50 NUANCES DE GAY, CULTURE, SOCIÉTÉ

Jason Barrio, auteur et interprète de #Condamné 03-64 : “Cette pièce raconte un internement dans lequel le seul espace de liberté est la poésie”

Tout est parti d’un article paru en 2017 dans le magazine moscovite d’opposition Novaïa Gazeta. Elena Milachina, journaliste réputée y dénonçait des centaines d’arrestations, de tortures et d’assassinats d’homosexuels en Tchétchénie. C’est en réaction à cette actualité que Jason Barrio a créé « Condamné #03-64 » qui raconte l’histoire de Pavel, homosexuel tchétchène emprisonné, torturé et assassiné à cause de son orientation sexuelle.

Propos recueillis par Victorien Biet.

Jason, aujourd’hui, tu nous présentes ta pièce « Condamné #03-64 ». Qu’est-ce que ça raconte ?

Cette pièce parle de la répression des homosexuels en Tchétchénie. Elle est issue d’une performance créée en juin 2017 suite à l’article paru sur Novaïa Gazeta. Elle raconte l’histoire de Pavel, un homosexuel tchétchène maintenu dans une prison illégale, du moins aux yeux de la constitution russe. À travers « Le Dernier Jour d’un Condamné » de Hugo, nous découvrons son arrestation. Cet ouvrage se veut assez universel puisqu’on ne sait pas quel est le motif de l’arrestation. On suppose que c’est un meurtre mais ça n’est pas explicitement dit. Ça m’intéressait de travailler avec ce texte parce-qu’il parle de l’intérieur, de la cellule, du quotidien et de comment la pensée arrive à survivre. 

Puis il nous parle aussi de son quotidien et de sa famille, tout ce qui existait avant son arrestation. 

Ce que je voulais au sujet de Pavel et de ses derniers jours, ses dernières heures, c’était montrer qu’il avait essayé d’avoir une vie normale aux yeux de la société tchétchène en défendant la vie de sa femme, la vie de sa mère, la vie de sa fille. L’important était qu’il ne soit pas purement tchétchène. Il faut savoir que ce pays est une république autonome et que différentes communautés y cohabitent. Donc, ça n’est pas simple comme territoire. Ils sont tous russes mais il y a des disparités. Donc ça raconte ça et son internement dans lequel le seul espace de liberté est la poésie, le seul moyen d’aller ailleurs. C’est pour cette raison que j’ai fait de ce personnage un bibliothécaire. Ça a permis de lui donner un accès à la littérature et ça justifie ses envolées lyriques lorsqu’il cite Hugo ou Rimbaud, toutes ces choses qui le traversent. 

Pour passer de la performance au théâtre, on a ajouté pas mal de texte et j’ai aussi beaucoup écrit pour évoquer son arrestation pour expliquer comment se passe la vie dans la prison. Avec des passages de l’ordre du désir, par exemple. Il y a trois temps, en fait : un premier où il parle de lui, de sa vie, de sa lutte intellectuelle, un deuxième qui est un happening lorsqu’il est surpris en plein élan de liberté par un gardien qui provoque une humiliation publique et un troisième où il évoque son amant et son arrestation qui aboutit à l’exécution de Pavel par sa propre famille.

“Le théâtre n’est pas simplement un endroit de divertissement pour moi.”

Qu’est-ce qui t’a motivé à reprendre ce sujet ?

Le choc, tout d’abord, et le fait que les médias n’en parlent pas, en pleine élection présidentielle. C’est pas simple de faire du journalisme en Russie et à plus forte raison en Tchétchénie. Donc ça m’importait de faire savoir ça à travers une performance. Le théâtre n’est pas simplement un endroit de divertissement pour moi. Ce qui me semble important, c’est que le théâtre puisse être un endroit où on peut suivre un processus. Ça aurait sans doute eu plus d’impact d’en parler pendant deux minutes sur YouTube mais ça m’importait de faire un spectacle avec l’idée que le spectateur rentre dans le processus de condamnation. On est avec le condamné pendant un laps de temps. Au début, la performance durait 25 minutes et on est passés à 1h de spectacle. À la fois, le théâtre est éphémère mais permet aussi ces rencontres-là qui ne sont pas du tout éphémères.

D’où t’est venue l’idée de reprendre l’ouvrage d’Hugo pour ta pièce ? 

