ACTUALITÉ, CULTURE

Bastien Gral : “Si vous saviez à quel point c’est facile, vous diriez que c’est de l’arnaque”.

Vous savez ce qu’il manque à ce monde ? Un peu de folie, un peu d’excentricité, un peu de Bastien Gral. Il manque un peu de ce petit personnage haut en couleur et bourré de talent qui, du haut de son mètre-soixante-cinq, vous fait voir votre propre réalité à travers la lunette délicatement raffinée (et parfois indélicatement gonflée) de son art irrévérencieux et rafraîchissant. J’ai pu le rencontrer pour en savoir plus sur sa personnalité et sa vision de l’art et du monde dans lequel nous vivons.

Propos recueillis par Victorien Biet

Bastien, qui es-tu ? 

Je suis un artiste. Artiste performeur, instagrameur, pas encore plasticien ni photographe, modèle photo et surement futur acteur porno (rire). Non, en fait, je n’en sais rien. Je fais des performances et j’ai exposé il y a peu de temps pour la première fois de ma vie. Aujourd’hui, c’est ma première interview donc oui, on peut dire que je débute. Sinon, j’étudie l’histoire de l’art à la fac mais je considère que je suis artiste avant d’être étudiant. Je souhaiterais que tous les artistes, qu’ils soient musiciens, acteurs, auteurs (…), qui étudient considèrent que leur première activité est leur activité artistique.

Et donc, comment te projettes-tu dans l’avenir ?

Mort à 27 ans. Non, plus sérieusement, je suis et resterai artiste et je n’aurai aucun souci, pour vivre, à faire un boulot à côté. Mais, pour moi, ça ne sera jamais faire un boulot et, en parallèle, être artiste. Je veux continuer à créer et peu importe ce que je ferai pour vivre du moment que je touche un peu d’argent. De toutes façons, si on n’a pas la conviction qu’on va réussir, on ne réussira jamais. Aujourd’hui, j’ai la conviction qu’un jour, je vais réussir. Même si c’est du déni ou de l’auto-persuasion, ça m’est égal. Je préfère y croire et considérer que je n’aurai pas besoin de bosser à côté (rire).


“MERCI POUR L’ART” – Performance sauvage à la FIAC – 2018

Du coup, que penses-tu de la situation des artistes, aujourd’hui ?

Ça dépend lesquels ! À mon échelle, en tant que grand débutant, je pense que la jeunesse artistique, si elle n’est pas absente, est au moins muette. On a une nouvelle génération qui est assez désillusionnée et fataliste. Alors je pense qu’aujourd’hui, il n’y a pas de génération artistique et, s’il y en a une, elle ne se fait pas entendre. Mon but, c’est d’essayer de déjouer cela, dans un premier temps. Un peu comme Don Quichotte partant combattre des moulins à vent, mais bon, ça se tente. Il y a beaucoup d’autres artistes qui luttent contre cette situation de vide artistique.

Mais il faut savoir que nous ne faisons pas que lutter contre le fatalisme de cette génération mais aussi contre un monde de l’art assez compliqué avec une ère de l’art contemporain assez plate et tordue. De plus, à l’heure actuelle, le monde de l’art est dominé par les grands artistes. Ça fait que, nous, jeunes artistes, avons beaucoup de mal à avancer puisque nous ne sommes ni soutenus ni épaulés. Pour autant, avons-nous envie d’être soutenus si c’est au prix de l’indécence économique ? Je ne sais pas. En attendant, le monde de l’art n’est pas là pour nous encourager. Il y a des personnes qui essayent mais, majoritairement, on a un univers artistique qui est très inégalitaire sur le modèle de notre société.

“En art, la jeunesse n’existe plus.”

Tu penses donc qu’il existe une autre catégorie d’artistes autrement privilégiée ?

Absolument. Pour autant, je ne veux pas dire qu’ils ne sont pas bons ou que les nouveaux sont meilleurs qu’eux. Mes inspirations sont des artistes qui ont, aujourd’hui, entre 50 et 60 ans, qui sont renommés, qui ont leur place dans de grandes galeries. Donc, ce sont de bons artistes. Cependant, le monde de l’art les a enfermés dans une cage dorée. C’est très bien pour eux mais ça ne laisse pas la place aux jeunes. En art, la jeunesse n’existe plus. On a du mal à le reconnaitre et il serait temps que ça change. Non pas en éliminant les vieux artistes mais en faisant de la place aux nouveaux. Parce-que, sinon, c’est le Japon, c’est une population vieillissante qui finira par disparaitre, laissant un grand vide, sans continuité. Évidemment, il y a de jeunes artistes mais ce sont des gens qui ont la trentaine, ce qui est déjà vieux.

Et d’après-toi, quelle serait la solution ? 

Je n’en ai pas (rire). Je pense que les artistes, s’ils font des efforts, c’est une bonne chose, mais ils n’ont pas de responsabilité. En revanche, les galeries ont une responsabilité mais ne feront rien. Donc, à mon sens, la seule solution, c’est de s’imposer. Ça fait aussi partie de la performance. Lorsque j’en fais une dans la rue, lorsque je m’incruste à la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain ndlr.) ou dans un musée, les gens n’ont pas d’autre choix que de me voir. Ils ne sont pas obligés de me regarder mais ils peuvent me voir. Quand je fais ça, je m’impose à eux, je leur dis que j’existe. Et je suis loin d’être le plus “extrême”. Je pourrais, par exemple, citer Deborah de Robertis qui est l’une de mes inspirations majeures. Elle va jusqu’à se mettre nue en place publique presque systématiquement et c’est typiquement ce que j’imagine dans cette idée de s’imposer, d’imposer son art et son corps. On oblige les gens à nous reconnaître car on ne peut pas attendre que le monde change. Le monde changera grâce à nous ou il ne changera pas. ORLAN, avant de devenir cette grande artiste reconnue et exposée au Centre Pompidou, s’est incrustée à la FIAC. Elle a gueulé, elle s’est imposée et c’est comme ça qu’un monde peut changer. Grâce à l’action.

“J’ai posté un grand nombre des photos de moi, torse-nu, sur Instagram et, alors que je suis biologiquement un homme, on a considéré que j’avais des seins et on m’a censuré.”

Pour remédier à ce manque d’exposition, tu as justement choisi de diffuser ce que tu fais sur les réseaux sociaux. D’après-toi, quelle est leur place, aujourd’hui, dans le monde de l’art et cette présence a-t-elle vocation à durer ?

Pour ce qui est de la durabilité, je ne saurai pas te répondre. Par contre, c’est très important aujourd’hui. Je considère que démocratiser l’art, c’est une priorité. Quand je parlais de comment révolutionner le monde de l’art et de comment il était possible de diminuer les inégalités entre les artistes, j’aurais pu te dire que les réseaux sociaux tiennent un rôle très important. Ça permet à tout le monde de partager ce qu’il fait sans distinction économique et, clairement, sans eux, je ne suis rien. C’est presque politique, d’ailleurs. Est-ce que ça durera ? Je ne sais pas. Il y a quand-même de nombreuses inégalités sur les réseaux sociaux et je pense que ça ne va pas s’améliorer avec le temps. Il y aura de plus en plus d’imitations des inégalités sociales en ligne mais, pour l’instant, je pense que c’est l’un des champs de bataille.


“Adam et Eve” – Photographies postées sur Instagram et avis de censure

D’autant que les artistes y sont de plus en plus confrontés à la censure. 

Pour ce qui est de la censure, à laquelle je suis moi aussi confronté, je ne sais pas s’il s’agit de quelque-chose de politique ou de partisan. Je ne saurai même pas te dire s’il y a des impératifs économiques derrière. Personnellement, j’ai posté un grand nombre des photos de moi, torse-nu, sur Instagram et, alors que je suis biologiquement un homme, on a considéré que j’avais des seins et on m’a censuré. Il y a encore un certain travail à faire au sujet de la censure féminine. Qu’on censure un sexe, une scène sexuelle ou érotique pour protéger les plus jeunes, ça peut s’entendre. En revanche, qu’on considère la nudité comme sexuelle à tout prix, ça me paraît abusif. Si aujourd’hui, je me mets nu, devant toi, dans ce bar, ça n’a rien de sexuel. C’est de la nudité et c’est naturel. Il y a une espèce de pudeur sociale autour de ça qui est assez ridicule car, au final, ceux qui considèrent cela comme quelque-chose de sexuel sont peut-être les plus pervers puisqu’ils voient de la sexualité en tout. Une personne nue n’a rien de sexuel, c’est l’ordre des choses. Lorsqu’on censure ma poitrine nue, c’est parce qu’on considère que je suis une femme. On ne le ferait pas avec un homme. Et lorsqu’on censure un sein de femme, c’est parce qu’on considère que c’est sexuel. Pourtant, ça n’est même pas un organe, c’est un fantasme masculin. Du coup, on considère que c’est honteux de les montrer. Est-ce que ça changera ? Je ne sais pas et je n’en suis pas certain.

