ACTUALITÉ, CULTURE

Suspiria : Sorcières et Art Contemporain.

Pour certains, comme pour moi, Dario Argento, c’est un peu comme une sorte de mythe. On ne touche pas au Maître Yoda de l’horreur italien ! C’est vrai, lorsque j’ai appris que Blumhouse allait “rebooter” la saga Halloween, j’ai un peu tremblé sur mes bases et il en fut de même, si ce n’est plus, pour ce qui est de Suspiria que beaucoup érigent en exemple horrifique, cinématographique et artistique… même si, admettons-le, il a assez mal vieilli. Je m’attendais donc au pire d’autant que j’ai toujours trouvé Dakota Johnson, qui incarne ici le rôle principal, pour le moins insipide. Heureusement, je m’étais lourdement trompé.

Par Victorien Biet

Par où commencer ? J’ai eu besoin de deux visionnages, dans la même salle, à trois jours d’intervalle, pour me faire une idée de ce que valait véritablement ce Suspiria. Il faut dire que Luca Guadagnino, à qui nous devons le fameux Call Me By Your Name, ne nous a pas épargnés avec ce pseudo-remake qui est plus un grand nettoyage de printemps de l’œuvre original et un coup de balais aux idées préconçues que pouvaient s’en faire les puristes. Trêve de métaphores ménagères. Je suis ressorti de la salle ensorcelé, encore plus la seconde que la première fois.

Aux sources de l’horreur.

Oppressant, malaisant et parfois même insoutenable, ce Suspiria aura sans doute été l’une de mes expériences cinématographiques les plus intenses. Ça n’est pas pour rien que, durant les deux séances, de nombreux spectateurs se sont levés pour quitter la salle durant les scènes les plus malsaines. Rires de dégout, cris de terreur et gémissements apeurés se succèdent et, durant plus de deux heures de film, les spectateurs sont écrasés dans leur siège. Je dois avouer que je n’avais jamais vu ça.

En ce qui me concerne, le métrage de Guadagnino m’a marqué tout autrement. En effet, lors du générique de fin, j’ai eu l’étrange sensation d’être l’un des rares dans le public a avoir compris ce que voulait faire le réalisateur. Bien-sûr, la violence extrême et les effusions de sang m’ont bien marqué, surtout la première fois, mais je pense intimement qu’il faut savoir voir plus loin et comprendre la profondeur du message à la fois politique et artistique de cette sauvagerie, mais nous y reviendrons.

Ça n’est d’ailleurs pas le principal ressort horrifique du film puisque c’est avant tout sur son ambiance que le réalisateur a misé. Point de screamers et autres épouvantables clichés de l’épouvante contemporain. C’est le mystère, l’invisible, qui nous fait frémir. C’est le pouvoir immense et mystérieux de ces sorcières plongées dans un Berlin-Ouest sombre en pleine décrépitude. C’est la beauté anarchique et infernale de Volk, le ballet servant de toile de fond artistique à la Compagnie Markos tout au long du film. C’est brillant et ça fonctionne complètement. Bon, vous n’en ferez pas des cauchemars non plus mais j’en connais plus d’un qui rentrera chez lui dans le silence, seul avec ses pensées, après un visionnage éreintant.

Pouvoir aux filles (et aux opprimés) !

Il faut le dire, ce Suspiria est une petite révolution, à l’horizon 2018, alors que les conservateurs du monde entier s’unissent pour renvoyer les femmelles dans leur cuisine, les racisés dans leur “pays d’origine” et pour faire taire les revendications des minorités sexuelles et de genre. Pour le coup, le film côche toutes les cases et fait un carton plein militant sans jamais aborder très explicitement ces différents sujets.

Tout d’abord, il convient de souligner l’importance qu’est donnée aux femmes dans ce film. C’est simple : il n’y a qu’un seul personnage masculin d’importance et, je vous le donne en mille : il est joué par une femme. Les autres ne sont que des figurants ou sont tout bonnement “castrés” par les sorcières qui prennent un malin plaisir à humilier leur virilité toxique de mâles dominants. Quelle jubilation. Suspiria est reçu d’entrée au test de Bechdel et avec les honneurs.

Le deuxième point qui m’a marqué est le traitement de la sexualité et de la question du genre. En effet, ici, la sexualité est traitée de manière élégante et pudique. On pourra même y voir une sorte de pansexualité assumée et normalisée des personnages qui cultivent sans cesse l’ambiguïté au niveau de leurs relations. C’est d’autant plus flagrant, lors de la dernière moitié du film, lorsque l’on cherche à comprendre la nature du rapport entre Suzie et Madame Blanc qui, pour moi, va beaucoup plus loin qu’une simple relation mère/fille.

Un point sur Caroline (Gala Moody).

Silencieuse tout au long du film et faisant office de simple figurante, elle est peut-être celle qui m’aura le plus intrigué durant le visionnage. Visiblement, avec le choix de cette danseuse professionnelle pour jouer, dans son premier rôle au cinéma, le personnage de Caroline, Guadagnino a également tenu à évoquer la notion de genre. En effet, la jeune danseuse se plaît à cultiver l’ambiguïté sur son genre, que ce soit dans le film ou sur ses réseaux sociaux où elle se revendique 100% Queer. Charmé du début à la fin par ce visage aux contours étonnants et délicats, j’ai tant espéré qu’elle soit un garçon (simple question d’orientation sexuelle) ! Mais j’ai été contraint à me rendre à l’évidence lorsqu’après une courte recherche sur Google, je découvrais qu’il s’agissait de Gala Moody, une jeune femme qui demeurera, je l’espère, mon seul coup de foudre féminin.

Finalement, je déplore que le seul rôle racisé du métrage soit si effacé. Bien que l’on comprenne que Miss Millius, campée par la sublime Alek Wek, est un personnage très puissant et d’une importance primordiale, difficile de retenir sa performance tant on se demande ce qu’elle apporte au scénario.

Un fil rouge dispensable mais intéressant. 

Le plus gros point de doute du film est peut-être le personnage du Docteur Jozef Klemperer, campé par la délicieuse Tilda Swinton, qui permet au réalisateur de justifier la durée incroyablement longue de son film. Pourtant, si certains ont pu être déconcertés par ce moment de flottement pour le moins inattendu, totalement absent du film original d’Argento, je pense qu’il permet de donner une légitimité et un contexte au fait historique abordé dans le film : la séparation de Berlin et de l’Allemagne en deux nations rivales.

Non seulement, de par ses voyages entre les deux côtés de la ville, Klemperer permet de montrer la situation des berlinois au début des années 70 mais aussi de comprendre le pourquoi du comment de ce mur qui a fait tant de mal à l’Europe.

Car, en vérité, le psychiatre est torturé par son passé et par la perte de sa femme (jouée par Jessica Harper qui interprétait Suzy dans la version d’Argento) sous le règne sans partage des nazis. Nouvelle occasion pour le film d’évoquer la place des femmes au sein des régimes totalitaires et de revenir, comme l’avait fait Rose Bosch avec La Rafle, sur l’aveuglement de certains hommes et ses conséquences devant les crimes perpétrés par les nazis.

Un final déconcertant… mais si élégant. (SPOILER ET ANALYSE)

Et comment ne pas évoquer ce final qui a déjà tant fait parler ? Pour l’aborder correctement, il va sans dire que je vais devoir spoiler au maximum et sans la moindre retenue mais que je vais aussi devoir me lancer dans un travail d’analyse. Donc, si vous n’avez pas vu Suspiria, je vous conseille de filer au cinéma avant de lire ce qui suit. C’est parti :

La révélation de ce final, qui a fait saigner des oreilles bon nombre de puristes, est bien entendu la véritable identité de Mater Suspiriorum. Il s’agit en fait de Suzie dont le titre a été usurpé par Helena Markos. De fait, pour en être parfaitement certain, il faut connaître les bases de la Trilogie des Trois Mères de Dario Argento (Suspiria, Inferno et Mother of Tears) et la mythologique qui en découle. En effet, le personnage crédité “Death” au générique n’est pas là par hasard. Dans Inferno, Mater Tenebrarum révèle au personnage principal que les trois mères (Mater Lacrimarum, Mater Tenebrarum et Mater Suspiriorum) sont une seule et même entité : la mort. De fait, à partir du moment où Suzie reçoit dans cette scène l’approbation de ce personnage qui tue, par la même, Helena Markos, nous pouvons affirmer avec une quasi certitude que cette dernière est une usurpatrice et que l’héroïne est et a toujours été Mater Suspiriorum.

Un point sur Helena Markos.

Lors de la première séance, je dois avouer que j’ai été assez déçu par le dénouement, m’attendant à découvrir une Helena Markos au sommet de sa puissance, ce qu’avait échoué à faire Dario Argento dans le film original. Pourtant, c’est une loque diminuée et putréfiée (mais pas impuissante) que j’ai découvert à l’écran, cassant tous mes fantasmes de grande méchante charismatique pour un personnage qui se révèle, au final, plutôt pathétique. Il me faudra un deuxième visionnage pour apprécier pleinement le traitement qui en est fait et pour comprendre l’intérêt d’en faire une usurpatrice du titre de Mater Suspiriorum qui revient en fait à Suzie. Si Guadagnino réalise un spin-off sur elle, je serai parmi les premiers à réserver mes places !

De même, cette “guerre des chefs” qui s’achève par une victoire du “bien” sur le “mal” est l’opportunité d’une réflexion sur l’autre toile de fond du film : les Fractions Armée Rouge qui, à cette époque aussi, souffrent d’une guerre interne alors que le mouvement enchaine les actes terroristes et les braquages. Où est le bien ? Où est le mal ? Le final est l’occasion pour nous de comprendre que, dans l’absolu, rien n’est tout blanc ou tout noir. En vérité, de la même manière que la Compagnie Markos, l’objectif initial de ces terroristes est un idéal dans lequel de nombreux ouest-allemands de l’époque se reconnaissent. Cependant, entre de mauvaises mains, il s’est auto-détruit, ce à quoi la Compagnie finira par échapper avec l’arrivée de Suzie.

