ACTUALITÉ, CULTURE

Un Peuple et son Roi : la désillusion française.

J’avais véritablement hâte de découvrir ce nouveau film sur la Révolution Française, l’une de mes périodes préférées de l’histoire de France, l’une de celles que je connais le mieux. C’est donc en terrain ami que je pensais m’aventurer… Le retour a la réalité a été aussi brutal que désolant. C’en est presque effrayant.

Par Victorien Biet.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Non, franchement, à 48 heures post-visionnage, j’ai encore du mal à m’en remettre. La Révolution Française est une période si vaste, si riche, si incroyable et (bordel) si facilement adaptable à l’écran qu’il était humainement impossible de se louper ! Alors comment expliquer ce rattage intégrale ? Comment justifier qu’on torche le socle de notre histoire contemporaine en deux heures de temps (si l’on oublie que la moitié du film n’est que pure fiction) durant lesquelles nos héros nationaux ne font pas que briller par leur absence mais aussi par le dégout qu’ils peuvent nous inspirer ? De quoi devenir monarchiste.

Une insulte à l’histoire de France.

Je dois avouer que, du début à la fin de la séance, je suis resté pour le moins dubitatif même si, dans les faits, je bouillonnais intérieurement, bouche-bée. Car, finalement, et c’est peut-être ça le plus grâve, Un Peuple et son Roi ne fait pas d’histoire. Il fait de la sociologie et de la philosophie… et un peu d’art aussi (mais j’y reviendrai après). Et attention ! Pas le temps de faire dans le détail ! Nous n’avons que deux heures pour raconter cinq ans d’histoire et montrer l’inutilité du personnage fictif de Gaspard Ulliel.

Les femmes de Paris prenant d’assaut le château de Versailles ? Connais pas. Les États Généraux ? Qu’est-ce que c’est ? Ça se mange ? La fondation de l’Assemblée Nationale ? Pas le temps. Non, on préfère consacrer un quart d’heure à Basile (Gaspard Ulliel) apprenant le métier de forgeron tel Bruce Wayne s’initiant au kung-fu dans Batman Begins. C’est même pas lamentable et pathétique. C’est juste insultant. Rien que pour cette raison, Un Peuple et son Roi, s’il n’est pas totalement inutile, est largement dispensable. Si vous cherchez un bon film pour apprendre à vos gosses l’histoire de leurs droits civiques (sans passer sous silence les crimes des Sans Culotte comme le fait Un Peuple et son Roi), je vous recommande plutôt La Révolution Française de Robert Enrico et sa suite de Richard T. Heffron. Ce sera plus pertinent, plus instructif et surtout moins chiant (étonnant sachant que cet autre film aura trente ans l’année prochaine).

I need a hero !

Là où le film se montre véritablement impardonnable, c’est dans la place qu’il donne aux grands noms de la Révolution Française. Si on vous a vendu Robespierre comme l’un des personnages principaux du métrage, c’est un mensonge. Trois scènes, au grand maximum ! C’est tout ce qu’aura Robespierre sans qui, rappelons-le, la Révolution ne serait jamais allée aussi loin dans l’horreur. On nous le présente vaguement comme un personnage important (puisque tout le monde, à la Convention semble se mettre d’accord là-dessus sans véritablement savoir pourquoi) mais le film n’ira pas plus loin. Pourtant, il peut s’estimer heureux puisque ça n’est rien par rapport au personnage de Danton qui devra se contenter de deux scènes (dont une muette). Et Mirabeau ? Que tchi ! Vous la sentez, la colère ?

Largement plus présent à l’écran, Marat nous est présenté comme une sorte de monstre à forme humaine enveloppé dans un joli costume à col en fourrure (me faisant l’effet d’un très bon Monsieur Scrooge, c’est vous dire le désastre). À moitié fou (voire complètement cinglé par moments), le personnage est totalement dénué d’humanité et sa sauvagerie n’a d’égal que sa lâcheté et son talent pour la manipulation. Si l’on ne peut nier l’aspect sanguinaire de Marat et son implication dans les Massacres de Septembre (eux aussi jamais montrés à l’écran), il ne faut pas non plus oublier son côté lumineux et ses motivations réelles, lui qui sait mieux que personne ce que représentent la pauvreté, le malheur et la merde dans laquelle vivaient les parisiens (dans une plus large mesure que les français dans leur globalité) à cette époque.