“Troller les gens, c’est ma grande passion.”

Donc, est-ce que tu dirais que ton but est de choquer ?

On me l’a souvent dit. Premièrement, les gens pensent que choquer en art, c’est un peu facile. À cela, je réponds qu’il y a grand nombre de choses faciles qui sont très bonnes, ça n’empêche rien. Donc, argument invalidé. Je n’ai aucun souci à choquer, à faire scandale ou à simplement choquer pour choquer. Tree de McCarthy exposé sur la Place Vendôme, c’était ça mais c’était très intéressant en plus d’être un très bon coup de com’. Il n’y a aucun problème avec ça. Est-ce que c’est ce que je fais ? Je ne sais pas. J’aime la provocation mais, provoquer pour provoquer, je pense que le cap a été passé, que beaucoup trop de gens l’ont fait. Aujourd’hui, c’est inefficace et stérile car on ne trouve plus grand monde pour être choqué si on fait l’impasse sur les réseaux sociaux. Si demain, j’érige un sex-toy dans la cour du Louvre, beaucoup de gens passeront avec indifférence. À la connaissance de cette donnée, je ne vois pas l’intérêt de choquer pour choquer. En revanche, déranger les gens, pourvu qu’il y ait un message derrière, ça, je le fais.

Lorsque je joue le rôle de Marie-Madeleine devant Notre-Dame, je sais ce que je fais et je sais que je vais avoir des mauvais retours de la part de personnes catholiques pratiquantes. J’étais conscient et j’avais la conviction personnelle que je ne faisais pas cela pour rien. Par contre, est-ce qu’un jour, je ne ferais pas cela pour déranger les gens et les faire chier ? En tant que troll, oui. J’adore ça. Troller les gens, c’est ma grande passion, comme pour beaucoup d’artistes, et je pense que je le ferai un jour. Certaines personnes m’ont fait des critiques et se sont moquées de ce que je faisais à juste titre. C’est très important de se moquer des artistes, il faut arrêter de les prendre au sérieux. Un jour, un mec m’a dit que j’allais finir par mettre des godes-ceintures sur des statues de femmes et dire que c’était de l’art et j’ai envie de le faire, rien que pour la blague. Déjà parce-que ça n’est pas une mauvaise idée et puis parce-qu’appliquer ce que les gens disent pour se moquer de nous et nous tourner en ridicule, c’est tellement drôle. J’espère pouvoir le faire.

On peut donc considérer que tu es un peu la “bête noire” des catholiques. 

Le principal reproche qu’on m’a fait, c’est de ne m’en prendre qu’à la religion catholique. On m’a demandé pourquoi je ne faisais pas ce que je fais avec l’Islam, par exemple. “Parce-que tu n’as pas assez de couilles”, m’a-t-on dit. D’abord, oui, tout simplement. J’aime l’art et je me battrai pour l’art mais pas au point de me mettre en danger de mort. On ne peut pas reprocher à quelqu’un d’avoir peur. Ensuite, je ne connais rien à la religion musulmane. J’étudie le catholicisme et je vis son influence sur la société française. Je connais tout cela et l’influence que ça a sur ma vie. Les artistes parlent de ce qu’ils comprennent, de ce qui est proche d’eux. L’autre aspect, c’est que l’artiste produit ce qu’il a envie de produire et pas seulement ce qu’il considère comme juste. On m’a déjà demandé de travailler sur le genre et je le ferai certainement un jour mais, jusqu’à maintenant, je n’en ai ressenti ni l’envie ni le besoin.


“Performance Podophile” (Marie-Madeleine) – Performance devant Notre-Dame de Paris – 2018

N’est-ce pas justement contre-productif de pousser un artiste à produire quelque-chose de précis ? 

Avec moi, oui (rire). Ça peut marcher avec certains et de nombreuses personnes considèrent que les artistes ont un rôle à jouer, qu’ils ont un devoir presque politique. Je considère personnellement que l’art ne peut pas changer un monde. L’art peut influencer, accompagner mais il n’a aucun pouvoir. Je n’aime pas me sentir obligé de parler de quelque-chose. Ça, c’est une conviction personnelle mais nombre d’artistes se sent obligé de raconter quelque-chose. Je le ressens de plus en plus avec la question environnementale et climatique, ce qui me fait me demander si je n’ai pas, à mon échelle d’artiste, un rôle à jouer, même minime. N’ai-je pas un rôle politique, en tant qu’artiste, face à la montée de l’extrême droite ? Je pense au Brésil, notamment. À ce stade, je me préoccupe de ce dont je me sens proche, ce qui ne m’empêche pas de me remettre en question. Je ferai toujours ce dont j’ai envie, question d’indépendance, ce qui ne veut pas dire que je n’évoquerai jamais ces sujets.

Tu évoquais un peu plus tôt ta “féminité” réelle ou supposée. Certains pourraient voir en toi un artiste Queer. Quelle définition en donnerais-tu ? L’es-tu seulement ?

Ça dépend. C’est de l’art militant, un art qui revendique un message politique et idéologique. Il l’affiche. C’est ce qu’ont fait de nombreux artistes, notamment dans les années 1980. Ils revendiquaient le fait de militer pour la cause homosexuelle, LGBT, etc. À mon sens, c’est ça être artiste Queer. C’est pourquoi je ne m’identifie pas à cette définition. Bien-sûr, on ne peut pas ne pas voir un sous-entendu renvoyant à mon genre et à ma sexualité dans ce que je fais. Cependant, je n’ai jamais milité pour la cause Queer. Peut-être que je le ferai un jour en travaillant sur le genre, en militant ou pas, mais, pour l’instant, je ne me bats pas pour une communauté car je n’ai pas spécialement envie d’en faire partie. Pour moi, ce serait un paradoxe que de militer pour cette communauté alors que je n’en suis pas.

“Tout le monde est capable de réfléchir. La seule différence, c’est que certains sont assez bêtes pour mettre leurs idées en application.”

Ce que tu fais doit d’ailleurs te demander beaucoup de travail. Quel est ton processus créatif ?

Houlà. Si vous saviez à quel point c’est facile, vous diriez que c’est de l’arnaque (rire). Non, plus sérieusement, c’est assez naturel. Je suis dans un art assez intellectuel, finalement. J’insiste sur “intellectuel” qui ne veut pas dire “intelligent”, attention. La base de ce que je fais, c’est quand-même la réflexion. Une performance, ça ne demande pas quarante heures de préparation technique. C’est comme une pierre qui roule et qui grossit encore et encore, accrochant au passage de nombreuses idées. C’est continuel et tout le monde est capable de réfléchir. La seule différence, c’est que certains sont assez bêtes pour mettre leurs idées en application : les artistes. Donc, je n’ai pas véritablement de processus créatif. La seule chose que j’ai, c’est un carnet que je garde toujours sur moi et que je remplis de croquis, d’idées. Et, honnêtement, 90% de ce que j’y note, c’est de la merde. C’est tout pourri, infaisable, impossible à présenter, ou alors c’est que je n’ai tout simplement pas le talent technique pour le faire. C’est un tri à faire. On réfléchit, on s’informe, on va visiter les expositions. C’est ce que je fais et je me nourris de ce que font les autres.

Je prends beaucoup de douches, aussi. C’est l’un des endroits où l’on réfléchit intensément avec les toilettes. C’est de là que je sors la moitié de mes idées. Être un peu bête ou fou pour avoir des idées improbables, c’est ma recette. Car sinon, qui va se dire “je vais aller à Notre-Dame et je vais laver tes pieds avec mes cheveux” ? Ça découle aussi d’un certain ennui. Quand on se fait chier, on a des idées un peu bizarres et il y en a qui se font tellement chier qu’ils les mettent en pratique. Ça, c’est moi. Certains artistes ont un véritable processus créatif et j’ai beaucoup d’admiration pour ces gens qui s’enferment chez eux tout le week-end, prennent une toile et peignent ou ceux qui font de la sculpture, travaillent le bois. Je suis incapable de le faire parce-que je n’ai pas la patience et parce-que j’ai besoin du monde extérieur. Si je devais inventer une formule magique pour ce qui est de l’art conceptuel, je dirais que c’est un art humain. Je me nourris des gens, de leurs opinions et s’il n’y avait personne autour de moi, je ne ferais rien. Si je parle de la religion, c’est bien parce-que des gens croient. Et si je fais des performances dans la rue, justement, c’est parce-que j’aime le contact humain.