Au départ, c’était un hasard. Je la relisais et ça m’est apparu comme une évidence. Et puis l’idée de la transposition n’était pas très difficile. La langue de Hugo est tellement forte qu’il a suffi de la transposer à cette situation pas du tout universelle pour que ça fonctionne immédiatement. Ce choix m’est aussi venu en cherchant un moyen de sublimer la violence. Si je n’avais pas fait ça et si je n’avais fait qu’écrire, il n’y aurait pas eu cet élan poétique. Ça aurait nui à ce qu’on voulait raconter car le sujet est tellement violent et insoutenable que ça doit passer par une langue qui sublime ce qui se passe. Sinon c’est trop premier degré. À la fois, ça m’intéresse de donner la parole à ces victimes mais ça passe aussi par en faire des héros par la langue. D’où mon choix pour Hugo. Évidemment, les évènements de Tchétchénie rappellent les crimes commis par les nazis sur les homosexuels pendant la guerre. Ça m’a conduit à me pencher sur d’autres ouvrages dont le témoignage de Pierre Seel, « Moi, Pierre Seel, Déporté Homosexuel », publié en 1994 sur les conseils de Jean Le Bitoux, rédacteur en chef du magazine Gai Pied. 

“On a regardé le film et ça m’est apparu comme une évidence qu’il devait arriver en ouverture de ma pièce.”

Tu as choisi d’ouvrir ta pièce avec un court-métrage intitulé « Aujourd’hui ». Que peux-tu nous en dire ? 

Les choses se font souvent par hasard mais pas sans raison. Le hasard a été que le compagnon de l’organisatrice du festival durant lequel a été jouée ma pièce avait également traité de ce sujet dans un court-métrage. À l’époque, il pensait faire de la science-fiction mais au final, pas du tout. Le hasard veut que l’acteur qui joue, Hugo Léonard, était en cours avec moi. On a regardé le film et ça m’est apparu comme une évidence qu’il devait arriver en ouverture de ma pièce. Ces deux objets artistiques se complètent car le film raconte l’arrestation, les dernières heures d’un couple homo dans une société française où l’homosexualité est repénalisée et considérée comme une maladie mentale et moi je raconte la même chose transposée en Tchétchénie. 

Au final, comment ça s’est passé ? Que retiens-tu de cette représentation ? 

Ça s’est bien passé, surtout qu’elle avait le goût d’une première. J’étais content car il y avait beaucoup de monde et l’association Le Refuge a fait venir trois jeunes dont un moldave qui a été très touché par le spectacle. Je suis très content et touché, surtout par les témoignages qui me sont parvenus. C’est là qu’on voit le sens de mon métier. Seule déception : j’aimerais que les associations et les politiques s’en emparent davantage. Qu’il y ait un relai plus important pour que ce spectacle ait une vie. Malheureusement, les programmateurs nationaux ne se sont pas déplacés, de même que la DRAC. Ils sont surchargés, c’est vrai, mais sans eux, je ne pourrai pas faire vivre ce spectacle. J’espère que les gens vont se mobiliser car je pense que ce spectacle a du sens aujourd’hui.

Donc pas d’autres représentations pour le moment ? 

Non, malheureusement. On n’a même pas encore pu prendre le temps de débriefer, de voir le nombre d’entrées et surtout ce qu’il est possible de faire avec le Lavoir Moderne Parisien mais nous avons bon espoir de pouvoir jouer très bientôt la pièce en dehors de Paris mais je ne vous en dit pas plus pour l’instant !

PLUS D’INFOS :
– barrio.jason@gmail.com
– la.compagnie.theatre.machine@gmail.com
Page Facebook de Jason Barrio.

50 NUANCES DE GAY, ACTUALITÉ, CULTURE

Nicolas Dupuis, photographe : “Je ne cherche pas la revendication, je montre que nous existons.”

Photographe talentueux et artiste plein de surprises, Nicolas Dupuis est un poète de l’image, sculptant ses vers dans la chaire et dans les muscles de ses modèles nus devant l’objectif. C’est à l’occasion de son exposition au Château de Lamorlaye que j’ai pu le rencontrer afin de l’interroger à la fois sur son œuvre, sur sa vision et sur ses inspirations. 

Propos recueillis par Victorien Biet.

Nicolas, qui es-tu ?

