce nom au chef d’œuvre de John Carpenter ! Pas seulement un remake, un reboot ou une suite oubliable comme ça a pu être le cas par le passé. Autant dire que j’attendais David Gordon Green, le réalisateur de ce nouvel opus, au tournant ! Vais-je être obligé d’aller bruler sa maison avec toute sa famille à l’intérieur ? Mon verdict…

Par Victorien Biet.

Alors déjà, Universal, tenter de me corrompre en invitant Jamie Lee Curtis au Grand Rex pour mettre le feu à la salle dans l’espoir de biaiser mon jugement, c’était bien essayé ! Bravo à vous… C’est même sacrément bien joué, en fait. Et là, je hurle intérieurement pour essayer de me convaincre (vainement) que vous avez échoué. En même temps, comment ne pas fondre devant cette incroyable grande dame ? Comment ne pas succomber lorsqu’en pleine transe, emportée par l’émotion, en plein discours sur l’aspect hautement féministe de son personnage, elle s’emporte et pousse un cri de rage contre le harcèlement sexuel si répandu dans son milieu naturel, Hollywood ? Alors j’ai craqué ! Mais n’ayez crainte, je me suis ressaisi ! Mais pas pour longtemps ! Je n’étais pas préparé à découvrir Halloween…

Retour aux sources. 

Jamie Lee Curtis, dans une interview donnée à Canal+, nous avait prévenu : dès les premières minutes, on allait comprendre le projet derrière ce nouveau film et que, clairement, les choses avaient été faites dans les formes, en conscience, dans les respect et dans l’amour de l’œuvre originale, sans jamais oublier l’aspect mythiques des suites désormais cultes bien que dispensables réalisées durant les quarante dernières années. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne s’est pas foutu de nous. Dès la toute première seconde, dès le premier mot du générique d’ouverture, on comprend ce qu’a fait David Gordon Green. 

Des lettres grossières et orangées so 70’s apparaissent à l’écran pour rendre hommage au travail de Mustapha Akkad sur la franchise durant presque un demi siècle puis le film commence, doux, lumineux, apaisant… malsain. Du Carpenter tout craché. Le réalisateur a eu à cœur de reproduire l’atmosphère du film original et ça se sent, et c’est bien fait, et ça fait du bien, bon Dieu ! Car, contrairement à un film comme La Nonne, qui vaux ce qu’il vaux, entendons-nous, Halloween ne cherche pas à faire sursauter mais à créer le malaise. Et lorsque le titre apparait après une scène d’ouverture sublimement dérangeante, on sait qu’on est en face de quelque-chose d’important. Les bases sont posées, le spectateur est remis à sa place, le film peut commencer. Générique.

Un point sur le générique. 

C’est un point déterminant sur lequel je me préparais à raller, sachant que, à mon sens, un bon Halloween commence inévitablement par l’iconique « plan citrouille » et la musique originale pondue sur un coup de génie par Carpenter en personne. Le Master of Horror, vous le savez, est de retour à la composition et David Gordon Green a tenu à lui faire honneur. La citrouille est là, la musique est là, tout est là ! C’est exécuté de manière élégante et innovante (bien qu’un peu trop factice à mon gout). Ça n’est pas une copie conforme mais c’est un hommage respectueux et c’est tout ce qu’on lui demandait ! 

Histoire d’une dépression.

Halloween n’est pas qu’un simple film d’horreur sur un serial-killer qui trucide des ados défoncés à la weed entre deux parties de jambes en l’air. C’est un film qui a un message et Jamie Lee Curtis se charge de vous le faire comprendre durant la première moitié du métrage qui, c’est dommage, ne développe pas, c’est mon avis, suffisamment les liens entre Laurie Strode et sa fille. Pourtant, ce détachement apparement sans raison, ce rejet d’une fille pour sa mère, cache un lourd passé, quelque-chose de plus profond. Nous n’en saurons pas plus mais, parfois, un regard, un geste, une larme, vaux mieux que mille mots.

En abordant des thèmes tels que la dépression ou l’alcoolisme, le réalisateur confère à son film une aura plus militante et moins gratuite. D’ailleurs, c’est tout autant le cas lorsqu’il aborde le thème des tueries de masse. En effet, jamais un Halloween (hormis peut-être ceux de Rob Zombie… quoi que…) n’a été aussi brutal et jamais Michael Myers n’a tué tant de gens aussi gratuitement… Quitte, parfois, à trahir un peu le personnage original qui était bien plus discret et méthodique, à mon sens.