“Burn the witch” (d’après Alcibiade), série des Mises à Mort – tirage photographique brûlé – 2018

Pour l’art conceptuel, un art humain, un art de l’expérience, s’enfermer chez soi, ça ne marche pas. C’est un art de la vie, c’est quelque-chose de concret. En ce qui me concerne, une rupture amoureuse, je vois ça comme quelque-chose que je vais pouvoir utiliser pour mon art. Je vois tout comme une œuvre potentielle et je comprends parfaitement que les gens considèrent ça comme du bullshit. J’ai eu une période de déprime comme beaucoup de gens, ce qui s’est accompagné d’une grande négligence hygiénique, notamment dans ma chambre qui est un foutoir pas possible faute de volonté. C’était pire à cette époque, notamment pour ce qui est des draps. J’en ai honte, quand j’en parle, mais mon père m’en a fait le reproche un jour car on pouvait presque y distinguer ma silhouette. Et là, je me suis dit qu’il y avait quelque-chose à faire, artistiquement. Par rapport au Saint-Suaire, par rapport au sexe, par rapport à la mort. La mort, c’est un peu comme du sexe et inversement et cette tâche dégueulasse, c’était du sexe. Jésus, enroulé dans son drap, n’était-il pas sale aussi ? Est-ce parce-qu’il a baisé dedans ? C’est ce qui m’amène à penser que tout peut être sujet à inspiration et à art. Même les draps sales à cause d’une déprime. Il n’y a pas d’un côté l’art et de l’autre la vie. Les deux sont indissociables.

Ce qui m’amène à te demander quels sont tes futurs projets et pourquoi tu es aussi productif. 

Tu sais, je vis au jour le jour. La mort, ça arrive un peu n’importe quand. Ça se trouve, je vais mourir dans la rue et je n’aurai aucun regret car j’ai tout-de-même quatre performances à mon actif. Du coup, je me dépêche de créer car je me dis que chaque jour, ça peut être trop tard. Mourir ne m’angoisse pas. Par contre, j’ai très peur de ne pas avoir pu faire ce que j’ai envie de faire avant de mourir. C’est cette fraction de seconde où tu vois une voiture te foncer dessus et tu te dis “putain, ma performance est dans une semaine”. Ça, c’est important pour moi, de me dire “je meurs mais j’ai fait tous les trucs badass que je voulais faire avant”. On attend pas pour faire des trucs un peu fous, sinon c’est trop tard. D’abord parce-que si on attend, on peut avoir peur de les faire par la suite, ce qui ne veut pas dire que ce sont de bonnes idées… Comme envoyer un message à ton ex, par exemple. Aussi parce-que si je ne fais pas ça, je ne fais rien, concrètement. Pour moi, ça fait six performances à l’année et ça n’est pas énorme pour un artiste comparé à ceux qui peignent. Je débute et ce besoin de marteler est d’autant plus fort. Alors pour répondre à ta question, je n’ai rien de prévu pour le moment. Pourquoi pas bientôt travailler sur la question du genre. L’art a déjà fait son boulot pour ce qui est de l’homosexualité qui est, aujourd’hui, un sujet politique, et je pense que, pour ce qui est du genre, il y a encore beaucoup de choses à faire. Sinon, j’ai quelques projets de collaborations et j’aimerais me mettre à la musique. Et je n’en ai pas fini avec la religion (rire).

PLUS D’INFOS :
– Instagram : bastien_gral
www.bastiengral.wixsite.com/artgral

ACTUALITÉ, CULTURE

Emmanuel Barrouyer : “Si je prends des photos de gens nus, je veux que ça raconte une histoire.”

Il y a des jours comme ça où l’on se dit qu’on est vraiment stupide. “Pourquoi ?”, me demanderez-vous. Parce-que, pour être parfaitement exact, ça fait six mois que j’ai promis à un certain Emmanuel Barrouyer d’aller voir son exposition au bar des Souffleurs. Pour ceux qui me connaissent et qui savent qu’il faut vraiment me prendre la main pour me faire découvrir ce genre des choses, vous admettrez que ma décision, après tout ce temps, de faire le grand plongeon, fait figure d’exception. Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai été un peu idiot de ne pas me déplacer plus tôt pour me rendre compte que cet artiste fait partie de ceux qui vous donnent le vertige “échelle Empire State Building”. Je l’ai rencontré pour faire mon mea-culpa et ainsi recueillir son témoignage au sujet de son œuvre à la fois originale et terriblement sensuelle.

Propos recueillis par Victorien Biet

Emmanuel, pourrais-tu te présenter quelques mots ? 

Qui suis-je ? Bonne question… Tout d’abord, je suis comédien, de formation et de métier. C’est mon activité principale mais, du jour où j’ai eu un “creux” dans ma carrière, je me suis remis à la photo. J’en faisais déjà avant mais je n’exposais pas et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à montrer ce que je faisais. Aujourd’hui, c’est très facile : tu mets une photo sur les réseaux-sociaux, sur Facebook, et c’est vu dans le monde entier. Donc, refaire de la photo m’a permis de garder la tête hors de l’eau. Ça m’a également permis de revenir au collage, l’une de mes activité lorsque j’avais vingt/vingt-cinq ans, une époque où je n’en faisais que pour moi. Plusieurs amis sur les réseaux-sociaux qui faisaient des choses qui étaient en adéquation avec ma sensibilité et qui, eux, montraient leur travail. Alors je me suis dit “pourquoi pas”.

“Kiss me”

Dis-nous en plus sur ton métier. 

Je viens de jouer dans “Andromaque” et “Le Misanthrope” sous la direction de la grande tragédienne Anne Delbée. Sinon, j’ai un nouvel agent et je passe des castings. Tu peux d’ailleurs me voir en ce moment dans “Les Grands Esprits” d’Olivier Ayache-Vidal sur Canal+ avec Denis Podalydès. En attendant, du point de vue artistique, on est venu me chercher et j’ai fait beaucoup d’expositions à l’étranger (Los Angeles, Londres, Athènes, Varsovie…). J’ai un besoin perpétuel de création. Certaines personnes, quand elles voient ma page Facebook et tout ce que j’y poste, peuvent se demander ce que je suis. Suis-je un comédien ? Un photographe ? Personnellement, je n’ai pas besoin de me définir. Les deux se rejoignent. Je dirais juste que j’utilise la photographie comme moyen d’expression personnelle.

“C’est à seize ans que ma mère m’a offert mon premier appareil.”

C’est quelque-chose que tu as appris tout seul ? 

Absolument. Et puis, je me suis décidé à faire plusieurs stages à l’École des Gobelins, la grande école d’audiovisuel et d’art graphique de Paris. J’y ai appris beaucoup de nouvelles techniques qui m’ont permis d’affûter encore un peu plus mon œil. Ça m’a aussi apporté une sorte de légitimité dont j’avais besoin pour continuer dans cette voie.

“Marc” (Dirty Boys series)

Je crois que tu es un grand amateur du noir et blanc. Pourquoi ?

C’est à seize ans que ma mère m’a offert mon premier appareil et, déjà, je prenais mes amis en photos, en noir et blanc. J’aime beaucoup son rendu même si, en l’occurence, les photos que je présente aujourd’hui sont en sépia. Cet amour du noir et blanc m’amène parfois à me faire violence : j’ai récemment pris un homme, nu, dans la forêt, avec les arbres et la verdure autour de lui. Les couleurs étaient magnifiques mais je suis resté sur ma première idée. Pourtant, je fais aussi beaucoup de couleur ! En fait, tout dépend du projet et du sujet.

“Puis-je me présenter en tant qu’artiste Queer ?”

Silencio, qu’est-ce que c’est, exactement ?