Bonjour, je suis Nicolas Dupuis, j’ai 20 ans dans ma tête mais j’en ai vraiment 45. Je suis originaire et je vis à proximité de Chantilly, à 35 km au nord de Paris, c’est à dire à l’autre bout de la terre pour un parisien. J’ai un parcours scolaire moyen, mais une vie professionnelle épanouie dans le milieu commercial, marketing et quelques années pour la presse gay. Ma vie était plutôt banale jusqu’à mes 25 ans avant que je croise mon premier garçon pour ne plus jamais désirer de filles. Depuis, ma vie pétille, je suis heureux en amour depuis 15 ans et j’ai trouvé ma voie artistique depuis seulement 6 ans avec l’envie de partager mon regard sur un univers intime.

“Mes photos sont le reflet de l’âme que je perçois de mes modèles en réalisant un instantané de leur être.”

Comment décrirais-tu ton art ?

Peut-être libre, expressif et poétique. Mon art est tourné vers l’humain. On m’a souvent dit que j’avais une manière spéciale de regarder dans les yeux, parfois déstabilisante. Mes photos sont le reflet de l’âme que je perçois de mes modèles en réalisant un instantané de leur être. C’est ma vision de la beauté, tout simplement.

Penses-tu que l’on peut te considérer comme un artiste Queer ?

C’est une bonne question. Est-ce à moi d’en juger ? J’aurai tendance à dire que oui, faisant partie d’une minorité et ayant un regard artistique naturellement orienté vers les modèles masculins. Très sincèrement, je ne me pose pas la question si je suis un artiste Queer ou pas Queer. Je suis déjà flatté qu’on me considère comme artiste tout simplement. Mes photos trouvent certainement une partie de leur public dans la communauté Queer, mais je me fais aussi une mission de les montrer à tout public afin d’ouvrir les esprits. Je ne cherche pas la revendication, je montre que nous existons.

Difficile de vivre de la photographie, en France, en 2019 ?

Heureusement pour moi, je n’ai jamais fait de la photo pour en vivre. Je vis ma passion avant tout. Je suis auto-entrepreneur pour être réglo, mais je fais uniquement les photos qui me plaisent et qui respectent mon univers artistique. Pour ne pas ternir ma passion, je me paie le luxe de refuser toutes les prestations de photos de mariages, de grossesses, de nouveaux nés qui pour moi sont des obligations économiques qui peuvent tuer une passion. Je sais pourtant que ces prestations sont indispensables pour les collègues dont la photo est leur activité principale. Je respecte leur courage et leur laisse leur gagne pain.

Quelles sont tes inspirations ?

Elles sont multiples et je papillonne sur le web nourrir ma curiosité d’image sans jamais connaître l’overdose. J’ai été frappé par créativité et l’audace de Pierre et Gilles ou de David LaChapelle. Je suis aussi curieux du parcours de Julien Benhamou et de Cédric Rouillat qui ont une longueur d’avance sur moi avec la particularité de shooter dans des lieux mythiques. Je vais aussi chercher l’inspiration dans le style et la musique de Years & Years, Fisherspooner, les Sexy Sushi (et autres groupes de Julia Lanoë), la Femme… Je suis très inspiré par la culture underground.

“Plus de 15 œuvres en tirage limité au format 90x60cm sont encore visibles jusqu’au 16 mars prochain” (au Château de Lamorlaye – NDLR).

Parles-nous de ton exposition au Château de Lamorlaye.

J’ai d’abord commencé l’année en exposant 4 de mes œuvres de danseurs nus masculins au Salon de la Photo de Gouvieux (à coté de Chantilly) qui regroupe le travail de 40 photographes et réunit plus de 800 visiteurs en 3 jours seulement. J’ai eu l’honneur d’être primé et de recevoir le prix de la meilleure série.

Le château de Lamorlaye m’a ensuite contacté pour savoir si j’avais une série d’œuvres plus conséquente, et si j’étais intéressé pour une résidence exclusive de ma série pendant plus d’un mois dans ce lieu magnifique. Je n’ai pas hésité à dire oui car mes tirages étaient déjà prêts. Le vernissage a été un succès. Plus de 15 œuvres en tirage limité au format 90x60cm sont encore visibles jusqu’au 16 mars prochain au premier étage du château (15 rue Michel Bléré, 60260 Lamorlaye). L’entrée est libre et gratuite tous les jours sauf le dimanche. Le château, son parc et l’expo méritent le détour. N’oubliez pas de laisser un mot dans le livre d’or.

Quelle est ton actualité à venir ?