« J’suis pas v’nu ici pour souffrir, ok ? »

Car, le moins que l’on puisse dire c’est que ce film est violent ! D’ailleurs, il est bien plus que violent. Gore, parfois très crade, malsain, inhumain (à l’échelle des spectateurs de films grand public, évidemment), Halloween est véritablement différent de ce qui avait pu être fait jusqu’à présent. D’ailleurs, malgré qu’il s’agisse d’un Blockbuster, il se permet de lever un certain nombre de tabous. Ici, personne n’est épargné, pas même les enfants. D’ailleurs, il vient un moment dans le film où le réalisateur nous met un gros coup de pression. On se demande s’il osera aller plus loin, en mode A Serbian Film, quitte à perdre les spectateur… Heureusement, il s’en est tenu là. L’excès, même en ce qui concerne le cinéma d’épouvante, n’est jamais bon.

L’aspect récurant des films Halloween, c’est que, de manière générale, ils ne sont pas insoutenables et donc pas durs à regarder (oui, même le remake et la suite de Rob Zombie). Pour le coup, ce nouvel épisode est à déconseiller aux âmes sensibles qui pourraient s’offusquer de voir à l’écran un personnage pour le moins sympathique (et pas dégueu) se faire suspendre à une cloison par un couteau planté dans la nuque (et bon appétit) telle une jolie décoration murale. Pour autant, on ne sombre pas dans le gore pour le gore et ce qui compte avant tout, c’est le frisson provoqué par l’ambiance. Et ça marche, bordel !

À la source des peurs.

Il y a une raison à cela, d’ailleurs. Le film, comme avait si bien su le faire It, Chapter 1, joue sur des peurs intestines, des traumatismes d’enfance, pour toucher son public. La peur du monstre dans le placard par exemple ! Ou le tueur sur la banquette arrière ! Tout cela est fait avec une telle maitrise, une telle connaissance de la psychologie du spectateur que s’en est presque effrayant. Il est d’ailleurs fort dommage que l’une des scènes les plus impressionnantes du film (celle du placard, justement) ait été montrée dans la bande-annonce car tout le sel de ce passage réside dans le postulat que non, il ne doit rien y avoir dans le placard et qu’il n’y aura probablement rien. Pas à ce stade, pas si tôt. Comment serait-ce possible ? Si la surprise n’avait pas été gâchée par le trailer, je pense que je n’hésiterais pas à qualifier cette scène de brillante.

Un point sur la scène du placard. 

Non, ça n’est pas tout car il y a un hic ! Un très gros hic ! Nombreux ont été étonnés de constater que, dans la bande-annonce, l’effet de peur soit gâché par le fait que l’on puisse apercevoir le tueur dans le placard quelques secondes seulement avant le screamer. Rassurez-vous, il n’en n’est rien dans le produit final. Et pour cause : les plans sont totalement différents. J’ai donc été de très mauvaise foi en disant que l’effet était gâché. C’est loin d’être le cas et j’apprécie grandement le piège tendu par le trailer qui m’a fait sortir de ma zone de confort. C’était brillant. Je remarque d’ailleurs que de nombreuses images utilisées dans la bande-annonce ne sont visibles à aucun moment dans le film… Cela annonce beaucoup de bonheur pour les amateurs de scènes coupées lors de la sortie vidéo !

Mais vous êtes qui, au juste ?

Le gros point noir du film, en revanche, se situe dans le traitement des personnages les moins importants. Je m’étonne, par exemple, que ceux que l’on nous présente comme des protagonistes de haut rang dans la bande-annonce, les deux journalistes, soient éliminés si rapidement. En même temps, ils le sont avec une telle violence, une telle brutalité, une telle inhumanité, que l’on se demande presque si ça n’était pas voulu. Encore un nouveau moyen d’atteindre le spectateur qui a pu s’attacher à eux rapidement. Le doute plane encore sur le sort du monsieur dont on ne nous dit pas s’il s’en est sorti. On espère que non sachant que ce personnage est véritablement insupportable et détestable au possible. On est presque soulagé de le voir se faire démolir par Michael Myers.