J’avais en tête depuis très longtemps cette idée de me prendre en talons et avec des bas-résilles, éclairé par des néons dans mon garage, en espérant que personne ne me surprendrait (rire). Et puis je suis tombé sur un collectif d’artistes international qui s’appelle Balaclava.Q, fondé par Stiofan O’Ceallaigh, et qui cherchait des artistes Queer. Le thème était d’avoir le visage caché. D’abord, ça a été un grand questionnement sur le mot “Queer” dont la définition peut varier en fonction des individus. Puis-je me présenter en tant qu’artiste Queer ? Cela va-t-il altérer la perception des gens ? Et puis, j’ai remarqué qu’il était écrit “Artistes Queer ou autres”. Au départ, je me suis plutôt rangé dans la case “autres” sans trop savoir ce que je pouvais assumer ou pas. J’ai donc participé en réalisant ces photos, nu, le visage caché. Je pense d’ailleurs qu’avoir le visage dissimulé m’a beaucoup aidé, à l’époque. Dans le cas contraire, je crois que je ne les aurais pas faites.

“Bang-Bang”

Tu le ferais, aujourd’hui ? 

Depuis, j’ai posé nu à de nombreuses reprises donc je pense qu’on peut dire que je suis désinhibé. Je suis comédien et mon corps est mon outil de travail mais, comme beaucoup de personnes, j’ai une espèce de phénomène attirance/répulsion avec mon physique. D’une part, lorsque je suis sur scène, je suis très à l’aise avec mon corps. Je ne peux pas dire que j’entre dans les codes de la virilité tels qu’ils sont imposés par la société et la publicité (rire). Alors est-ce que je le ferais aujourd’hui ? Je ne sais pas. Ce que je peux dire, c’est qu’il faut un sens à tout cela. Si c’est juste poser nu pour poser nu, ça n’a pas d’intérêt. Je vois beaucoup de photos de nu qui, même si elles sont très belles, au moins techniquement, ne racontent rien. Si je prends des photos de gens nus, je veux que ça raconte une histoire. Peut-être que celle que s’en fera le spectateur ne sera pas la mienne mais j’aime bien faire des mélanges, par exemple lorsque je suis sous un néon, dans un couloir, habillé d’une queue de pie (rire).

“Lorsque je suis inspiré par quelqu’un, je le revendique, ce que ne font pas tous les artistes.”

C’est en réalisant cette série que je suis devenu le directeur artistique de Balaclava.Q pour la France. Je suis chargé de trouver des artistes qui voudraient faire partie de cette vitrine internationale. C’est de la visibilité pour eux et j’ajoute qu’elle est entièrement gratuite et qu’il n’y a pas de frais d’adhésion. Cette série, donc, c’était très concret, pour répondre à la demande du collectif. Ça, c’est le premier point, ma vision. L’autre partie de l’exposition consiste en une série de collages photo-digitaux en hommage à Pierre Molinier qui, lui aussi, faisait beaucoup d’auto-portraits, en bas, en talons, avec des godes. On m’a d’ailleurs fait la réflexion en me reprochant la trop grande similitude entre nos deux univers alors que ce que je fais est très personnel. J’assume l’inspiration, que je détaille d’ailleurs dans ma note d’intention. Mais ça n’est qu’un hommage.

“Silencio XIV”, un hommage à Pierre Molinier.

En parlant de tes inspirations : quelles sont-elles ? 

Je n’ai pas vraiment de noms à te donner. Mes inspirations sont véritablement cinématographiques et je pense d’abord à David Lynch, par exemple. Visconti, aussi. Lynch pour le côté “creepy” et Visconti pour le côté raffiné. Pourtant, ça ne sont pas des questions que je me pose en réalisant mes clichés. Est-ce que c’est malsain ? Est-ce que ça va provoquer quelque-chose de l’ordre du désir ? Je ne pense pas à tout ça et ça n’est pas non plus une volonté de choquer puisque je reste tout-de-même très soft dans ce que j’expose. Petite anecdote : lors d’une précédente exposition, la photo où je suis complètement nu, de face, était restée telle quelle et celle où je suis en train de “me faire du bien” avait été recouverte avec mon voile en dentelle (rire). Personnellement, j’aurais fait l’inverse puisque la masturbation entraine un flou. Du coup, j’avais tendance à penser que c’est “moins choquant”. À cela, la galeriste me répond “ah mais tu ne te rends pas compte, si jamais il y a des enfants…” (rire). Dans tous les cas, lorsque je suis inspiré par quelqu’un, je le revendique, ce que ne font pas tous les artistes. Il m’arrive même de faire du copié-collé, en étant au plus près des poses et des vêtements utilisés par l’artiste, ce que j’ai fait avec ma série “Andy Forever”, en hommage à la série culte d’Andy Warhol par Christopher Makos.

“Pour un jeune artiste, le talent ne s’apprend pas. Tu l’as à l’intérieur de toi.”

Que dirais-tu à un jeune qui voudrait se lancer dans la photo ?

Déjà, je ne te répondrai pas car, intimement, je pense que ce jeune photographe n’a pas besoin de conseils. Avec Instagram et Tumblr, je vois des photographes qui ont un talent fou. Et puis, tu cherches un peu et tu vois que le mec a une vingtaine d’années. C’est épatant. Pour un jeune artiste, le talent ne s’apprend pas. Tu l’as à l’intérieur de toi. Pour le reste, pour ce qui concerne les conseils plus terre-à-terre, je ne pense pas être la personne idéale. Il faut se lancer, voilà tout. Avoir foi en soi. Il ne faut pas se poser la question du résultat et soit on en veut vraiment, soit on a du talent et dans les deux cas, ça peut marcher. En même temps, comme m’a dit une galeriste un jour : “être artiste pour être artiste, ça ne suffit pas”. C’est bien d’avoir du talent et d’être créatif mais il faut une finalité concrète. Vendre, en l’occurence. En ce qui me concerne, je ne me pose pas cette question et je fais passer mon besoin créatif avant l’argent même si je serais très heureux de créer et d’en vivre. Mais c’est déjà énorme d’exposer ici.

“Silencio V”

Quels sont tes projets en ce moment ? 

Tout d’abord, j’exposerai mes collage à partir du 15 novembre à la TheCroq’ Gallery dans le Vème arrondissement de Paris. Ça durera jusqu’au 30 Novembre. Côté photos, je fais partie de l’exposition collective “Civil Disobedience : Creation vs. Evolution”, organisée par l’artiste Grec Menelas Siafakas, qui se déroulera à Athènes du 22 au 25 novembre. J’ai travaillé très récemment en tant que modèle avec Marc Kiska – mais je n’en dis pas plus pour l’instant – et je l’ai également pris en photo. J’ajoute que, très bientôt, vous pourrez retrouver mes photos dans Manolo Magazine, une revue anglaise qu’on peut trouver aux Mots à la Bouche et sur internet. C’est un photographe qui s’appelle Manel Ortega qui a fait cette revue et qui m’a demandé, pour son numéro trois, d’illustrer une nouvelle. Maintenant, il veut que je participe à chaque numéro et je serai dans le prochain qui sortira, je pense, fin décembre. En attendant, je suis très heureux d’exposer ici, aux Souffleurs. Pour moi, mes photos sont beaucoup mieux ici que dans un carton chez moi. En plus, elles vont bien avec l’atmosphère, comme mes collages. C’est une atmosphère où on ne voit pas très bien, dans laquelle il faut avoir la curiosité de s’approcher.

Je crois qu’il était également question d’une boutique en ligne ?

Oui ! J’ai réussi à vendre des collages. Ils se vendent plus facilement car ce sont des œuvres uniques et c’est une vraie fierté. J’ai donc décidé de créer une boutique en ligne et d’en faire des produits dérivés : des tee-shirts, des coques de téléphone, des coussins, des housses de couette… On verra bien si ça marche !

PLUS D’INFOS :
www.emmanuelbarrouyerart.com
Vernissage de l’expo “Emmanuel Barrouyer / Collages”
La boutique en ligne

ACTUALITÉ, CULTURE

Un Peuple et son Roi : la désillusion française.

J’avais véritablement hâte de découvrir ce nouveau film sur la Révolution Française, l’une de mes périodes préférées de l’histoire de France, l’une de celles que je connais le mieux. C’est donc en terrain ami que je pensais m’aventurer… Le retour a la réalité a été aussi brutal que désolant. C’en est presque effrayant.