Si l’on peut légitimement douter que cette nouvelle Mater Suspiriorum soit l’incarnation du bien, nous pouvons opter pour une espèce de neutralité sachant qu’elle est la fille spirituelle de Madame Blanc, cette sorcière qui voulait privilégier l’utilisation de la magie dans un but artistique et qui a toujours cherché à la protéger. Elle finira d’ailleurs par en subir les conséquences funestes dans un dernier acte de loyauté à la véritable Mère des Soupirs mais aussi à la Compagnie toute entière, comprenant que la cérémonie verrait la disparition d’Helena Markos et donc, par la même, la dissolution du Coven.

Pour en finir avec cette longue et surpuissante scène de fin (avant un épilogue pour apporter une conclusion satisfaisante à l’histoire de Jozef Klemperer), il faut tout de même aborder la question de la mise à mort des sorcières pro-Markos. Car, en effet, si tout ce que nous avons évoqué précédemment était autrement intéressant que ce point de détail, c’est ce passage qui a le plus profondément marqué le public tant il est violent et dégoulinant d’hémoglobine.

Une fois de plus, j’aimerais y voir un parallèle avec les Fractions Armée Rouge mais je pense que c’est chercher beaucoup trop loin la métaphore là où ne se cache surement que du sang… pour du sang. En effet, à mon sens, il serait possible de mettre en parallèle cette scène avec celle où nous apprenons que les “prisonniers politiques” de la Bande à Baader se sont suicidés dans leur cellule, morts par dévotion à leur idéal. N’est-ce pas le message qu’a voulu faire passer Luca Guadagnino en faisant mourir plus de la moitié du Coven ? “Mourrons et longue vie à la mère” ? Je ne sais pas. Peut-être faudra-t-il que je revois le film une nouvelle fois, chose qui ne me dérangera absolument pas, pour que j’en comprenne toutes les subtilités.

Une bande-son qui touche au sublime.

Je pense qu’il est utile de mettre l’accent sur le fait que l’aspect gestuel et musical de ce Suspiria a été travaillé jusqu’à la perfection par le réalisateur qui a mis toutes les chances de son côté en recrutant Damien Jalet pour la danse et Thom Yorke, chanteur de Radiohead, pour la musique. Quelle jubilation lorsque nous découvrons l’alchimie née de l’union de la musique et des chorégraphies interprétées par des acteurs au sommet d’un art qu’ils ne maitrisaient pas nécessairement à la base. Mention spéciale à Dakota Johnson qui, s’il est vrai que c’est la première fois de sa vie qu’elle pratique la danse, est sacrément douée.

Pour ce qui est de l’album créé spécialement pour le film et dont la pochette aux couleurs criardes a déjà fait nombre d’aveugles parmi les cinéphiles, je ne peux que me réjouir d’une telle richesse. De même, j’ai été agréablement surpris de constater que les bruitages du métrage faisaient entièrement partie de la bande son. Je pense que si ça n’avait pas été le cas, des morceaux tels que The Hooks auraient été pour le moins ennuyeux. En l’occurence, ce dernier fait partie de mon top cinq de mes morceaux préférés avec Suspirium, Sabbath Incantation, Volk et Unmade. Je ne peux que vous recommander de l’acheter, de l’écouter et de le réécouter. Il faudra bien ça pour patienter en attendant la sorti du film en Blu Ray en Mars 2019 et, sans doute, sur la plateforme d’Amazon Prime, ce qui serait une très bonne surprise.

Pour conclure, je n’irai pas par quatre chemins. J’ai été comblé par ce Suspiria, de bout en bout. Plus qu’un très bon film, pour moi, c’est une obsession. À la sortie, c’est un véritablement sentiment d’accomplissement et de satisfaction, d’avoir touché au sublime l’espace d’un instant, d’avoir capté l’essence des beautés esthétique et non-esthétique au sein d’une même œuvre qui refuse de quitter mon esprit. Au final, si la magie existe bel et bien, elle porte un nom : Suspiria deuxième du nom, successeurs émérite du film de Dario Argento ayant réussi l’exploit que tout le monde pensait impossible de surpasser son illustre prédécesseur.

 

ACTUALITÉ, CULTURE

Bastien Gral : “Si vous saviez à quel point c’est facile, vous diriez que c’est de l’arnaque”.

Vous savez ce qu’il manque à ce monde ? Un peu de folie, un peu d’excentricité, un peu de Bastien Gral. Il manque un peu de ce petit personnage haut en couleur et bourré de talent qui, du haut de son mètre-soixante-cinq, vous fait voir votre propre réalité à travers la lunette délicatement raffinée (et parfois indélicatement gonflée) de son art irrévérencieux et rafraîchissant. J’ai pu le rencontrer pour en savoir plus sur sa personnalité et sa vision de l’art et du monde dans lequel nous vivons.

Propos recueillis par Victorien Biet

Bastien, qui es-tu ? 

Je suis un artiste. Artiste performeur, instagrameur, pas encore plasticien ni photographe, modèle photo et surement futur acteur porno (rire). Non, en fait, je n’en sais rien. Je fais des performances et j’ai exposé il y a peu de temps pour la première fois de ma vie. Aujourd’hui, c’est ma première interview donc oui, on peut dire que je débute. Sinon, j’étudie l’histoire de l’art à la fac mais je considère que je suis artiste avant d’être étudiant. Je souhaiterais que tous les artistes, qu’ils soient musiciens, acteurs, auteurs (…), qui étudient considèrent que leur première activité est leur activité artistique.

Et donc, comment te projettes-tu dans l’avenir ?

Mort à 27 ans. Non, plus sérieusement, je suis et resterai artiste et je n’aurai aucun souci, pour vivre, à faire un boulot à côté. Mais, pour moi, ça ne sera jamais faire un boulot et, en parallèle, être artiste. Je veux continuer à créer et peu importe ce que je ferai pour vivre du moment que je touche un peu d’argent. De toutes façons, si on n’a pas la conviction qu’on va réussir, on ne réussira jamais. Aujourd’hui, j’ai la conviction qu’un jour, je vais réussir. Même si c’est du déni ou de l’auto-persuasion, ça m’est égal. Je préfère y croire et considérer que je n’aurai pas besoin de bosser à côté (rire).


“MERCI POUR L’ART” – Performance sauvage à la FIAC – 2018

Du coup, que penses-tu de la situation des artistes, aujourd’hui ?

Ça dépend lesquels ! À mon échelle, en tant que grand débutant, je pense que la jeunesse artistique, si elle n’est pas absente, est au moins muette. On a une nouvelle génération qui est assez désillusionnée et fataliste. Alors je pense qu’aujourd’hui, il n’y a pas de génération artistique et, s’il y en a une, elle ne se fait pas entendre. Mon but, c’est d’essayer de déjouer cela, dans un premier temps. Un peu comme Don Quichotte partant combattre des moulins à vent, mais bon, ça se tente. Il y a beaucoup d’autres artistes qui luttent contre cette situation de vide artistique.

Mais il faut savoir que nous ne faisons pas que lutter contre le fatalisme de cette génération mais aussi contre un monde de l’art assez compliqué avec une ère de l’art contemporain assez plate et tordue. De plus, à l’heure actuelle, le monde de l’art est dominé par les grands artistes. Ça fait que, nous, jeunes artistes, avons beaucoup de mal à avancer puisque nous ne sommes ni soutenus ni épaulés. Pour autant, avons-nous envie d’être soutenus si c’est au prix de l’indécence économique ? Je ne sais pas. En attendant, le monde de l’art n’est pas là pour nous encourager. Il y a des personnes qui essayent mais, majoritairement, on a un univers artistique qui est très inégalitaire sur le modèle de notre société.

“En art, la jeunesse n’existe plus.”

Tu penses donc qu’il existe une autre catégorie d’artistes autrement privilégiée ?

Absolument. Pour autant, je ne veux pas dire qu’ils ne sont pas bons ou que les nouveaux sont meilleurs qu’eux. Mes inspirations sont des artistes qui ont, aujourd’hui, entre 50 et 60 ans, qui sont renommés, qui ont leur place dans de grandes galeries. Donc, ce sont de bons artistes. Cependant, le monde de l’art les a enfermés dans une cage dorée. C’est très bien pour eux mais ça ne laisse pas la place aux jeunes. En art, la jeunesse n’existe plus. On a du mal à le reconnaitre et il serait temps que ça change. Non pas en éliminant les vieux artistes mais en faisant de la place aux nouveaux. Parce-que, sinon, c’est le Japon, c’est une population vieillissante qui finira par disparaitre, laissant un grand vide, sans continuité. Évidemment, il y a de jeunes artistes mais ce sont des gens qui ont la trentaine, ce qui est déjà vieux.

Et d’après-toi, quelle serait la solution ? 