Mais puisqu’on vous dit que c’est de l’art !

Pour être tout à fait franc, je me suis rarement autant ennuyé que devant Un Peuple et son Roi (et j’ai vu Des Hommes et des Dieux, c’est dire). Pourtant, par moments, le réalisateur essaye de nous divertir, le bougre ! Dommage qu’il le fasse aussi mal, cependant. Il est des scènes, comme celle du souillage de Louis XVI par ses ancêtres, qui font plus pitié qu’autre chose. Pierre Schoeller tente le tout pour le tout pour sauver son œuvre du massacre. Même en poussant la chansonnette (à tel point que j’ai fini par penser que le film était une comédie musicale). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne marche pas.

Et si ça ne marche pas, ça n’est pas sans raison puisque, non content de tenter de présenter la Révolution Française du point de vue sociologique en parlant du peuple en lui-même, le réalisateur essaye de faire de son film une œuvre d’art à grands coups de plans sympathiques (et surtout totalement hors-sujet) sur le soleil (oui, l’astre) et sur les habitants du quartier de la Bastille dissertant pendant quinze minutes sur le fait qu’enfin, ils peuvent voir la lumière du jour maintenant que la forteresse est démontée (on ne verra rien de la Prise, bien-entendu). D’ailleurs, l’incrustation digitale de la Bastille est une véritable horreur qui fera frémir n’importe-quel amateur en effets spéciaux. Enfin bon, on va pas chipoter.

Là où le film a véritablement commencé à me taper sur le système, c’est lorsqu’il a commencé (assez tôt, vous en conviendrez) à essayer d’être joli et original de par une découpe confuse et un assemblage pour le moins absurde (“Regardez, j’ai fait des études de cinéma ! Ma manière de filmer est tellement originale et spirituelle !”). Dans les faits, cela donne un résultat confus et ça n’est surement pas à cause du Syndrome de Stendhal que vous aurez mal à la tête à la fin de la séance, croyez-moi. Honnêtement, je pense que ça n’est pas en s’enfermant toujours plus dans une vision obtuse, universitaire et intellectualisée de la réalisation (on ne va pas au cinéma pour voir un compte-rendu de cours magistral, merde) que le cinéma français retrouvera ses lettres de noblesse.

Et maintenant, le peuple !

Vous êtes prévenus, Un Peuple et son Roi est une œuvre de fiction ! N’y allez surement pour vous instruire, sauf si vous manquez d’un cours d’éducation sexuelle dispensé par Gaspard Ulliel et cette autre actrice qui rivalise d’inutilité scénaristique avec son partenaire. Dans ce film, il est question du peuple avant tout et il a des choses à nous dire ! Enfin, dans les faits, tout cela reste confus même si l’on comprend bien les motivations des révolutionnaires et plus particulièrement des personnages mis en avant (sauf Basile qui reste un mystère insondable).

Là où le film se montre intéressant, en revanche, c’est lorsqu’il met en avant l’aspect hautement manipulable des émeutiers qui, en particulier sous l’influence de Marat, sont prompts à croire tout ce qu’on leur raconte pourvu que cela alimente leur fantasme de la corruption étatique et les valorise en tant que garants de la vertu civique. C’est presque pertinent sachant qu’il est tout à fait possible de faire un parallèle avec notre époque où les hoax sont quotidiens et font parfois la une. Ça serait parfait si c’était historiquement vrai. Malheureusement, ça n’est pas le cas et il est beaucoup trop simpliste de résumer la Révolution Française à Marat et à son talent présumé pour la manipulation des masses.

Pour conclure, je n’aurais qu’un vœux : que le réalisateur s’en tienne aux Années Lumières et laisse tranquilles la Terreur, le Consulat et l’Empire. Rien que de penser qu’il pourrait adapter la vie de Bonaparte, j’en ai des vertiges.

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