Par Victorien Biet.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Non, franchement, à 48 heures post-visionnage, j’ai encore du mal à m’en remettre. La Révolution Française est une période si vaste, si riche, si incroyable et (bordel) si facilement adaptable à l’écran qu’il était humainement impossible de se louper ! Alors comment expliquer ce rattage intégrale ? Comment justifier qu’on torche le socle de notre histoire contemporaine en deux heures de temps (si l’on oublie que la moitié du film n’est que pure fiction) durant lesquelles nos héros nationaux ne font pas que briller par leur absence mais aussi par le dégout qu’ils peuvent nous inspirer ? De quoi devenir monarchiste.

Une insulte à l’histoire de France.

Je dois avouer que, du début à la fin de la séance, je suis resté pour le moins dubitatif même si, dans les faits, je bouillonnais intérieurement, bouche-bée. Car, finalement, et c’est peut-être ça le plus grâve, Un Peuple et son Roi ne fait pas d’histoire. Il fait de la sociologie et de la philosophie… et un peu d’art aussi (mais j’y reviendrai après). Et attention ! Pas le temps de faire dans le détail ! Nous n’avons que deux heures pour raconter cinq ans d’histoire et montrer l’inutilité du personnage fictif de Gaspard Ulliel.

Les femmes de Paris prenant d’assaut le château de Versailles ? Connais pas. Les États Généraux ? Qu’est-ce que c’est ? Ça se mange ? La fondation de l’Assemblée Nationale ? Pas le temps. Non, on préfère consacrer un quart d’heure à Basile (Gaspard Ulliel) apprenant le métier de forgeron tel Bruce Wayne s’initiant au kung-fu dans Batman Begins. C’est même pas lamentable et pathétique. C’est juste insultant. Rien que pour cette raison, Un Peuple et son Roi, s’il n’est pas totalement inutile, est largement dispensable. Si vous cherchez un bon film pour apprendre à vos gosses l’histoire de leurs droits civiques (sans passer sous silence les crimes des Sans Culotte comme le fait Un Peuple et son Roi), je vous recommande plutôt La Révolution Française de Robert Enrico et sa suite de Richard T. Heffron. Ce sera plus pertinent, plus instructif et surtout moins chiant (étonnant sachant que cet autre film aura trente ans l’année prochaine).

I need a hero !

Là où le film se montre véritablement impardonnable, c’est dans la place qu’il donne aux grands noms de la Révolution Française. Si on vous a vendu Robespierre comme l’un des personnages principaux du métrage, c’est un mensonge. Trois scènes, au grand maximum ! C’est tout ce qu’aura Robespierre sans qui, rappelons-le, la Révolution ne serait jamais allée aussi loin dans l’horreur. On nous le présente vaguement comme un personnage important (puisque tout le monde, à la Convention semble se mettre d’accord là-dessus sans véritablement savoir pourquoi) mais le film n’ira pas plus loin. Pourtant, il peut s’estimer heureux puisque ça n’est rien par rapport au personnage de Danton qui devra se contenter de deux scènes (dont une muette). Et Mirabeau ? Que tchi ! Vous la sentez, la colère ?

Largement plus présent à l’écran, Marat nous est présenté comme une sorte de monstre à forme humaine enveloppé dans un joli costume à col en fourrure (me faisant l’effet d’un très bon Monsieur Scrooge, c’est vous dire le désastre). À moitié fou (voire complètement cinglé par moments), le personnage est totalement dénué d’humanité et sa sauvagerie n’a d’égal que sa lâcheté et son talent pour la manipulation. Si l’on ne peut nier l’aspect sanguinaire de Marat et son implication dans les Massacres de Septembre (eux aussi jamais montrés à l’écran), il ne faut pas non plus oublier son côté lumineux et ses motivations réelles, lui qui sait mieux que personne ce que représentent la pauvreté, le malheur et la merde dans laquelle vivaient les parisiens (dans une plus large mesure que les français dans leur globalité) à cette époque.

Mais puisqu’on vous dit que c’est de l’art !

Pour être tout à fait franc, je me suis rarement autant ennuyé que devant Un Peuple et son Roi (et j’ai vu Des Hommes et des Dieux, c’est dire). Pourtant, par moments, le réalisateur essaye de nous divertir, le bougre ! Dommage qu’il le fasse aussi mal, cependant. Il est des scènes, comme celle du souillage de Louis XVI par ses ancêtres, qui font plus pitié qu’autre chose. Pierre Schoeller tente le tout pour le tout pour sauver son œuvre du massacre. Même en poussant la chansonnette (à tel point que j’ai fini par penser que le film était une comédie musicale). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne marche pas.

Et si ça ne marche pas, ça n’est pas sans raison puisque, non content de tenter de présenter la Révolution Française du point de vue sociologique en parlant du peuple en lui-même, le réalisateur essaye de faire de son film une œuvre d’art à grands coups de plans sympathiques (et surtout totalement hors-sujet) sur le soleil (oui, l’astre) et sur les habitants du quartier de la Bastille dissertant pendant quinze minutes sur le fait qu’enfin, ils peuvent voir la lumière du jour maintenant que la forteresse est démontée (on ne verra rien de la Prise, bien-entendu). D’ailleurs, l’incrustation digitale de la Bastille est une véritable horreur qui fera frémir n’importe-quel amateur en effets spéciaux. Enfin bon, on va pas chipoter.

Là où le film a véritablement commencé à me taper sur le système, c’est lorsqu’il a commencé (assez tôt, vous en conviendrez) à essayer d’être joli et original de par une découpe confuse et un assemblage pour le moins absurde (“Regardez, j’ai fait des études de cinéma ! Ma manière de filmer est tellement originale et spirituelle !”). Dans les faits, cela donne un résultat confus et ça n’est surement pas à cause du Syndrome de Stendhal que vous aurez mal à la tête à la fin de la séance, croyez-moi. Honnêtement, je pense que ça n’est pas en s’enfermant toujours plus dans une vision obtuse, universitaire et intellectualisée de la réalisation (on ne va pas au cinéma pour voir un compte-rendu de cours magistral, merde) que le cinéma français retrouvera ses lettres de noblesse.

Et maintenant, le peuple !

Vous êtes prévenus, Un Peuple et son Roi est une œuvre de fiction ! N’y allez surement pour vous instruire, sauf si vous manquez d’un cours d’éducation sexuelle dispensé par Gaspard Ulliel et cette autre actrice qui rivalise d’inutilité scénaristique avec son partenaire. Dans ce film, il est question du peuple avant tout et il a des choses à nous dire ! Enfin, dans les faits, tout cela reste confus même si l’on comprend bien les motivations des révolutionnaires et plus particulièrement des personnages mis en avant (sauf Basile qui reste un mystère insondable).

Là où le film se montre intéressant, en revanche, c’est lorsqu’il met en avant l’aspect hautement manipulable des émeutiers qui, en particulier sous l’influence de Marat, sont prompts à croire tout ce qu’on leur raconte pourvu que cela alimente leur fantasme de la corruption étatique et les valorise en tant que garants de la vertu civique. C’est presque pertinent sachant qu’il est tout à fait possible de faire un parallèle avec notre époque où les hoax sont quotidiens et font parfois la une. Ça serait parfait si c’était historiquement vrai. Malheureusement, ça n’est pas le cas et il est beaucoup trop simpliste de résumer la Révolution Française à Marat et à son talent présumé pour la manipulation des masses.

Pour conclure, je n’aurais qu’un vœux : que le réalisateur s’en tienne aux Années Lumières et laisse tranquilles la Terreur, le Consulat et l’Empire. Rien que de penser qu’il pourrait adapter la vie de Bonaparte, j’en ai des vertiges.

ACTUALITÉ, CULTURE

Halloween : Michael Myers à son meilleur.

Neuf ans que nous l’attendions et il est enfin parmi nous ! Neuf ans ? Que dis-je ? Quarante ans ! Quatre décennies qu’on patiente pour enfin avoir le droit à une suite digne de ce nom au chef d’œuvre de John Carpenter ! Pas seulement un remake, un reboot ou une suite oubliable comme ça a pu être le cas par le passé. Autant dire que j’attendais David Gordon Green, le réalisateur de ce nouvel opus, au tournant ! Vais-je être obligé d’aller bruler sa maison avec toute sa famille à l’intérieur ? Mon verdict…

Par Victorien Biet.