Je n’en ai pas (rire). Je pense que les artistes, s’ils font des efforts, c’est une bonne chose, mais ils n’ont pas de responsabilité. En revanche, les galeries ont une responsabilité mais ne feront rien. Donc, à mon sens, la seule solution, c’est de s’imposer. Ça fait aussi partie de la performance. Lorsque j’en fais une dans la rue, lorsque je m’incruste à la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain ndlr.) ou dans un musée, les gens n’ont pas d’autre choix que de me voir. Ils ne sont pas obligés de me regarder mais ils peuvent me voir. Quand je fais ça, je m’impose à eux, je leur dis que j’existe. Et je suis loin d’être le plus “extrême”. Je pourrais, par exemple, citer Deborah de Robertis qui est l’une de mes inspirations majeures. Elle va jusqu’à se mettre nue en place publique presque systématiquement et c’est typiquement ce que j’imagine dans cette idée de s’imposer, d’imposer son art et son corps. On oblige les gens à nous reconnaître car on ne peut pas attendre que le monde change. Le monde changera grâce à nous ou il ne changera pas. ORLAN, avant de devenir cette grande artiste reconnue et exposée au Centre Pompidou, s’est incrustée à la FIAC. Elle a gueulé, elle s’est imposée et c’est comme ça qu’un monde peut changer. Grâce à l’action.

“J’ai posté un grand nombre des photos de moi, torse-nu, sur Instagram et, alors que je suis biologiquement un homme, on a considéré que j’avais des seins et on m’a censuré.”

Pour remédier à ce manque d’exposition, tu as justement choisi de diffuser ce que tu fais sur les réseaux sociaux. D’après-toi, quelle est leur place, aujourd’hui, dans le monde de l’art et cette présence a-t-elle vocation à durer ?

Pour ce qui est de la durabilité, je ne saurai pas te répondre. Par contre, c’est très important aujourd’hui. Je considère que démocratiser l’art, c’est une priorité. Quand je parlais de comment révolutionner le monde de l’art et de comment il était possible de diminuer les inégalités entre les artistes, j’aurais pu te dire que les réseaux sociaux tiennent un rôle très important. Ça permet à tout le monde de partager ce qu’il fait sans distinction économique et, clairement, sans eux, je ne suis rien. C’est presque politique, d’ailleurs. Est-ce que ça durera ? Je ne sais pas. Il y a quand-même de nombreuses inégalités sur les réseaux sociaux et je pense que ça ne va pas s’améliorer avec le temps. Il y aura de plus en plus d’imitations des inégalités sociales en ligne mais, pour l’instant, je pense que c’est l’un des champs de bataille.


“Adam et Eve” – Photographies postées sur Instagram et avis de censure

D’autant que les artistes y sont de plus en plus confrontés à la censure. 

Pour ce qui est de la censure, à laquelle je suis moi aussi confronté, je ne sais pas s’il s’agit de quelque-chose de politique ou de partisan. Je ne saurai même pas te dire s’il y a des impératifs économiques derrière. Personnellement, j’ai posté un grand nombre des photos de moi, torse-nu, sur Instagram et, alors que je suis biologiquement un homme, on a considéré que j’avais des seins et on m’a censuré. Il y a encore un certain travail à faire au sujet de la censure féminine. Qu’on censure un sexe, une scène sexuelle ou érotique pour protéger les plus jeunes, ça peut s’entendre. En revanche, qu’on considère la nudité comme sexuelle à tout prix, ça me paraît abusif. Si aujourd’hui, je me mets nu, devant toi, dans ce bar, ça n’a rien de sexuel. C’est de la nudité et c’est naturel. Il y a une espèce de pudeur sociale autour de ça qui est assez ridicule car, au final, ceux qui considèrent cela comme quelque-chose de sexuel sont peut-être les plus pervers puisqu’ils voient de la sexualité en tout. Une personne nue n’a rien de sexuel, c’est l’ordre des choses. Lorsqu’on censure ma poitrine nue, c’est parce qu’on considère que je suis une femme. On ne le ferait pas avec un homme. Et lorsqu’on censure un sein de femme, c’est parce qu’on considère que c’est sexuel. Pourtant, ça n’est même pas un organe, c’est un fantasme masculin. Du coup, on considère que c’est honteux de les montrer. Est-ce que ça changera ? Je ne sais pas et je n’en suis pas certain.

“Troller les gens, c’est ma grande passion.”

Donc, est-ce que tu dirais que ton but est de choquer ?

On me l’a souvent dit. Premièrement, les gens pensent que choquer en art, c’est un peu facile. À cela, je réponds qu’il y a grand nombre de choses faciles qui sont très bonnes, ça n’empêche rien. Donc, argument invalidé. Je n’ai aucun souci à choquer, à faire scandale ou à simplement choquer pour choquer. Tree de McCarthy exposé sur la Place Vendôme, c’était ça mais c’était très intéressant en plus d’être un très bon coup de com’. Il n’y a aucun problème avec ça. Est-ce que c’est ce que je fais ? Je ne sais pas. J’aime la provocation mais, provoquer pour provoquer, je pense que le cap a été passé, que beaucoup trop de gens l’ont fait. Aujourd’hui, c’est inefficace et stérile car on ne trouve plus grand monde pour être choqué si on fait l’impasse sur les réseaux sociaux. Si demain, j’érige un sex-toy dans la cour du Louvre, beaucoup de gens passeront avec indifférence. À la connaissance de cette donnée, je ne vois pas l’intérêt de choquer pour choquer. En revanche, déranger les gens, pourvu qu’il y ait un message derrière, ça, je le fais.

Lorsque je joue le rôle de Marie-Madeleine devant Notre-Dame, je sais ce que je fais et je sais que je vais avoir des mauvais retours de la part de personnes catholiques pratiquantes. J’étais conscient et j’avais la conviction personnelle que je ne faisais pas cela pour rien. Par contre, est-ce qu’un jour, je ne ferais pas cela pour déranger les gens et les faire chier ? En tant que troll, oui. J’adore ça. Troller les gens, c’est ma grande passion, comme pour beaucoup d’artistes, et je pense que je le ferai un jour. Certaines personnes m’ont fait des critiques et se sont moquées de ce que je faisais à juste titre. C’est très important de se moquer des artistes, il faut arrêter de les prendre au sérieux. Un jour, un mec m’a dit que j’allais finir par mettre des godes-ceintures sur des statues de femmes et dire que c’était de l’art et j’ai envie de le faire, rien que pour la blague. Déjà parce-que ça n’est pas une mauvaise idée et puis parce-qu’appliquer ce que les gens disent pour se moquer de nous et nous tourner en ridicule, c’est tellement drôle. J’espère pouvoir le faire.

On peut donc considérer que tu es un peu la “bête noire” des catholiques. 

Le principal reproche qu’on m’a fait, c’est de ne m’en prendre qu’à la religion catholique. On m’a demandé pourquoi je ne faisais pas ce que je fais avec l’Islam, par exemple. “Parce-que tu n’as pas assez de couilles”, m’a-t-on dit. D’abord, oui, tout simplement. J’aime l’art et je me battrai pour l’art mais pas au point de me mettre en danger de mort. On ne peut pas reprocher à quelqu’un d’avoir peur. Ensuite, je ne connais rien à la religion musulmane. J’étudie le catholicisme et je vis son influence sur la société française. Je connais tout cela et l’influence que ça a sur ma vie. Les artistes parlent de ce qu’ils comprennent, de ce qui est proche d’eux. L’autre aspect, c’est que l’artiste produit ce qu’il a envie de produire et pas seulement ce qu’il considère comme juste. On m’a déjà demandé de travailler sur le genre et je le ferai certainement un jour mais, jusqu’à maintenant, je n’en ai ressenti ni l’envie ni le besoin.


“Performance Podophile” (Marie-Madeleine) – Performance devant Notre-Dame de Paris – 2018

N’est-ce pas justement contre-productif de pousser un artiste à produire quelque-chose de précis ? 

Avec moi, oui (rire). Ça peut marcher avec certains et de nombreuses personnes considèrent que les artistes ont un rôle à jouer, qu’ils ont un devoir presque politique. Je considère personnellement que l’art ne peut pas changer un monde. L’art peut influencer, accompagner mais il n’a aucun pouvoir. Je n’aime pas me sentir obligé de parler de quelque-chose. Ça, c’est une conviction personnelle mais nombre d’artistes se sent obligé de raconter quelque-chose. Je le ressens de plus en plus avec la question environnementale et climatique, ce qui me fait me demander si je n’ai pas, à mon échelle d’artiste, un rôle à jouer, même minime. N’ai-je pas un rôle politique, en tant qu’artiste, face à la montée de l’extrême droite ? Je pense au Brésil, notamment. À ce stade, je me préoccupe de ce dont je me sens proche, ce qui ne m’empêche pas de me remettre en question. Je ferai toujours ce dont j’ai envie, question d’indépendance, ce qui ne veut pas dire que je n’évoquerai jamais ces sujets.

Tu évoquais un peu plus tôt ta “féminité” réelle ou supposée. Certains pourraient voir en toi un artiste Queer. Quelle définition en donnerais-tu ? L’es-tu seulement ?

Ça dépend. C’est de l’art militant, un art qui revendique un message politique et idéologique. Il l’affiche. C’est ce qu’ont fait de nombreux artistes, notamment dans les années 1980. Ils revendiquaient le fait de militer pour la cause homosexuelle, LGBT, etc. À mon sens, c’est ça être artiste Queer. C’est pourquoi je ne m’identifie pas à cette définition. Bien-sûr, on ne peut pas ne pas voir un sous-entendu renvoyant à mon genre et à ma sexualité dans ce que je fais. Cependant, je n’ai jamais milité pour la cause Queer. Peut-être que je le ferai un jour en travaillant sur le genre, en militant ou pas, mais, pour l’instant, je ne me bats pas pour une communauté car je n’ai pas spécialement envie d’en faire partie. Pour moi, ce serait un paradoxe que de militer pour cette communauté alors que je n’en suis pas.

“Tout le monde est capable de réfléchir. La seule différence, c’est que certains sont assez bêtes pour mettre leurs idées en application.”

Ce que tu fais doit d’ailleurs te demander beaucoup de travail. Quel est ton processus créatif ?