Il est encore un peu tôt pour faire des annonces officielles, mais j’ai des projets qui se concrétisent pour des photos dans des lieux différents du studio, peut-être sur Paris, mais chut ! Je vais continuer mon travail avec les danseurs pour créer une nouvelle série artistique en prenant de nouveaux risques. Je vais également oser d’autres thématiques. Je souhaiterais aussi que mes œuvres exposées actuellement au château de Lamorlaye trouvent une nouvelle résidence sur la capitale cette fois-ci. Je crois assez aux opportunités artistiques car je progresse ainsi depuis que j’ai commencé la photo de modèles, je suis donc quelqu’un qui sera particulièrement attentif aux nouvelles propositions (lieux d’expo, lieux de shooting, modèles, projets). La vie n’est faite que de hasard et de rencontres, j’en fais des photos.

PLUS D’INFOS :
Son site officiel.
– Instagram : @nicolas.dupuis.photographe

50 NUANCES DE GAY, ACTUALITÉ, CULTURE

Christophe Garro, metteur en scène de 5 Guys Chillin’ : “Il est difficile aujourd’hui de ne pas être confronté au chemsex dans le milieu gay”.

La consommation de drogues dans le milieu gay n’est pas une nouveauté. Pourtant, chaque année est plus meurtrière que la précédente et le phénomène du “chemsex” qui consiste en des rapports sexuels sous l’influence de stupéfiants ne fait que progresser. C’est pour cette raison que Christophe Garro a entrepris d’adapter 5 Guys Chillin’, la pièce de Peter Darney, sur les planches du théâtre Clavel du 23 janvier au 27 février 2019. Il nous raconte son aventure, accompagné de ses cinq talentueux comédiens.

Propos recueillis par Victorien Biet

Christophe, racontes-nous ton parcours.

5 Guys Chillin’ est ma troisième mise en scène. J’ai fait du théâtre en tant que comédien pendant quelques années, interprétant des personnages dans différentes pièces comme Roméo et Juliette, la Ronde, Roberto Zucco, puis j’ai ressenti le besoin d’adapter le roman “Deux garçons, la mer” de l’irlandais Jamie O’Neill, qui a été une formidable aventure et que nous avons joué dans plusieurs théâtres en 2014 et 2015. Cela m’a donné envie d’écrire, j’ai donc en parallèle écrit mon premier roman Tybalt & Mercutio qui est en vente aux Mots à la bouche entre autres, et ma pièce Cold Water, située en Irlande, pays dont je suis tombé amoureux. J’écris des nouvelles et je viens de terminer un nouveau roman que j’espère pouvoir éditer bientôt et qui parle notamment de chemsex.

C’est d’ailleurs le thème de 5 Guys Chillin’. Qu’est-ce que ça raconte ?

C’est une pièce anglaise écrite par Peter Darney sur la base d’interviews qu’il a réalisées auprès de personnes pratiquant le chemsex, et qui a connu du succès à Londres où elle a été créée, puis à New York, Sydney et Toronto. Elle a reçu plusieurs prix au festival d’Edimbourg et au festival de théâtre gay de Dublin. Je suis tombé dessus en faisant des recherches pour mon roman, j’ai tout de suite eu envie de la traduire et son auteur a été enthousiaste quant à sa création à Paris.

“La situation continue à prendre de l’ampleur et de plus en plus de garçons ont besoin d’aide.”

Parles-nous un peu des personnages.

Julien est l’hôte de la soirée dont il est question dans la pièce. Ancien styliste, il a perdu son travail à cause des drogues et des soirées qu’il organise et qui peuvent durer plusieurs jours. Il est interprété par Vincent Vilain, que je connaissais et qui fut le premier à qui j’ai parlé du projet.

Il est rejoint par Mark, interprété par François Guliana-Graffe, comédien que j’avais déjà vu sur scène et qui faisait partie de mon entourage. Mark se tient un peu en retrait du milieu gay, mais il y fait régulièrement des incursions.

Mehdi était dans la version originale PJ, un pakistanais. J’ai tenu avec l’accord de Peter, à adapter la pièce à Paris, et PJ est devenu un maghrébin de deuxième génération qui supporte le poids des traditions. Il est interprété par Jonathan Louis.

Raph est vendeur dans un sex-shop. Accro au chems, c’est le personnage le plus charismatique, tout comme son interprète, Charlie Dumortier.