Alors déjà, Universal, tenter de me corrompre en invitant Jamie Lee Curtis au Grand Rex pour mettre le feu à la salle dans l’espoir de biaiser mon jugement, c’était bien essayé ! Bravo à vous… C’est même sacrément bien joué, en fait. Et là, je hurle intérieurement pour essayer de me convaincre (vainement) que vous avez échoué. En même temps, comment ne pas fondre devant cette incroyable grande dame ? Comment ne pas succomber lorsqu’en pleine transe, emportée par l’émotion, en plein discours sur l’aspect hautement féministe de son personnage, elle s’emporte et pousse un cri de rage contre le harcèlement sexuel si répandu dans son milieu naturel, Hollywood ? Alors j’ai craqué ! Mais n’ayez crainte, je me suis ressaisi ! Mais pas pour longtemps ! Je n’étais pas préparé à découvrir Halloween…

Retour aux sources. 

Jamie Lee Curtis, dans une interview donnée à Canal+, nous avait prévenu : dès les premières minutes, on allait comprendre le projet derrière ce nouveau film et que, clairement, les choses avaient été faites dans les formes, en conscience, dans les respect et dans l’amour de l’œuvre originale, sans jamais oublier l’aspect mythiques des suites désormais cultes bien que dispensables réalisées durant les quarante dernières années. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne s’est pas foutu de nous. Dès la toute première seconde, dès le premier mot du générique d’ouverture, on comprend ce qu’a fait David Gordon Green. 

Des lettres grossières et orangées so 70’s apparaissent à l’écran pour rendre hommage au travail de Mustapha Akkad sur la franchise durant presque un demi siècle puis le film commence, doux, lumineux, apaisant… malsain. Du Carpenter tout craché. Le réalisateur a eu à cœur de reproduire l’atmosphère du film original et ça se sent, et c’est bien fait, et ça fait du bien, bon Dieu ! Car, contrairement à un film comme La Nonne, qui vaux ce qu’il vaux, entendons-nous, Halloween ne cherche pas à faire sursauter mais à créer le malaise. Et lorsque le titre apparait après une scène d’ouverture sublimement dérangeante, on sait qu’on est en face de quelque-chose d’important. Les bases sont posées, le spectateur est remis à sa place, le film peut commencer. Générique.

Un point sur le générique. 

C’est un point déterminant sur lequel je me préparais à raller, sachant que, à mon sens, un bon Halloween commence inévitablement par l’iconique « plan citrouille » et la musique originale pondue sur un coup de génie par Carpenter en personne. Le Master of Horror, vous le savez, est de retour à la composition et David Gordon Green a tenu à lui faire honneur. La citrouille est là, la musique est là, tout est là ! C’est exécuté de manière élégante et innovante (bien qu’un peu trop factice à mon gout). Ça n’est pas une copie conforme mais c’est un hommage respectueux et c’est tout ce qu’on lui demandait ! 

Histoire d’une dépression.

Halloween n’est pas qu’un simple film d’horreur sur un serial-killer qui trucide des ados défoncés à la weed entre deux parties de jambes en l’air. C’est un film qui a un message et Jamie Lee Curtis se charge de vous le faire comprendre durant la première moitié du métrage qui, c’est dommage, ne développe pas, c’est mon avis, suffisamment les liens entre Laurie Strode et sa fille. Pourtant, ce détachement apparement sans raison, ce rejet d’une fille pour sa mère, cache un lourd passé, quelque-chose de plus profond. Nous n’en saurons pas plus mais, parfois, un regard, un geste, une larme, vaux mieux que mille mots.

En abordant des thèmes tels que la dépression ou l’alcoolisme, le réalisateur confère à son film une aura plus militante et moins gratuite. D’ailleurs, c’est tout autant le cas lorsqu’il aborde le thème des tueries de masse. En effet, jamais un Halloween (hormis peut-être ceux de Rob Zombie… quoi que…) n’a été aussi brutal et jamais Michael Myers n’a tué tant de gens aussi gratuitement… Quitte, parfois, à trahir un peu le personnage original qui était bien plus discret et méthodique, à mon sens.

« J’suis pas v’nu ici pour souffrir, ok ? »

Car, le moins que l’on puisse dire c’est que ce film est violent ! D’ailleurs, il est bien plus que violent. Gore, parfois très crade, malsain, inhumain (à l’échelle des spectateurs de films grand public, évidemment), Halloween est véritablement différent de ce qui avait pu être fait jusqu’à présent. D’ailleurs, malgré qu’il s’agisse d’un Blockbuster, il se permet de lever un certain nombre de tabous. Ici, personne n’est épargné, pas même les enfants. D’ailleurs, il vient un moment dans le film où le réalisateur nous met un gros coup de pression. On se demande s’il osera aller plus loin, en mode A Serbian Film, quitte à perdre les spectateur… Heureusement, il s’en est tenu là. L’excès, même en ce qui concerne le cinéma d’épouvante, n’est jamais bon.

L’aspect récurant des films Halloween, c’est que, de manière générale, ils ne sont pas insoutenables et donc pas durs à regarder (oui, même le remake et la suite de Rob Zombie). Pour le coup, ce nouvel épisode est à déconseiller aux âmes sensibles qui pourraient s’offusquer de voir à l’écran un personnage pour le moins sympathique (et pas dégueu) se faire suspendre à une cloison par un couteau planté dans la nuque (et bon appétit) telle une jolie décoration murale. Pour autant, on ne sombre pas dans le gore pour le gore et ce qui compte avant tout, c’est le frisson provoqué par l’ambiance. Et ça marche, bordel !

À la source des peurs.

Il y a une raison à cela, d’ailleurs. Le film, comme avait si bien su le faire It, Chapter 1, joue sur des peurs intestines, des traumatismes d’enfance, pour toucher son public. La peur du monstre dans le placard par exemple ! Ou le tueur sur la banquette arrière ! Tout cela est fait avec une telle maitrise, une telle connaissance de la psychologie du spectateur que s’en est presque effrayant. Il est d’ailleurs fort dommage que l’une des scènes les plus impressionnantes du film (celle du placard, justement) ait été montrée dans la bande-annonce car tout le sel de ce passage réside dans le postulat que non, il ne doit rien y avoir dans le placard et qu’il n’y aura probablement rien. Pas à ce stade, pas si tôt. Comment serait-ce possible ? Si la surprise n’avait pas été gâchée par le trailer, je pense que je n’hésiterais pas à qualifier cette scène de brillante.

Un point sur la scène du placard. 

Non, ça n’est pas tout car il y a un hic ! Un très gros hic ! Nombreux ont été étonnés de constater que, dans la bande-annonce, l’effet de peur soit gâché par le fait que l’on puisse apercevoir le tueur dans le placard quelques secondes seulement avant le screamer. Rassurez-vous, il n’en n’est rien dans le produit final. Et pour cause : les plans sont totalement différents. J’ai donc été de très mauvaise foi en disant que l’effet était gâché. C’est loin d’être le cas et j’apprécie grandement le piège tendu par le trailer qui m’a fait sortir de ma zone de confort. C’était brillant. Je remarque d’ailleurs que de nombreuses images utilisées dans la bande-annonce ne sont visibles à aucun moment dans le film… Cela annonce beaucoup de bonheur pour les amateurs de scènes coupées lors de la sortie vidéo !

Mais vous êtes qui, au juste ?

Le gros point noir du film, en revanche, se situe dans le traitement des personnages les moins importants. Je m’étonne, par exemple, que ceux que l’on nous présente comme des protagonistes de haut rang dans la bande-annonce, les deux journalistes, soient éliminés si rapidement. En même temps, ils le sont avec une telle violence, une telle brutalité, une telle inhumanité, que l’on se demande presque si ça n’était pas voulu. Encore un nouveau moyen d’atteindre le spectateur qui a pu s’attacher à eux rapidement. Le doute plane encore sur le sort du monsieur dont on ne nous dit pas s’il s’en est sorti. On espère que non sachant que ce personnage est véritablement insupportable et détestable au possible. On est presque soulagé de le voir se faire démolir par Michael Myers.

Des acteurs au top. 

Au niveau des acteurs, je n’ai pas grand chose à redire, en effet. Ça a été un très grand plaisir de voir Jamie Lee Curtis reprendre son rôle de Laurie Strode. Elle excelle dans le jeu de la grand-mère alcoolique un peu dingue. En revanche, ce qui n’altère en rien leur interprétation, Judy Greer et Andi Matichak, jouant respectivement Karen et Allyson Strode, sont éclipsées par l’importance donnée à Laurie, ce qui a pour résultat de les faire oublier pour un temps, leur relation ne prenant pleinement son sens qu’à la fin.