Houlà. Si vous saviez à quel point c’est facile, vous diriez que c’est de l’arnaque (rire). Non, plus sérieusement, c’est assez naturel. Je suis dans un art assez intellectuel, finalement. J’insiste sur “intellectuel” qui ne veut pas dire “intelligent”, attention. La base de ce que je fais, c’est quand-même la réflexion. Une performance, ça ne demande pas quarante heures de préparation technique. C’est comme une pierre qui roule et qui grossit encore et encore, accrochant au passage de nombreuses idées. C’est continuel et tout le monde est capable de réfléchir. La seule différence, c’est que certains sont assez bêtes pour mettre leurs idées en application : les artistes. Donc, je n’ai pas véritablement de processus créatif. La seule chose que j’ai, c’est un carnet que je garde toujours sur moi et que je remplis de croquis, d’idées. Et, honnêtement, 90% de ce que j’y note, c’est de la merde. C’est tout pourri, infaisable, impossible à présenter, ou alors c’est que je n’ai tout simplement pas le talent technique pour le faire. C’est un tri à faire. On réfléchit, on s’informe, on va visiter les expositions. C’est ce que je fais et je me nourris de ce que font les autres.

Je prends beaucoup de douches, aussi. C’est l’un des endroits où l’on réfléchit intensément avec les toilettes. C’est de là que je sors la moitié de mes idées. Être un peu bête ou fou pour avoir des idées improbables, c’est ma recette. Car sinon, qui va se dire “je vais aller à Notre-Dame et je vais laver tes pieds avec mes cheveux” ? Ça découle aussi d’un certain ennui. Quand on se fait chier, on a des idées un peu bizarres et il y en a qui se font tellement chier qu’ils les mettent en pratique. Ça, c’est moi. Certains artistes ont un véritable processus créatif et j’ai beaucoup d’admiration pour ces gens qui s’enferment chez eux tout le week-end, prennent une toile et peignent ou ceux qui font de la sculpture, travaillent le bois. Je suis incapable de le faire parce-que je n’ai pas la patience et parce-que j’ai besoin du monde extérieur. Si je devais inventer une formule magique pour ce qui est de l’art conceptuel, je dirais que c’est un art humain. Je me nourris des gens, de leurs opinions et s’il n’y avait personne autour de moi, je ne ferais rien. Si je parle de la religion, c’est bien parce-que des gens croient. Et si je fais des performances dans la rue, justement, c’est parce-que j’aime le contact humain.


“Burn the witch” (d’après Alcibiade), série des Mises à Mort – tirage photographique brûlé – 2018

Pour l’art conceptuel, un art humain, un art de l’expérience, s’enfermer chez soi, ça ne marche pas. C’est un art de la vie, c’est quelque-chose de concret. En ce qui me concerne, une rupture amoureuse, je vois ça comme quelque-chose que je vais pouvoir utiliser pour mon art. Je vois tout comme une œuvre potentielle et je comprends parfaitement que les gens considèrent ça comme du bullshit. J’ai eu une période de déprime comme beaucoup de gens, ce qui s’est accompagné d’une grande négligence hygiénique, notamment dans ma chambre qui est un foutoir pas possible faute de volonté. C’était pire à cette époque, notamment pour ce qui est des draps. J’en ai honte, quand j’en parle, mais mon père m’en a fait le reproche un jour car on pouvait presque y distinguer ma silhouette. Et là, je me suis dit qu’il y avait quelque-chose à faire, artistiquement. Par rapport au Saint-Suaire, par rapport au sexe, par rapport à la mort. La mort, c’est un peu comme du sexe et inversement et cette tâche dégueulasse, c’était du sexe. Jésus, enroulé dans son drap, n’était-il pas sale aussi ? Est-ce parce-qu’il a baisé dedans ? C’est ce qui m’amène à penser que tout peut être sujet à inspiration et à art. Même les draps sales à cause d’une déprime. Il n’y a pas d’un côté l’art et de l’autre la vie. Les deux sont indissociables.

Ce qui m’amène à te demander quels sont tes futurs projets et pourquoi tu es aussi productif. 

Tu sais, je vis au jour le jour. La mort, ça arrive un peu n’importe quand. Ça se trouve, je vais mourir dans la rue et je n’aurai aucun regret car j’ai tout-de-même quatre performances à mon actif. Du coup, je me dépêche de créer car je me dis que chaque jour, ça peut être trop tard. Mourir ne m’angoisse pas. Par contre, j’ai très peur de ne pas avoir pu faire ce que j’ai envie de faire avant de mourir. C’est cette fraction de seconde où tu vois une voiture te foncer dessus et tu te dis “putain, ma performance est dans une semaine”. Ça, c’est important pour moi, de me dire “je meurs mais j’ai fait tous les trucs badass que je voulais faire avant”. On attend pas pour faire des trucs un peu fous, sinon c’est trop tard. D’abord parce-que si on attend, on peut avoir peur de les faire par la suite, ce qui ne veut pas dire que ce sont de bonnes idées… Comme envoyer un message à ton ex, par exemple. Aussi parce-que si je ne fais pas ça, je ne fais rien, concrètement. Pour moi, ça fait six performances à l’année et ça n’est pas énorme pour un artiste comparé à ceux qui peignent. Je débute et ce besoin de marteler est d’autant plus fort. Alors pour répondre à ta question, je n’ai rien de prévu pour le moment. Pourquoi pas bientôt travailler sur la question du genre. L’art a déjà fait son boulot pour ce qui est de l’homosexualité qui est, aujourd’hui, un sujet politique, et je pense que, pour ce qui est du genre, il y a encore beaucoup de choses à faire. Sinon, j’ai quelques projets de collaborations et j’aimerais me mettre à la musique. Et je n’en ai pas fini avec la religion (rire).

PLUS D’INFOS :
– Instagram : bastien_gral
www.bastiengral.wixsite.com/artgral

ACTUALITÉ, CULTURE

Emmanuel Barrouyer : “Si je prends des photos de gens nus, je veux que ça raconte une histoire.”

Il y a des jours comme ça où l’on se dit qu’on est vraiment stupide. “Pourquoi ?”, me demanderez-vous. Parce-que, pour être parfaitement exact, ça fait six mois que j’ai promis à un certain Emmanuel Barrouyer d’aller voir son exposition au bar des Souffleurs. Pour ceux qui me connaissent et qui savent qu’il faut vraiment me prendre la main pour me faire découvrir ce genre des choses, vous admettrez que ma décision, après tout ce temps, de faire le grand plongeon, fait figure d’exception. Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai été un peu idiot de ne pas me déplacer plus tôt pour me rendre compte que cet artiste fait partie de ceux qui vous donnent le vertige “échelle Empire State Building”. Je l’ai rencontré pour faire mon mea-culpa et ainsi recueillir son témoignage au sujet de son œuvre à la fois originale et terriblement sensuelle.

Propos recueillis par Victorien Biet

Emmanuel, pourrais-tu te présenter quelques mots ? 

Qui suis-je ? Bonne question… Tout d’abord, je suis comédien, de formation et de métier. C’est mon activité principale mais, du jour où j’ai eu un “creux” dans ma carrière, je me suis remis à la photo. J’en faisais déjà avant mais je n’exposais pas et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à montrer ce que je faisais. Aujourd’hui, c’est très facile : tu mets une photo sur les réseaux-sociaux, sur Facebook, et c’est vu dans le monde entier. Donc, refaire de la photo m’a permis de garder la tête hors de l’eau. Ça m’a également permis de revenir au collage, l’une de mes activité lorsque j’avais vingt/vingt-cinq ans, une époque où je n’en faisais que pour moi. Plusieurs amis sur les réseaux-sociaux qui faisaient des choses qui étaient en adéquation avec ma sensibilité et qui, eux, montraient leur travail. Alors je me suis dit “pourquoi pas”.

“Kiss me”

Dis-nous en plus sur ton métier. 

Je viens de jouer dans “Andromaque” et “Le Misanthrope” sous la direction de la grande tragédienne Anne Delbée. Sinon, j’ai un nouvel agent et je passe des castings. Tu peux d’ailleurs me voir en ce moment dans “Les Grands Esprits” d’Olivier Ayache-Vidal sur Canal+ avec Denis Podalydès. En attendant, du point de vue artistique, on est venu me chercher et j’ai fait beaucoup d’expositions à l’étranger (Los Angeles, Londres, Athènes, Varsovie…). J’ai un besoin perpétuel de création. Certaines personnes, quand elles voient ma page Facebook et tout ce que j’y poste, peuvent se demander ce que je suis. Suis-je un comédien ? Un photographe ? Personnellement, je n’ai pas besoin de me définir. Les deux se rejoignent. Je dirais juste que j’utilise la photographie comme moyen d’expression personnelle.

“C’est à seize ans que ma mère m’a offert mon premier appareil.”

C’est quelque-chose que tu as appris tout seul ? 

Absolument. Et puis, je me suis décidé à faire plusieurs stages à l’École des Gobelins, la grande école d’audiovisuel et d’art graphique de Paris. J’y ai appris beaucoup de nouvelles techniques qui m’ont permis d’affûter encore un peu plus mon œil. Ça m’a aussi apporté une sorte de légitimité dont j’avais besoin pour continuer dans cette voie.

“Marc” (Dirty Boys series)

Je crois que tu es un grand amateur du noir et blanc. Pourquoi ?

C’est à seize ans que ma mère m’a offert mon premier appareil et, déjà, je prenais mes amis en photos, en noir et blanc. J’aime beaucoup son rendu même si, en l’occurence, les photos que je présente aujourd’hui sont en sépia. Cet amour du noir et blanc m’amène parfois à me faire violence : j’ai récemment pris un homme, nu, dans la forêt, avec les arbres et la verdure autour de lui. Les couleurs étaient magnifiques mais je suis resté sur ma première idée. Pourtant, je fais aussi beaucoup de couleur ! En fait, tout dépend du projet et du sujet.