Benoit est le personnage pour lequel j’ai eu le plus de difficulté à trouver le bon comédien. Et puis un jour j’ai rencontré Lionel Rousselot. On a pris une bière, le courant est passé et je me suis dit, le voilà !


Christophe Garro en compagnie de sa troupe de comédiens !
(CRÉDIT PHOTO : Daniele Pintore)

Pourquoi une pièce sur ce thème ?

Il est difficile aujourd’hui de ne pas être confronté à cela dans le milieu gay, surtout à Paris. Les rencontres sur les applis incitent de plus en plus à ce type de soirée. J’ai moi-même été confronté à cela, c’est tentant, excitant, vertigineux et ça m’a fait peur. Pour en avoir discuté avec pas mal de personnes, dont Stephan Vernhes le responsable du Spot, la situation continue à prendre de l’ampleur et de plus en plus de garçons ont besoin d’aide. C’est pour cette raison que je pense que nous avons besoin d’œuvres comme 5 Guys Chillin’.

“Je veux que, par le biais de mon travail artistique, les personnes puissent engager la discussion, s’informer.”

Quelles sont les solutions à ce problème, d’après-toi ?

Je ne suis pas assez bien placé pour pouvoir parler de solutions, mais je pense qu’il est important d’en parler. D’ouvrir la discussion sans porter de jugement sur ceux qui pratiquent le chemsex. Certains d’ailleurs le vivent très bien. Ce qui m’a plu au travers de la pièce c’est qu’aucun jugement n’est porté. Je veux que, par le biais de mon travail artistique, les personnes puissent engager la discussion, s’informer. C’est aussi pour cela que j’ai voulu intégrer le Centre LGBT et Aides à ce projet.


Je commence à me poser des questions dans la mesure où c’est mieux rangé chez eux que chez moi.

Parles-nous de ton travail de mise en scène sur la pièce. 

On a créé une belle troupe avec ces comédiens. Tous avaient envie de parler de ce sujet et de porter un thème fort, un véritable thème de société. Nous répétons ensemble, échangeant sur les personnalités de chaque personnage, je les ai laissés libres de créer leur identité, ce qui me semblait important. Que chacun amène sa patte. Je suis assisté d’Emily Paillette qui m’est d’un grand secours, prenant tout en note à chaque répétition et me laissant ainsi la liberté de modeler tel un chef d’orchestre. Et puis c’est bien d’avoir l’œil d’une fille sur ce type de projet tellement masculin !

Quels sont tes futurs projets ?

Je souhaite que la pièce touche les spectateurs, et qu’on puisse continuer à la jouer, j’aimerais qu’on puisse la montrer dans des villes de province, j’ai déjà des sollicitations. Et puis j’ai mon roman qui me tient à cœur et que j’ai envie de donner à lire au public.

Une petite bande-annonce qui donne envie d’en savoir plus !

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Je réserve mes places.

50 NUANCES DE GAY, ACTUALITÉ

French Twinks se couche sur papier glacé.

Qui ne connaît pas French Twinks (hormis mon mec) ? Fleuron de la pornographie gay made in France, le studio monté par Antoine Lebel en 2013 enchaine les succès et peut aujourd’hui se vanter d’avoir remportés deux prix aux PinkX Gay Video Awards (dont celui du meilleur film) ainsi que celui de la meilleure scène au Cybersocket Awards 2016. La hype est telle que, pour remercier les fans de leur fidélité, French Twinks nous offre aujourd’hui un petit album retraçant les nombreux succès du studio en faisant la part belle à ses acteurs de toute beauté !

Par Victorien Biet

Un objet de bonne facture, mais…

Bon, j’avoue que, lorsque j’ai décidé d’acheter cet ouvrage, c’est surtout sa couverture qui m’attirait. En photographe amateur (avec mention, disent certains), c’est ma sensibilité artistique (très kinky, je l’avoue) qui a été touchée. D’autant plus que j’adore – et c’est un euphémisme – enduire mes modèles de peinture. Alors si en plus vous ajoutez à cela que (the) Paul Delay est sur la photo, mon Dieu, je ne réponds plus de rien. On reconnaîtra donc les qualités plus que certaines du photographe mais j’y reviendrai plus tard !


Je veux ce canapé !