À la vérité, on aurait pu penser que Blum House ferrait de cette œuvre un film pour ados avec des gamins sans personnalité, qui pensent avec leur bite, n’ont aucun sentiment ni aucune complexité. C’est tout l’inverse que nous offre David Gordon Green. Tous, ici, ont leur importance. Ils sont sympas, ils sont drôles, ils sont touchants, ils sont tout sauf de pauvres clichés d’ados à la 13 Reasons Why. Même le petit gros libidineux, métaphoriquement weinsteinien, a sa profondeur et apporte quelque-chose de neuf au scénario. Sur ce point, c’est carton plein pour Halloween.

Pour les vieux comme pour les jeunes. 

Là où le film fait fort, c’est en transposant la réalité des spectateurs de ce nouveau Halloween, soit trois générations différentes réparties sur quarante ans, dans le cadre de la famille Strode qui va devoir combattre Michael Myers à elle toute seul. Ça n’est pas peu dire, d’ailleurs, car deux de ces femmes sont sur-entrainées et la dernière présente des aptitudes certaines au maniement du couteau de cuisine. C’est pour cette raison, je pense, que le film plaira à tous. Pas seulement aux fans du film original qui y verront la meilleure suite jamais portée à l’écran et pas seulement non plus aux petits jeunes amateurs de sensations fortes qui seront initiés à un cinéma d’horreur de papa rafraîchi avec les codes d’aujourd’hui. Pour la première fois, un épisode de la franchise va mettre tout le monde d’accord.

Un petit point sur la famille Strode. 

C’est une véritable question que je me pose et qui me triture les méninges depuis quelques jours. Pourtant, aujourd’hui, maintenant que j’ai pu découvrir le film, je comprends pourquoi les trois héroïnes du film portent le nom de Strode. Là encore, il s’agit d’un acte militant, un acte féministe. Laurie est une femme forte qui n’a pas besoin des hommes pour se défendre, les surpassant largement. Je peux me tromper mais je suppose qu’elle affirme sa force en conservant son nom de famille (bien qu’elle ait été mariée deux fois, d’après elle) et en l’imposant à sa fille qui, c’est drôle, a fait le choix de l’imposer également à sa propre fille malgré l’aversion qu’elle peut avoir pour sa mère. Psychologie de comptoir, bonsoir.

Une fin convenable qui pose question.

Là où tous ne tomberont certainement pas d’accord, c’est sur la fin. Quelle fin, mes amis ! Et, pour le coup, je ne suis pas pleinement convaincu même si je me réjouis qu’il s’agisse d’une fin ouverte qui laisse présager d’une future suite dont on espère qu’elle retiendra les leçons si bien apprises par ce nouvel épisode. Sur le plan du montage, premièrement, je trouve que la dernière scène, celle qui précède le générique, est beaucoup trop rapide et convenue. Rien qui ne puisse être corrigé avant la sortie en salle, j’imagine. Mais qui m’écoutera ?

Pour autant, il reste que la fin ne laisse pas de grande marge de manœuvre pour une suite malgré l’absence de réponse à la question suivante : il est mort ou pas ? Car, puisque l’issue est relativement la même que celle d’Halloween 2 (Rick Rosenthal) et que la suite devra prendre en compte le fait que Michael Myers soit maintenant amputé d’une partie de sa main gauche, on voit mal comment une suite pourrait justifier son retour… Hormis si Blum House décide d’ouvrir un nouvel espace-temps de la saga ou de se la jouer Halloween 4 avec une guérison miraculeuse à des brulures au 666ème degré. Dans tous les cas, si c’est Green qui reprend les commandes, je ne me fais pas trop de soucis. Il a toute ma confiance. La relève est assurée.

ACTUALITÉ, CULTURE, MON ACTU

Halloween s’offre une avant-première mondiale au Grand Rex !

La nouvelle est tombée il y a quelques jours et a été confirmée lors de l’avant-première de la Nonne, le lundi 17 septembre : Halloween de David Gordon Green aura le droit à son avant-première au Grand Rex, à Paris. Mais pas n’importe quelle avant-première puisque cette dernière sera mondiale !

Par Victorien Biet

En effet, c’est avec la plus grande joie que j’ai appris que ce tout nouveau Halloween que nous attendons depuis neuf ans maintenant allait être diffusé pour la première fois, en exclusivité mondiale, à Paris, au Grand-Rex et en Grand Large, s’il vous plait ! Mais si cette nouvelle est déjà une grande joie pour nous-autres petits français qui ne sommes pas habitués à autant de touchantes attentions, la rumeur dit que de nombreuses surprises viendront ponctuer la soirée !

Il me revient d’ailleurs en mémoire la diffusion d’un message de la part des acteurs du film et du King en personne lors de l’avant-première de It, Chapter 1, il y a un an tout juste. Message accompagné d’un poster exclusif offert à tous les spectateurs. Quelles surprises va donc nous préparer l’équipe du Grand-Rex pour ce 1er Octobre ? Le mystère demeure. Pourtant, il est permis de faire quelques suppositions…

S’agissant d’une avant-première mondiale, je peux théoriser avec une quasi certitude que Jamie Lee Curtis sera présente en personne lors de l’Avant-Première ainsi que Jason Blum et l’équipe du film au grand complet. Nick Castle, le Michael Myers original, sera-t-il de la partie ? Le doute est permis. Et si je suis quasiment certain que le poster du Comic-Con San Diego 2018 sera lui aussi distribué aux spectateurs, il n’est pas à exclure que le tueur au couteau de cuisine en personne ne vienne les terroriser durant la projection !

Autant vous dire que j’attends ce lundi 1er octobre avec la plus grand impatience et que j’espère ne pas être déçu par ce film qui aura mis neuf longues années à se matérialiser. Descendu à 79% de critiques positives sur Rotten Tomatoes quelques temps après sa première projection au Toronto International Film Festival, Halloween est depuis remonté à 84%, talonnant le merveilleux It, Chapter 1 (85% de critiques positives), reconnu comme l’un des plus grands succès du cinéma d’horreur de tous les temps. En sera-t-il de même pour le film de David Gordon Green ? Réponse dans une semaine.

ACTUALITÉ, POLITIQUE, SOCIÉTÉ

Les mormons imposent un centre anti-LGBTQ+ en plein cœur du Marais !

Pour celles et ceux qui vivent Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie depuis plus d’une dizaine d’années, la permanence de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est devenue habituelle, presque un symbole de la diversité républicaine et du vivre-ensemble. Les habitants du quartier prenant même un malin plaisir à taquiner les fameux missionnaires cherchant à les convertir. Pourtant, les mormons ont décidé de passer à la vitesse supérieure en cette année 2018. Bas les masques : la permanence devient un centre anti-LGBTQ+.

Par Victorien Biet

Depuis de nombreuses années, la communauté mormone de France est sujette à controverses, que ce soit pour son homophobie (ou, plus épisodiquement, son racisme) ou son très puissant lobbying lui ayant permis, en 2013, d’ouvrir son premier Temple en Ile-De-France au prix de nombreuses nuisances sonores, visuelles et écologiques.


Temple mormon ouvert en 2013 à Le Chesnay (Ile-De-France).

En effet, il est de notoriété publique que les mormons et les homos n’ont jamais fait bon ménage même si l’Église a interdit à ses fidèles de participer aux manifestations contre le Mariage Pour Tous. La haine des homosexuels est telle que ces derniers sont systématiques excommuniés (et donc condamnés à une éternité de purgatoire dans la croyance mormone) s’ils refusent de “changer leurs pratiques” en suivant l’une des fameuses thérapies de conversion. La persécution va même bien plus loin puisqu’elle s’exerce contre les familles des homosexuels qui s’exposent elles aussi à des sanctions, les enfants n’étant pas épargnés.

Les habitants du Marais ne sont d’ailleurs pas en reste puisqu’une permanence a été installée il y a plusieurs années Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie. Pourtant, les missionnaires de l’Église ont rapidement compris qu’ils n’arriveraient pas à leurs fins et il est aujourd’hui très rare de les voir sortir à leurs risques et périls dans ce quartier où les habitants s’amusent régulièrement à les titiller.