“Puis-je me présenter en tant qu’artiste Queer ?”

Silencio, qu’est-ce que c’est, exactement ?

J’avais en tête depuis très longtemps cette idée de me prendre en talons et avec des bas-résilles, éclairé par des néons dans mon garage, en espérant que personne ne me surprendrait (rire). Et puis je suis tombé sur un collectif d’artistes international qui s’appelle Balaclava.Q, fondé par Stiofan O’Ceallaigh, et qui cherchait des artistes Queer. Le thème était d’avoir le visage caché. D’abord, ça a été un grand questionnement sur le mot “Queer” dont la définition peut varier en fonction des individus. Puis-je me présenter en tant qu’artiste Queer ? Cela va-t-il altérer la perception des gens ? Et puis, j’ai remarqué qu’il était écrit “Artistes Queer ou autres”. Au départ, je me suis plutôt rangé dans la case “autres” sans trop savoir ce que je pouvais assumer ou pas. J’ai donc participé en réalisant ces photos, nu, le visage caché. Je pense d’ailleurs qu’avoir le visage dissimulé m’a beaucoup aidé, à l’époque. Dans le cas contraire, je crois que je ne les aurais pas faites.

“Bang-Bang”

Tu le ferais, aujourd’hui ? 

Depuis, j’ai posé nu à de nombreuses reprises donc je pense qu’on peut dire que je suis désinhibé. Je suis comédien et mon corps est mon outil de travail mais, comme beaucoup de personnes, j’ai une espèce de phénomène attirance/répulsion avec mon physique. D’une part, lorsque je suis sur scène, je suis très à l’aise avec mon corps. Je ne peux pas dire que j’entre dans les codes de la virilité tels qu’ils sont imposés par la société et la publicité (rire). Alors est-ce que je le ferais aujourd’hui ? Je ne sais pas. Ce que je peux dire, c’est qu’il faut un sens à tout cela. Si c’est juste poser nu pour poser nu, ça n’a pas d’intérêt. Je vois beaucoup de photos de nu qui, même si elles sont très belles, au moins techniquement, ne racontent rien. Si je prends des photos de gens nus, je veux que ça raconte une histoire. Peut-être que celle que s’en fera le spectateur ne sera pas la mienne mais j’aime bien faire des mélanges, par exemple lorsque je suis sous un néon, dans un couloir, habillé d’une queue de pie (rire).

“Lorsque je suis inspiré par quelqu’un, je le revendique, ce que ne font pas tous les artistes.”

C’est en réalisant cette série que je suis devenu le directeur artistique de Balaclava.Q pour la France. Je suis chargé de trouver des artistes qui voudraient faire partie de cette vitrine internationale. C’est de la visibilité pour eux et j’ajoute qu’elle est entièrement gratuite et qu’il n’y a pas de frais d’adhésion. Cette série, donc, c’était très concret, pour répondre à la demande du collectif. Ça, c’est le premier point, ma vision. L’autre partie de l’exposition consiste en une série de collages photo-digitaux en hommage à Pierre Molinier qui, lui aussi, faisait beaucoup d’auto-portraits, en bas, en talons, avec des godes. On m’a d’ailleurs fait la réflexion en me reprochant la trop grande similitude entre nos deux univers alors que ce que je fais est très personnel. J’assume l’inspiration, que je détaille d’ailleurs dans ma note d’intention. Mais ça n’est qu’un hommage.

“Silencio XIV”, un hommage à Pierre Molinier.

En parlant de tes inspirations : quelles sont-elles ? 

Je n’ai pas vraiment de noms à te donner. Mes inspirations sont véritablement cinématographiques et je pense d’abord à David Lynch, par exemple. Visconti, aussi. Lynch pour le côté “creepy” et Visconti pour le côté raffiné. Pourtant, ça ne sont pas des questions que je me pose en réalisant mes clichés. Est-ce que c’est malsain ? Est-ce que ça va provoquer quelque-chose de l’ordre du désir ? Je ne pense pas à tout ça et ça n’est pas non plus une volonté de choquer puisque je reste tout-de-même très soft dans ce que j’expose. Petite anecdote : lors d’une précédente exposition, la photo où je suis complètement nu, de face, était restée telle quelle et celle où je suis en train de “me faire du bien” avait été recouverte avec mon voile en dentelle (rire). Personnellement, j’aurais fait l’inverse puisque la masturbation entraine un flou. Du coup, j’avais tendance à penser que c’est “moins choquant”. À cela, la galeriste me répond “ah mais tu ne te rends pas compte, si jamais il y a des enfants…” (rire). Dans tous les cas, lorsque je suis inspiré par quelqu’un, je le revendique, ce que ne font pas tous les artistes. Il m’arrive même de faire du copié-collé, en étant au plus près des poses et des vêtements utilisés par l’artiste, ce que j’ai fait avec ma série “Andy Forever”, en hommage à la série culte d’Andy Warhol par Christopher Makos.

“Pour un jeune artiste, le talent ne s’apprend pas. Tu l’as à l’intérieur de toi.”

Que dirais-tu à un jeune qui voudrait se lancer dans la photo ?

Déjà, je ne te répondrai pas car, intimement, je pense que ce jeune photographe n’a pas besoin de conseils. Avec Instagram et Tumblr, je vois des photographes qui ont un talent fou. Et puis, tu cherches un peu et tu vois que le mec a une vingtaine d’années. C’est épatant. Pour un jeune artiste, le talent ne s’apprend pas. Tu l’as à l’intérieur de toi. Pour le reste, pour ce qui concerne les conseils plus terre-à-terre, je ne pense pas être la personne idéale. Il faut se lancer, voilà tout. Avoir foi en soi. Il ne faut pas se poser la question du résultat et soit on en veut vraiment, soit on a du talent et dans les deux cas, ça peut marcher. En même temps, comme m’a dit une galeriste un jour : “être artiste pour être artiste, ça ne suffit pas”. C’est bien d’avoir du talent et d’être créatif mais il faut une finalité concrète. Vendre, en l’occurence. En ce qui me concerne, je ne me pose pas cette question et je fais passer mon besoin créatif avant l’argent même si je serais très heureux de créer et d’en vivre. Mais c’est déjà énorme d’exposer ici.

“Silencio V”

Quels sont tes projets en ce moment ? 

Tout d’abord, j’exposerai mes collage à partir du 15 novembre à la TheCroq’ Gallery dans le Vème arrondissement de Paris. Ça durera jusqu’au 30 Novembre. Côté photos, je fais partie de l’exposition collective “Civil Disobedience : Creation vs. Evolution”, organisée par l’artiste Grec Menelas Siafakas, qui se déroulera à Athènes du 22 au 25 novembre. J’ai travaillé très récemment en tant que modèle avec Marc Kiska – mais je n’en dis pas plus pour l’instant – et je l’ai également pris en photo. J’ajoute que, très bientôt, vous pourrez retrouver mes photos dans Manolo Magazine, une revue anglaise qu’on peut trouver aux Mots à la Bouche et sur internet. C’est un photographe qui s’appelle Manel Ortega qui a fait cette revue et qui m’a demandé, pour son numéro trois, d’illustrer une nouvelle. Maintenant, il veut que je participe à chaque numéro et je serai dans le prochain qui sortira, je pense, fin décembre. En attendant, je suis très heureux d’exposer ici, aux Souffleurs. Pour moi, mes photos sont beaucoup mieux ici que dans un carton chez moi. En plus, elles vont bien avec l’atmosphère, comme mes collages. C’est une atmosphère où on ne voit pas très bien, dans laquelle il faut avoir la curiosité de s’approcher.

Je crois qu’il était également question d’une boutique en ligne ?

Oui ! J’ai réussi à vendre des collages. Ils se vendent plus facilement car ce sont des œuvres uniques et c’est une vraie fierté. J’ai donc décidé de créer une boutique en ligne et d’en faire des produits dérivés : des tee-shirts, des coques de téléphone, des coussins, des housses de couette… On verra bien si ça marche !

PLUS D’INFOS :
www.emmanuelbarrouyerart.com
Vernissage de l’expo “Emmanuel Barrouyer / Collages”
La boutique en ligne

ACTUALITÉ, CULTURE

Un Peuple et son Roi : la désillusion française.

J’avais véritablement hâte de découvrir ce nouveau film sur la Révolution Française, l’une de mes périodes préférées de l’histoire de France, l’une de celles que je connais le mieux. C’est donc en terrain ami que je pensais m’aventurer… Le retour a la réalité a été aussi brutal que désolant. C’en est presque effrayant.

Par Victorien Biet.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Non, franchement, à 48 heures post-visionnage, j’ai encore du mal à m’en remettre. La Révolution Française est une période si vaste, si riche, si incroyable et (bordel) si facilement adaptable à l’écran qu’il était humainement impossible de se louper ! Alors comment expliquer ce rattage intégrale ? Comment justifier qu’on torche le socle de notre histoire contemporaine en deux heures de temps (si l’on oublie que la moitié du film n’est que pure fiction) durant lesquelles nos héros nationaux ne font pas que briller par leur absence mais aussi par le dégout qu’ils peuvent nous inspirer ? De quoi devenir monarchiste.

Une insulte à l’histoire de France.