Des acteurs au top. 

Au niveau des acteurs, je n’ai pas grand chose à redire, en effet. Ça a été un très grand plaisir de voir Jamie Lee Curtis reprendre son rôle de Laurie Strode. Elle excelle dans le jeu de la grand-mère alcoolique un peu dingue. En revanche, ce qui n’altère en rien leur interprétation, Judy Greer et Andi Matichak, jouant respectivement Karen et Allyson Strode, sont éclipsées par l’importance donnée à Laurie, ce qui a pour résultat de les faire oublier pour un temps, leur relation ne prenant pleinement son sens qu’à la fin.

À la vérité, on aurait pu penser que Blum House ferrait de cette œuvre un film pour ados avec des gamins sans personnalité, qui pensent avec leur bite, n’ont aucun sentiment ni aucune complexité. C’est tout l’inverse que nous offre David Gordon Green. Tous, ici, ont leur importance. Ils sont sympas, ils sont drôles, ils sont touchants, ils sont tout sauf de pauvres clichés d’ados à la 13 Reasons Why. Même le petit gros libidineux, métaphoriquement weinsteinien, a sa profondeur et apporte quelque-chose de neuf au scénario. Sur ce point, c’est carton plein pour Halloween.

Pour les vieux comme pour les jeunes. 

Là où le film fait fort, c’est en transposant la réalité des spectateurs de ce nouveau Halloween, soit trois générations différentes réparties sur quarante ans, dans le cadre de la famille Strode qui va devoir combattre Michael Myers à elle toute seul. Ça n’est pas peu dire, d’ailleurs, car deux de ces femmes sont sur-entrainées et la dernière présente des aptitudes certaines au maniement du couteau de cuisine. C’est pour cette raison, je pense, que le film plaira à tous. Pas seulement aux fans du film original qui y verront la meilleure suite jamais portée à l’écran et pas seulement non plus aux petits jeunes amateurs de sensations fortes qui seront initiés à un cinéma d’horreur de papa rafraîchi avec les codes d’aujourd’hui. Pour la première fois, un épisode de la franchise va mettre tout le monde d’accord.

Un petit point sur la famille Strode. 

C’est une véritable question que je me pose et qui me triture les méninges depuis quelques jours. Pourtant, aujourd’hui, maintenant que j’ai pu découvrir le film, je comprends pourquoi les trois héroïnes du film portent le nom de Strode. Là encore, il s’agit d’un acte militant, un acte féministe. Laurie est une femme forte qui n’a pas besoin des hommes pour se défendre, les surpassant largement. Je peux me tromper mais je suppose qu’elle affirme sa force en conservant son nom de famille (bien qu’elle ait été mariée deux fois, d’après elle) et en l’imposant à sa fille qui, c’est drôle, a fait le choix de l’imposer également à sa propre fille malgré l’aversion qu’elle peut avoir pour sa mère. Psychologie de comptoir, bonsoir.

Une fin convenable qui pose question.

Là où tous ne tomberont certainement pas d’accord, c’est sur la fin. Quelle fin, mes amis ! Et, pour le coup, je ne suis pas pleinement convaincu même si je me réjouis qu’il s’agisse d’une fin ouverte qui laisse présager d’une future suite dont on espère qu’elle retiendra les leçons si bien apprises par ce nouvel épisode. Sur le plan du montage, premièrement, je trouve que la dernière scène, celle qui précède le générique, est beaucoup trop rapide et convenue. Rien qui ne puisse être corrigé avant la sortie en salle, j’imagine. Mais qui m’écoutera ?

Pour autant, il reste que la fin ne laisse pas de grande marge de manœuvre pour une suite malgré l’absence de réponse à la question suivante : il est mort ou pas ? Car, puisque l’issue est relativement la même que celle d’Halloween 2 (Rick Rosenthal) et que la suite devra prendre en compte le fait que Michael Myers soit maintenant amputé d’une partie de sa main gauche, on voit mal comment une suite pourrait justifier son retour… Hormis si Blum House décide d’ouvrir un nouvel espace-temps de la saga ou de se la jouer Halloween 4 avec une guérison miraculeuse à des brulures au 666ème degré. Dans tous les cas, si c’est Green qui reprend les commandes, je ne me fais pas trop de soucis. Il a toute ma confiance. La relève est assurée.

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