La décision a donc été prise, peu de temps après l’arrivée du nouveau prophète de l’Église, Russell M. Nelson (qui bénéficie d’un véritable culte de la personnalité), de transformer l’inutile permanence en centre “d’histoire familiale”. Si la direction du centre prétend, en toute logique, que ce dernier ne sera consacré qu’à la généalogie (les mormons accordant une très grande importance à cette pratique), il est ironique qu’un tel endroit, prônant la “famille traditionnelle”, ouvre entouré par un bar et un restaurant LGBTQ+.

ACTUALITÉ, CULTURE

La Nonne : fraiche ou pas fraiche ?

La saga The Conjuring est un phénomène à part dans l’univers des films d’épouvante. James Wan, le réalisateur des deux opus principaux, a réussi le pari de créer un univers étendu à partir de l’histoire du couple Warren, célèbres démonologues biens réels. Ça n’est pas rien lorsque l’on sait qu’à l’origine, The Conjuring : Les Dossiers Warren ne devait être qu’un one-shot moyen-rentable entre deux Paranormal Activity. Succès critique et commercial, le film est aujourd’hui une référence en matière de cinéma d’horreur et, après une première suite surpassant l’original et deux produits dérivés estampillés « Annabelle », du nom de la fameuse poupée maléfique, c’est au tour de La Nonne, principale antagoniste du second opus de se payer un spin-off. Alors, ça vaux quoi ? J’ai pu assister à l’avant-première française au Grand Rex, je vous dis ça ! 

Par Victorien Biet

La salle est pleine, le public est remonté à bloc, le pop-corn jonche déjà le sol et, après un petit discours d’introduction nous rappelant que le Grand Rex accueillera, chose incroyable, la Première mondiale d’Halloween de David Gordon Green le 1er octobre prochain et que l’on nous réserve une incroyable surprise pour l’occasion, le Grand Large, majestueux, descend sous les applaudissements. Chaque fois, c’est la même émotion et j’en aurais presque une petite larme. Là, je prends pleinement conscience que je suis une vraie petite flippette et que je risque de mourir de terreur, devant un écran aussi grand, le volume poussé à son maximum. Je me rassure en me disant que la sympathique bande de geeks juste derrière moi ne m’en tiendra pas rigueur si je pousse de petits cris ridicules. Après tout, ils ont l’air très rigolo.

Une introduction rondement menée.

Dès les premières minutes, nous prenons pleinement conscience, contrairement à ce qui a pu être fait pour la série Annabelle, que nous sommes face à un film appartenant à l’univers The Conjuring. Tout d’abord avec l’apparition de Vera Farmiga (Lorraine Warren) et Patrick Wilson (Ed Warren) en petit caméo. Mais aussi et surtout avec l’ambiance qui se dégage de la scène d’ouverture lors de laquelle une nonne se suicide inexplicablement. Cette scène, d’un grand potentiel horrifique, renforcée par le retour du démon Valak (déjà vu dans The Conjuring 2), vous marquera sans le moindre doute… mais surement pas autant que la découverte du cadavre de la religieuse dans un sale état, toujours pendu et dévoré par les corbeaux (je vous passe les détails), plusieurs semaines plus tard. Sachez-le : La Nonne ne vous fera pas de cadeaux et, pour la première fois dans la franchise, on n’hésitera pas à abuser des effusions biens gores pour vous faire vomir bien comme il faut.

Visuellement : entre Lovecraft et Coppola.

Nombreux sont ceux qui, en lisant ce sous-titre, doivent s’arracher les cheveux (et désolé à ceux qui, victimes de leur tempérament, ont fait valser leur ordinateur par la fenêtre). La vérité, et c’est absolument évident, c’est que le réalisateur a nécessairement puisé dans l’imaginaire de Coppola pour produire son métrage. Il l’a d’ailleurs avoué lui-même : Dracula a été une véritable influence pour lui. Ça n’est pas peu dire que d’avancer que visuellement, le film tient la route. Et c’est avant tout grâce à son univers sombre et gothique qui me fait tant penser à l’œuvre de Lovecraft. Les longs couloirs obscurs éclairés par des torches aux flammes lancinantes, des lacs souterrains, un vieux cimetière abandonné, une créature sortie des entrailles de la terre pour détruire l’humanité… Tout cela est très réussi et participe justement à ce sentiment d’horreur et d’insécurité permanente. Pour cela au moins, j’ai envie de dire « chapeau l’artiste ». 

Ça, c’est de l’horreur ! 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce film fait peur. Véritablement. Esprits démoniaques et fantômes du passé hantent les couloirs sans fin de ce vieux couvent où, contrairement à la maison de The Conjuring 2, ils sont définitivement dans leur milieu naturel. Ici, le danger est partout et peut sortir de n’importe quel coin, à n’importe quel moment. Pourtant, il est assez regrettable que le film joue moins sur son aspect horrifique que sur son potentiel à nous faire hurler de terreur à cause d’un screamer bien placé, quitte à gâcher le spectacle et, par la même, le plaisir du spectateur, de temps à autres. 

Un humour parfois gênant…

Si le film est un véritable plaisir à regarder, que l’on soit – ou pas – un froussard, il n’en demeure pas moins qu’un gros problème met en péril tout le travail du réalisateur qui avait pourtant de quoi faire de son œuvre un bon petit métrage bien sympa qu’on a plaisir à voir et à revoir seul ou entre potes pour se filer la pétoche : l’humour. 

L’horreur et la comédie, de manière générale, sont des concepts que l’on peut aisément mixer pourvu que l’on fasse cela intelligemment. Cependant il convient de respecter certaines règles. L’une d’entre elles étant que si l’antagoniste principal (Valak, dans le cas présent), menace muette omniprésente, commence à sortir des punshlines du genre « you will die, frenchman », ça ne va pas du tout. Il en ira de même si l’un des protagonistes se transforme soudainement, à vingt minutes du dénouement, en Rambo pour dégommer du zombie démoniaque à coups de fusil de chasse. Malheureusement, La Nonne fait les deux (et encore, vous ne savez pas tout) et ça n’est pas son background passionnant qui suffiront à réparer ce souillage en règle de l’un des démons les plus malfaisants du cinéma d’horreur.

Des acteurs pas franchement convaincants.

C’est sans réelle surprise que nous apprenons que seuls trois personnage (si l’on oublie les figurants) auront la charge de se débarrasser de l’immonde saloperie qui infeste ce magnifique couvent roumain. Et pour dire la vérité, je n’ai absolument pas été convaincu par la performance de Demián Bichir (Father Burke) qui possède un véritable don pour rendre son personnage antipathique au possible. On aurait même pu se réjouir que son acolyte ne le retrouve pas, enfermé dans son cercueil. Ça n’aurait pas été un grosse perte, d’autant qu’il n’aura de cesse, tout au long du film, de nous démontrer son inutilité. 

Taissa Farmiga (Sister Irene), en revanche, semble à l’aise dans son rôle de novice. Si son personnage ne rend pas hommage à l’intelligence de la femme (c’est peu de le dire), elle remplit son rôle et nous livre une performance classique, sans plus. 

Jonas Bloquet (Frenchie), tout droit sorti d’un boy’s band des années 90, chaud comme un lapin et sauvage comme un fermier roumain (je suppose), accompagne nos deux héros dans leur périple avant de se carapater, terrorisé par le souvenir du cadavre de la religieuse suicidée. Pas franchement utile à l’intrigue, le beau gosse sait être drôle quand il s’en donne la peine et révèlera, dans un twist plutôt inattendu, la véritable raison de sa présence dans le film lors des cinq dernières minutes (c’est pas nécessairement une bonne chose)…

Une conclusion parfaite !

Et justement, quel twist ! J’ai pu lire, depuis quelques semaines, quelques articles questionnant la timeline de la saga et la manière dont nous pouvions classer les différents épisodes (juste histoire de ne pas être trop perdus). Le fait est que La Nonne, de par sa conclusion qui explique tout, nous livre un éclaircissement inattendu et pour le moins satisfaisant qui permet au personnage de Frenchie de devenir absolument indispensable à la suite des évènements se déroulant dans les deux épisodes principaux. Si la franchise continue dans cette voie et développe encore un peu plus son univers étendu, il est fort possible que nous arrivions à une construction pour le moins sympathique. J’attends avec impatience des nouvelles du spin-off sur l’Homme Tordu dont on dit qu’il est pour l’heure en stand-by. Le développement de ce personnage, pourquoi pas dans un film d’animation ou dans un univers légendaire, pourrait être très intéressant !