Je dois avouer que, du début à la fin de la séance, je suis resté pour le moins dubitatif même si, dans les faits, je bouillonnais intérieurement, bouche-bée. Car, finalement, et c’est peut-être ça le plus grâve, Un Peuple et son Roi ne fait pas d’histoire. Il fait de la sociologie et de la philosophie… et un peu d’art aussi (mais j’y reviendrai après). Et attention ! Pas le temps de faire dans le détail ! Nous n’avons que deux heures pour raconter cinq ans d’histoire et montrer l’inutilité du personnage fictif de Gaspard Ulliel.

Les femmes de Paris prenant d’assaut le château de Versailles ? Connais pas. Les États Généraux ? Qu’est-ce que c’est ? Ça se mange ? La fondation de l’Assemblée Nationale ? Pas le temps. Non, on préfère consacrer un quart d’heure à Basile (Gaspard Ulliel) apprenant le métier de forgeron tel Bruce Wayne s’initiant au kung-fu dans Batman Begins. C’est même pas lamentable et pathétique. C’est juste insultant. Rien que pour cette raison, Un Peuple et son Roi, s’il n’est pas totalement inutile, est largement dispensable. Si vous cherchez un bon film pour apprendre à vos gosses l’histoire de leurs droits civiques (sans passer sous silence les crimes des Sans Culotte comme le fait Un Peuple et son Roi), je vous recommande plutôt La Révolution Française de Robert Enrico et sa suite de Richard T. Heffron. Ce sera plus pertinent, plus instructif et surtout moins chiant (étonnant sachant que cet autre film aura trente ans l’année prochaine).

I need a hero !

Là où le film se montre véritablement impardonnable, c’est dans la place qu’il donne aux grands noms de la Révolution Française. Si on vous a vendu Robespierre comme l’un des personnages principaux du métrage, c’est un mensonge. Trois scènes, au grand maximum ! C’est tout ce qu’aura Robespierre sans qui, rappelons-le, la Révolution ne serait jamais allée aussi loin dans l’horreur. On nous le présente vaguement comme un personnage important (puisque tout le monde, à la Convention semble se mettre d’accord là-dessus sans véritablement savoir pourquoi) mais le film n’ira pas plus loin. Pourtant, il peut s’estimer heureux puisque ça n’est rien par rapport au personnage de Danton qui devra se contenter de deux scènes (dont une muette). Et Mirabeau ? Que tchi ! Vous la sentez, la colère ?

Largement plus présent à l’écran, Marat nous est présenté comme une sorte de monstre à forme humaine enveloppé dans un joli costume à col en fourrure (me faisant l’effet d’un très bon Monsieur Scrooge, c’est vous dire le désastre). À moitié fou (voire complètement cinglé par moments), le personnage est totalement dénué d’humanité et sa sauvagerie n’a d’égal que sa lâcheté et son talent pour la manipulation. Si l’on ne peut nier l’aspect sanguinaire de Marat et son implication dans les Massacres de Septembre (eux aussi jamais montrés à l’écran), il ne faut pas non plus oublier son côté lumineux et ses motivations réelles, lui qui sait mieux que personne ce que représentent la pauvreté, le malheur et la merde dans laquelle vivaient les parisiens (dans une plus large mesure que les français dans leur globalité) à cette époque.

Mais puisqu’on vous dit que c’est de l’art !

Pour être tout à fait franc, je me suis rarement autant ennuyé que devant Un Peuple et son Roi (et j’ai vu Des Hommes et des Dieux, c’est dire). Pourtant, par moments, le réalisateur essaye de nous divertir, le bougre ! Dommage qu’il le fasse aussi mal, cependant. Il est des scènes, comme celle du souillage de Louis XVI par ses ancêtres, qui font plus pitié qu’autre chose. Pierre Schoeller tente le tout pour le tout pour sauver son œuvre du massacre. Même en poussant la chansonnette (à tel point que j’ai fini par penser que le film était une comédie musicale). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne marche pas.

Et si ça ne marche pas, ça n’est pas sans raison puisque, non content de tenter de présenter la Révolution Française du point de vue sociologique en parlant du peuple en lui-même, le réalisateur essaye de faire de son film une œuvre d’art à grands coups de plans sympathiques (et surtout totalement hors-sujet) sur le soleil (oui, l’astre) et sur les habitants du quartier de la Bastille dissertant pendant quinze minutes sur le fait qu’enfin, ils peuvent voir la lumière du jour maintenant que la forteresse est démontée (on ne verra rien de la Prise, bien-entendu). D’ailleurs, l’incrustation digitale de la Bastille est une véritable horreur qui fera frémir n’importe-quel amateur en effets spéciaux. Enfin bon, on va pas chipoter.

Là où le film a véritablement commencé à me taper sur le système, c’est lorsqu’il a commencé (assez tôt, vous en conviendrez) à essayer d’être joli et original de par une découpe confuse et un assemblage pour le moins absurde (“Regardez, j’ai fait des études de cinéma ! Ma manière de filmer est tellement originale et spirituelle !”). Dans les faits, cela donne un résultat confus et ça n’est surement pas à cause du Syndrome de Stendhal que vous aurez mal à la tête à la fin de la séance, croyez-moi. Honnêtement, je pense que ça n’est pas en s’enfermant toujours plus dans une vision obtuse, universitaire et intellectualisée de la réalisation (on ne va pas au cinéma pour voir un compte-rendu de cours magistral, merde) que le cinéma français retrouvera ses lettres de noblesse.

Et maintenant, le peuple !

Vous êtes prévenus, Un Peuple et son Roi est une œuvre de fiction ! N’y allez surement pour vous instruire, sauf si vous manquez d’un cours d’éducation sexuelle dispensé par Gaspard Ulliel et cette autre actrice qui rivalise d’inutilité scénaristique avec son partenaire. Dans ce film, il est question du peuple avant tout et il a des choses à nous dire ! Enfin, dans les faits, tout cela reste confus même si l’on comprend bien les motivations des révolutionnaires et plus particulièrement des personnages mis en avant (sauf Basile qui reste un mystère insondable).

Là où le film se montre intéressant, en revanche, c’est lorsqu’il met en avant l’aspect hautement manipulable des émeutiers qui, en particulier sous l’influence de Marat, sont prompts à croire tout ce qu’on leur raconte pourvu que cela alimente leur fantasme de la corruption étatique et les valorise en tant que garants de la vertu civique. C’est presque pertinent sachant qu’il est tout à fait possible de faire un parallèle avec notre époque où les hoax sont quotidiens et font parfois la une. Ça serait parfait si c’était historiquement vrai. Malheureusement, ça n’est pas le cas et il est beaucoup trop simpliste de résumer la Révolution Française à Marat et à son talent présumé pour la manipulation des masses.

Pour conclure, je n’aurais qu’un vœux : que le réalisateur s’en tienne aux Années Lumières et laisse tranquilles la Terreur, le Consulat et l’Empire. Rien que de penser qu’il pourrait adapter la vie de Bonaparte, j’en ai des vertiges.

ACTUALITÉ, CULTURE

Halloween : Michael Myers à son meilleur.

Neuf ans que nous l’attendions et il est enfin parmi nous ! Neuf ans ? Que dis-je ? Quarante ans ! Quatre décennies qu’on patiente pour enfin avoir le droit à une suite digne de ce nom au chef d’œuvre de John Carpenter ! Pas seulement un remake, un reboot ou une suite oubliable comme ça a pu être le cas par le passé. Autant dire que j’attendais David Gordon Green, le réalisateur de ce nouvel opus, au tournant ! Vais-je être obligé d’aller bruler sa maison avec toute sa famille à l’intérieur ? Mon verdict…

Par Victorien Biet.

Alors déjà, Universal, tenter de me corrompre en invitant Jamie Lee Curtis au Grand Rex pour mettre le feu à la salle dans l’espoir de biaiser mon jugement, c’était bien essayé ! Bravo à vous… C’est même sacrément bien joué, en fait. Et là, je hurle intérieurement pour essayer de me convaincre (vainement) que vous avez échoué. En même temps, comment ne pas fondre devant cette incroyable grande dame ? Comment ne pas succomber lorsqu’en pleine transe, emportée par l’émotion, en plein discours sur l’aspect hautement féministe de son personnage, elle s’emporte et pousse un cri de rage contre le harcèlement sexuel si répandu dans son milieu naturel, Hollywood ? Alors j’ai craqué ! Mais n’ayez crainte, je me suis ressaisi ! Mais pas pour longtemps ! Je n’étais pas préparé à découvrir Halloween…

Retour aux sources. 

Jamie Lee Curtis, dans une interview donnée à Canal+, nous avait prévenu : dès les premières minutes, on allait comprendre le projet derrière ce nouveau film et que, clairement, les choses avaient été faites dans les formes, en conscience, dans les respect et dans l’amour de l’œuvre originale, sans jamais oublier l’aspect mythiques des suites désormais cultes bien que dispensables réalisées durant les quarante dernières années. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne s’est pas foutu de nous. Dès la toute première seconde, dès le premier mot du générique d’ouverture, on comprend ce qu’a fait David Gordon Green. 

Des lettres grossières et orangées so 70’s apparaissent à l’écran pour rendre hommage au travail de Mustapha Akkad sur la franchise durant presque un demi siècle puis le film commence, doux, lumineux, apaisant… malsain. Du Carpenter tout craché. Le réalisateur a eu à cœur de reproduire l’atmosphère du film original et ça se sent, et c’est bien fait, et ça fait du bien, bon Dieu ! Car, contrairement à un film comme La Nonne, qui vaux ce qu’il vaux, entendons-nous, Halloween ne cherche pas à faire sursauter mais à créer le malaise. Et lorsque le titre apparait après une scène d’ouverture sublimement dérangeante, on sait qu’on est en face de quelque-chose d’important. Les bases sont posées, le spectateur est remis à sa place, le film peut commencer. Générique.

Un point sur le générique. 