Là où le bât blesse, cependant, c’est dans le format. À vrai dire, à ce prix-là (24,95€, outch), je me serais attendu à un peu plus grand qu’un livre de poche. J’avoue même avoir eu un petit fou rire en ouvrant mon colis. Enfin j’imagine que si j’en suis réduit à reprocher sa taille à l’ouvrage, c’est que je n’ai vraiment pas grand-chose à redire (bon, et on tâchera aussi de travailler un peu plus la tranche pour le numéro 2 !)

Des twinks ! Partout !

Dans le petit milieu très “bobo” des amateurs d’albums photos parisiens, ce genre d’ouvrage est ce qu’on appelle un “livre de table basse”. Le genre qui n’a sa place ni dans votre bibliothèque ni dans votre sac à dos pour vos lectures nomades. Si vous êtes un peu coquin assumé (ou coquine, bien-sûr !) vous pouvez vous la jouer “salle d’attente” et laisser l’objet à disposition de vos invités à côté de votre programme saisonnier pour le Théâtre de Chaillot (oui, je raconte beaucoup ma vie) ! Rassurez-vous, les plus prudes n’iront pas jusqu’à la syncope. On est d’avantage sur des portraits de beaux mecs que sur du porno hyper hard (et puis une bite n’a jamais fait de mal à personne).

Et il faut bien admettre qu’on prend énormément de plaisir à regarder les photos de ces petits twinks s’adonnants aux plaisirs de la chair ! D’autant qu’artistiquement et techniquement parlant, on ne se fout pas de notre gueule ! French Twinks a su nous prouver depuis plusieurs années déjà sa parfaite maitrise de la photographie et, dans cet ouvrage, c’est un savant hommage qui est rendu au travail du studio. En plus, en opérant une rétrospective de son histoire, il pourra rappeler quelques jolis souvenirs aux polissons embarqués dans l’aventure depuis le tout début !

Le virage fetish qui fait plaisir.

On notera que le pingouin a l’air ravi du spectacle qui se déroule sous ses yeux.

Ce qui m’a plus particulièrement marqué dans ce “COLLECTION #1”, c’est le contraste que l’on peut constater dans la deuxième partie de l’album. D’aucun pensent encore que French Twinks est un studio pour petits minets (c’est vrai, pour le coup, même s’il y a quelques exceptions) frêles, fragiles et complètement vanilla. J’ai été heureux de (re)découvrir qu’il n’en n’était rien ! Gros sparadrap des familles, bondage, jeux fetish et même un peu de sado level débutant lorsque Doryann Marguet se tape l’incruste déguisé en professeur pour infliger un bonne correction à coups de ceinturon à des élèves qui ont l’air absolument ravi (c’est faux). Ma plus grosse déception étant de ne pas trouver mention du fameux projet avorté “GaySexChallenge”, première vidéo achetée chez French Twinks et qui m’avait convaincu que je n’avais pas affaire à un studio pour coincés et qu’enfin, on osait innover, créer des trucs sympas ! Dommage.

Bon, on l’achète ou pas ? 

C’est une question sérieuse ou est-ce que je dois encore argumenter ? Au final, je n’ai vraiment pas grand-chose à redire au sujet de cet ouvrage. “Peut-être un peu cher”, ai-je dit ? Oui, c’est vrai. Mais comme vous le savez sans doute, je suis un garçon un peu particulier et j’ai toujours tendance à privilégier l’aspect artistique (si l’on passe sur l’aspect branlette qui dure environ 15 minutes) ainsi que l’aspect purement professionnel et je dois dire que j’ai toujours été impressionné par la qualité des productions de French Twinks, l’un des rares studios français qui a parfaitement compris les codes du porno “contemporain” tout en proposant des scénarios léchés (ah-ah) et une esthétique soignée dans des vidéos jamais bâclées en dix petites minutes.

Imprimé sur un papier de très bonne qualité, l’ouvrage est un véritable plaisir à feuilleter et ne tombe jamais dans le vulgaire ! Plus d’excuse pour ne pas en faire profiter votre belle-sœur après un lancé de Madge dans le sapin !

Aussi, mes chers compatriotes, je vous invite à vous faire ce petit cadeau (en plus vous venez d’encaisser le chèque de Noël de Mamy, c’est parfait) afin de rendre hommage à ce studio qui, à lui tout seul, fait rayonner l’industrie du porno gay français dans le monde entier ! C’est presque une première donc on peut l’applaudir ! Moi, dans tous les cas, je ne suis pas mécontent de mon achat. Allez, j’y retourne…

PLUS D’INFOS :
J’achète le Livre Collector French Twinks !
french-twinks.com