C’est un point déterminant sur lequel je me préparais à raller, sachant que, à mon sens, un bon Halloween commence inévitablement par l’iconique « plan citrouille » et la musique originale pondue sur un coup de génie par Carpenter en personne. Le Master of Horror, vous le savez, est de retour à la composition et David Gordon Green a tenu à lui faire honneur. La citrouille est là, la musique est là, tout est là ! C’est exécuté de manière élégante et innovante (bien qu’un peu trop factice à mon gout). Ça n’est pas une copie conforme mais c’est un hommage respectueux et c’est tout ce qu’on lui demandait ! 

Histoire d’une dépression.

Halloween n’est pas qu’un simple film d’horreur sur un serial-killer qui trucide des ados défoncés à la weed entre deux parties de jambes en l’air. C’est un film qui a un message et Jamie Lee Curtis se charge de vous le faire comprendre durant la première moitié du métrage qui, c’est dommage, ne développe pas, c’est mon avis, suffisamment les liens entre Laurie Strode et sa fille. Pourtant, ce détachement apparement sans raison, ce rejet d’une fille pour sa mère, cache un lourd passé, quelque-chose de plus profond. Nous n’en saurons pas plus mais, parfois, un regard, un geste, une larme, vaux mieux que mille mots.

En abordant des thèmes tels que la dépression ou l’alcoolisme, le réalisateur confère à son film une aura plus militante et moins gratuite. D’ailleurs, c’est tout autant le cas lorsqu’il aborde le thème des tueries de masse. En effet, jamais un Halloween (hormis peut-être ceux de Rob Zombie… quoi que…) n’a été aussi brutal et jamais Michael Myers n’a tué tant de gens aussi gratuitement… Quitte, parfois, à trahir un peu le personnage original qui était bien plus discret et méthodique, à mon sens.

« J’suis pas v’nu ici pour souffrir, ok ? »

Car, le moins que l’on puisse dire c’est que ce film est violent ! D’ailleurs, il est bien plus que violent. Gore, parfois très crade, malsain, inhumain (à l’échelle des spectateurs de films grand public, évidemment), Halloween est véritablement différent de ce qui avait pu être fait jusqu’à présent. D’ailleurs, malgré qu’il s’agisse d’un Blockbuster, il se permet de lever un certain nombre de tabous. Ici, personne n’est épargné, pas même les enfants. D’ailleurs, il vient un moment dans le film où le réalisateur nous met un gros coup de pression. On se demande s’il osera aller plus loin, en mode A Serbian Film, quitte à perdre les spectateur… Heureusement, il s’en est tenu là. L’excès, même en ce qui concerne le cinéma d’épouvante, n’est jamais bon.

L’aspect récurant des films Halloween, c’est que, de manière générale, ils ne sont pas insoutenables et donc pas durs à regarder (oui, même le remake et la suite de Rob Zombie). Pour le coup, ce nouvel épisode est à déconseiller aux âmes sensibles qui pourraient s’offusquer de voir à l’écran un personnage pour le moins sympathique (et pas dégueu) se faire suspendre à une cloison par un couteau planté dans la nuque (et bon appétit) telle une jolie décoration murale. Pour autant, on ne sombre pas dans le gore pour le gore et ce qui compte avant tout, c’est le frisson provoqué par l’ambiance. Et ça marche, bordel !

À la source des peurs.

Il y a une raison à cela, d’ailleurs. Le film, comme avait si bien su le faire It, Chapter 1, joue sur des peurs intestines, des traumatismes d’enfance, pour toucher son public. La peur du monstre dans le placard par exemple ! Ou le tueur sur la banquette arrière ! Tout cela est fait avec une telle maitrise, une telle connaissance de la psychologie du spectateur que s’en est presque effrayant. Il est d’ailleurs fort dommage que l’une des scènes les plus impressionnantes du film (celle du placard, justement) ait été montrée dans la bande-annonce car tout le sel de ce passage réside dans le postulat que non, il ne doit rien y avoir dans le placard et qu’il n’y aura probablement rien. Pas à ce stade, pas si tôt. Comment serait-ce possible ? Si la surprise n’avait pas été gâchée par le trailer, je pense que je n’hésiterais pas à qualifier cette scène de brillante.

Un point sur la scène du placard. 

Non, ça n’est pas tout car il y a un hic ! Un très gros hic ! Nombreux ont été étonnés de constater que, dans la bande-annonce, l’effet de peur soit gâché par le fait que l’on puisse apercevoir le tueur dans le placard quelques secondes seulement avant le screamer. Rassurez-vous, il n’en n’est rien dans le produit final. Et pour cause : les plans sont totalement différents. J’ai donc été de très mauvaise foi en disant que l’effet était gâché. C’est loin d’être le cas et j’apprécie grandement le piège tendu par le trailer qui m’a fait sortir de ma zone de confort. C’était brillant. Je remarque d’ailleurs que de nombreuses images utilisées dans la bande-annonce ne sont visibles à aucun moment dans le film… Cela annonce beaucoup de bonheur pour les amateurs de scènes coupées lors de la sortie vidéo !

Mais vous êtes qui, au juste ?

Le gros point noir du film, en revanche, se situe dans le traitement des personnages les moins importants. Je m’étonne, par exemple, que ceux que l’on nous présente comme des protagonistes de haut rang dans la bande-annonce, les deux journalistes, soient éliminés si rapidement. En même temps, ils le sont avec une telle violence, une telle brutalité, une telle inhumanité, que l’on se demande presque si ça n’était pas voulu. Encore un nouveau moyen d’atteindre le spectateur qui a pu s’attacher à eux rapidement. Le doute plane encore sur le sort du monsieur dont on ne nous dit pas s’il s’en est sorti. On espère que non sachant que ce personnage est véritablement insupportable et détestable au possible. On est presque soulagé de le voir se faire démolir par Michael Myers.

Des acteurs au top. 

Au niveau des acteurs, je n’ai pas grand chose à redire, en effet. Ça a été un très grand plaisir de voir Jamie Lee Curtis reprendre son rôle de Laurie Strode. Elle excelle dans le jeu de la grand-mère alcoolique un peu dingue. En revanche, ce qui n’altère en rien leur interprétation, Judy Greer et Andi Matichak, jouant respectivement Karen et Allyson Strode, sont éclipsées par l’importance donnée à Laurie, ce qui a pour résultat de les faire oublier pour un temps, leur relation ne prenant pleinement son sens qu’à la fin.

À la vérité, on aurait pu penser que Blum House ferrait de cette œuvre un film pour ados avec des gamins sans personnalité, qui pensent avec leur bite, n’ont aucun sentiment ni aucune complexité. C’est tout l’inverse que nous offre David Gordon Green. Tous, ici, ont leur importance. Ils sont sympas, ils sont drôles, ils sont touchants, ils sont tout sauf de pauvres clichés d’ados à la 13 Reasons Why. Même le petit gros libidineux, métaphoriquement weinsteinien, a sa profondeur et apporte quelque-chose de neuf au scénario. Sur ce point, c’est carton plein pour Halloween.

Pour les vieux comme pour les jeunes. 

Là où le film fait fort, c’est en transposant la réalité des spectateurs de ce nouveau Halloween, soit trois générations différentes réparties sur quarante ans, dans le cadre de la famille Strode qui va devoir combattre Michael Myers à elle toute seul. Ça n’est pas peu dire, d’ailleurs, car deux de ces femmes sont sur-entrainées et la dernière présente des aptitudes certaines au maniement du couteau de cuisine. C’est pour cette raison, je pense, que le film plaira à tous. Pas seulement aux fans du film original qui y verront la meilleure suite jamais portée à l’écran et pas seulement non plus aux petits jeunes amateurs de sensations fortes qui seront initiés à un cinéma d’horreur de papa rafraîchi avec les codes d’aujourd’hui. Pour la première fois, un épisode de la franchise va mettre tout le monde d’accord.

Un petit point sur la famille Strode. 

C’est une véritable question que je me pose et qui me triture les méninges depuis quelques jours. Pourtant, aujourd’hui, maintenant que j’ai pu découvrir le film, je comprends pourquoi les trois héroïnes du film portent le nom de Strode. Là encore, il s’agit d’un acte militant, un acte féministe. Laurie est une femme forte qui n’a pas besoin des hommes pour se défendre, les surpassant largement. Je peux me tromper mais je suppose qu’elle affirme sa force en conservant son nom de famille (bien qu’elle ait été mariée deux fois, d’après elle) et en l’imposant à sa fille qui, c’est drôle, a fait le choix de l’imposer également à sa propre fille malgré l’aversion qu’elle peut avoir pour sa mère. Psychologie de comptoir, bonsoir.

Une fin convenable qui pose question.

Là où tous ne tomberont certainement pas d’accord, c’est sur la fin. Quelle fin, mes amis ! Et, pour le coup, je ne suis pas pleinement convaincu même si je me réjouis qu’il s’agisse d’une fin ouverte qui laisse présager d’une future suite dont on espère qu’elle retiendra les leçons si bien apprises par ce nouvel épisode. Sur le plan du montage, premièrement, je trouve que la dernière scène, celle qui précède le générique, est beaucoup trop rapide et convenue. Rien qui ne puisse être corrigé avant la sortie en salle, j’imagine. Mais qui m’écoutera ?

Pour autant, il reste que la fin ne laisse pas de grande marge de manœuvre pour une suite malgré l’absence de réponse à la question suivante : il est mort ou pas ? Car, puisque l’issue est relativement la même que celle d’Halloween 2 (Rick Rosenthal) et que la suite devra prendre en compte le fait que Michael Myers soit maintenant amputé d’une partie de sa main gauche, on voit mal comment une suite pourrait justifier son retour… Hormis si Blum House décide d’ouvrir un nouvel espace-temps de la saga ou de se la jouer Halloween 4 avec une guérison miraculeuse à des brulures au 666ème degré. Dans tous les cas, si c’est Green qui reprend les commandes, je ne me fais pas trop de soucis. Il a toute ma confiance. La relève est assurée.

MON ACTU

Aidez-moi à entrer à l’IICP !

Depuis plusieurs années, je rêve d’être journaliste. En réalité, j’ai toujours eu un penchant pour l’écriture. Ça n’est pas par hasard et surement pas par défaut que j’ai choisi un parcours littéraire pour mes études secondaires. Après quelques égarements et une année très enrichissante passée au sein des rédactions de Garçon Magazine, Qweek, Fetish by Qweek, 50 & plus, Hot Vidéo, Hot Vidéo Spécial, J&M le mag et Next Buzz, je sais ce que je désire faire de mon avenir et j’ai trouvé l’endroit idéal pour y parvenir !

Par Victorien Biet

L’école et mon projet. 

IICP (école de journalisme et de communication) est un établissement privé d’enseignement supérieur. Proposant une formation de journalisme sur cinq ans, elle me permettra d’obtenir un Bachelor de journalisme au bout de trois ans et l’opportunité d’atteindre le grade de journaliste de niveau II en quatre ans, la cinquième année étant consacrée à l’obtention d’un mastère plurimédia pour me spécialiser dans mon domaine de prédilection : la culture et le multimédia.

À l’issue de cette formation, j’espère pouvoir, tout en continuant à travailler pour la presse communautaire LGBTQ+, intégrer l’une des sociétés détenues par Webedia et entrer dans les locaux de cette grande entreprise d’avenir.

Aidez-moi à entrer à l’IICP.

Mon ressenti.

Je suis sorti de l’entretien d’orientation et de la visite de l’établissement véritablement boulversé. Je ne pensais pas qu’il me serait possible un jour de réaliser mon rêve, trop timoré que j’étais auparavant, peut-être. Je pensais, jusqu’alors, que tout cela n’était qu’un coup de chance, une erreur, que je n’avais pas ma place dans ce métier. Pourtant, aujourd’hui, j’en suis convaincu : je veux intégrer l’IICP et devenir journaliste professionnel.

Mon projet n’a pas toujours été clair et il m’est arrivé, bien malgré moi, de me montrer excessivement enthousiaste dans la réalisation de plans qui n’en valaient pas la peine et ne me mèneraient nulle-part. Grâce aux judicieux conseils et aux encouragements de mes anciens collaborateurs de Garçon Magazine, j’ai finalement pu construire ce projet et me consacrer pleinement à sa réalisation. Je ne saurai jamais suffisamment remercier Christophe Soret, le directeur des publications, et Grégory Ardois-Remaud, le rédacteur en chef, de m’avoir poussé à me dépasser, ce qui m’a conduit (mieux vaux tard que jamais) à me lancer dans ce projet éclair.

Aidez-moi à réaliser mon rêve.

Mes contraintes. 

Évidemment, il n’est jamais facile d’intégrer une école privée. Particulièrement à vingt ans, avec peu de moyens. Dans mon cas, la situation est encore plus compliquée puisque j’intègrerai l’école parmi les derniers inscrits. Cela veut dire que je dispose de très peu de temps pour récolter l’argent nécessaire au financement de mon premier trimestre (1700€, après la déduction des 800€ d’acompte). Je dispose, pour l’heure de 300€, l’acompte de 800€ demandé par l’école ayant déjà été réglé. J’ai donc besoin de 1400€ et c’est pourquoi j’ai besoin d’un petit coup de pouce.

J’ai d’ores et déjà pu obtenir un délais qui me permettra, à force de travail, de récolter la moitié de la somme d’ici un mois. De petits dons me permettront de réduire encore un peu plus l’écart et d’intégrer l’IICP sans crainte. Je pourrai ainsi commencer à travailler et à mettre de l’argent de côté pour financer mon deuxième trimestre. Pour me soutenir, je vous invite à vous rendre sur mon Pot Commun en cliquant sur le lien ci-dessous.

Je fais un don.

CULTURE, ILS M'ONT ENVOYÉ LEUR LIVRE

OUTLANDISH /ROOM/ : Beauté métaphysique.

Commemoration Day2008

Voilà un ouvrage que j’ai été très heureux de recevoir. Ça n’est pas la première fois que je croise le chemin de Marc Kiska. Déjà dans Garçon Magazine n°14, je rendais hommage à son travail sur Les Vestiges d’Alice sorti en 2017 aux éditions Tabou. Avec ce recueil photographique, l’auteur revient sur l’un des clichés les plus ringards du monde gay : le fantasme du macho. Dans une communauté où l’on veut imposer le règne de la masculinité, Outlandish résonne comme un coup de gueule en soutien à ces garçons androgynes et contre la vision dépassée du “vrai mec” viril et poilu à grosse voix. Découverte passionnée.

Par Victorien BIET

Dans une atmosphère très dark typiquement “Marc Kiska” nous retrouvons, après un long texte expliquant les motivations du photographe, toute une série de clichés, immortalisant la beauté de ces garçons aux contours rappelant avec grâce les plus vieux stéréotypes de la féminité. Cheveux longs, torses imberbes, pas un poil au menton, maigreur frôlant parfois le rachitisme… C’est ça, Outlandish. Le tout mis en scène dans un monde sombre et étrange où la nature semble avoir repris ses droits. N’est-ce pas cela, le message renvoyé par Marc Kiska, finalement ? Ces garçons sont ce qu’ils sont au naturel. Ils ne l’ont tout simplement pas choisi.

Une critique de notre vision binaire de la sexualité. 

Cet ouvrage soulève un autre point très intéressant en nous questionnant sur la sexualité de ces jeunes hommes androgynes, vivant parfois leur féminité comme une épreuve, un fardeau. Premièrement, celui que nous pourrions abusivement qualifier de “twink” est-il nécessairement homosexuel ? De fait, une sensibilité renforcée et des traits fins ne définissent pas une orientation sexuelle. Pourtant, la société catégorise si facilement ces garçons efféminés. Triste témoignage de l’homophobie ordinaire également subie par les hétérosexuels hors-norme.

Deuxièmement, ces garçons sont-ils condamnés, subissant une nouvelle fois les conséquences d’un physique qu’ils n’ont pas choisi, à “jouer les passifs” ad vitam aeternam, ne leur en déplaise ? Tout comme il est facile de dire d’une personne qu’elle est homosexuelle, porter un jugement sur elle en prétendant qu’elle est nécessairement passive, du fait de son apparence physique, c’est de l’homophobie. Une homophobie malheureusement très répandue chez les homosexuels eux-même qui n’hésitent pas à jouer des clichés quitte à les maintenir en vie. En cela, Outlandish est un témoignage fort et brulant qui fera beaucoup parler, je n’en doute pas.

Visuellement somptueux. 

En photographe amateur, j’ai rarement été autant impressionné par une œuvre que par celle de Marc Kiska, l’auteur aux multiples casquettes. Ses photos sont d’une poésie à peine croyable et ce monsieur fait preuve d’une telle imagination, d’un tel travail et a une telle maitrise des concepts qu’il emploie que je pourrais sans crainte le qualifier de génie. C’est visuellement et métaphoriquement beau. Ce travail non seulement sur la féminité mais aussi sur la pureté, au milieu du chaos, est somptueux et doit être vu et reconnu comme tel.

La manière dont le photographe a choisi de mettre en scène ses photos me rappellerais presque l’œuvre de Slava Mogutin qui, dans son Lost Boys, racontait son histoire et ses passions, au fil des pages, trouvant savamment l’alchimie entre les beaux visages de ces garçons slaves et les décors décrépits dans lesquels il les mettait en scène, parfois dans des positions peu enviables. Le tout, résultant une œuvre percutante et hautement symbolique au niveau politique. C’est la même vision qui, à mon sens, anime Marc Kiska. Et c’est très réussi.

Une œuvre ésotérique. 

Là où Marc Kiska se distingue de Slava Mogutin, en revanche, c’est dans l’aspect véritablement surnaturel qu’il donne à ses photographies. Là où certains pourraient ressentir le malaise, être gênés, à la vue d’un homme à tête d’oiseau semblant sortir du cadre, par exemple, les yeux les plus avertis sauront entrevoir la beauté, l’élégance et la simplicité de la jeunesse à l’état naturel. Une jeunesse libérée de la pression sociale, morale et surtout religieuse.

Car il n’est pas rare, ici et là, de voir quelques références à la religion dans Outlandish. Il me revient en mémoire, et je pense que c’est peut-être le meilleur exemple, cette photographie d’un jeune homme blond, ligoté sur un lit, les mains en prière, par une guirlande qui, dans son prolongement, forme une croix au dessus de sa tête, dans un décor presque monastique. Ce jeune-homme, cet enfant, est attaché à une croyance qui le dépasse, en laquelle il ne croit peut-être pas, qu’on lui a imposé sans doute. Il est prisonnier d’une religion qui refuse de le laisser s’enfuir et qui le maltraite pour son apparence, sa différence. Cette même religion qui, sur ce lit, lui rappelle sans cesse de ne pas commettre le pêché de chaire.

C’est cela, l’œuvre sublime et irréelle de Marc Kiska. Charmé et passionné par cet ouvrage, je suis en admiration devant ce travail de fourmi. Tant de temps a été investi dans la réalisation de ces micro-univers et avec un tel soucis du détail pour un résultat si prenant, si frappant, que je ne saurais rester indifférent face à ce que je considère comme un ouvrage de référence en matière de photographie artistique. Un chef-d’œuvre !

Plus d’infos :
– marckiska.com