ACTUALITÉ, CULTURE, MON ACTU, POLITIQUE, SOCIÉTÉ

LA SCANDINAVIE, DE LA GLACE ET JOKER (CHRONIQUE #3)

NDSRDLR* : Ayant été malade comme un chien au point d’avoir hérité du doux sobriquet de Mon Vieux Pataud, je me suis permis de m’accorder une journée de plus pour achever cette chronique.

Et voilà, deux premières semaine de cours achevées dans la plus pure tradition des rentrées couronnées de succès. C’était fort inattendu, je dois dire. Car lorsque j’ai choisi, en désespoir de cause, de tenter un coup de poker avec le destin en rejoignant les études nordiques, il me semble que je n’y croyais qu’à moitié, tant l’idée que je puisse tirer une gratification personnelle de l’apprentissage des langues en milieu universitaire me semblait saugrenue, et ce malgré tout l’amour que je peux avoir pour la scandinavie et plus particulièrement pour la Norvège, ses paysages, sa culture du deux de tension et du « chacun ses germes et ses problèmes ».

Qui plus est, le fait que cette rentrée en première année soit en fait la quatrième n’avait rien pour me rassurer. Durant trois années de suite, j’avais essayé de m’intégrer dans la fac d’histoire de Paris I Panthéon-Sorbonne. À grand mal, c’est peu de le dire, mon record de longévité universitaire étant de cinq jours. Profs antipathiques, cours rasoirs, locaux en ruines, atmosphère malsaine, voire sectaire, et surtout beaucoup trop de gens et de bruit. Ça ne pouvait pas marcher.

J’imagine d’ailleurs que le Centre Malesherbes dans lequel je me trouve est la très rare exception à la règle d’antipathisme qui semble régir le système universitaire français. Si j’en crois un article paru dans Le Progrès – qui, visiblement, donne raison aux reproches que j’ai pu faire à ce système par le passé – on en serait quasiment rendus à une sorte de chasse à l’homme qui friserait le rite sacrificiel si les lois n’étaient pas là pour protéger les (rares) pauvres fous qui parviennent à se glisser dans les AG pour faire entendre un son de cloche minoritaire (à droite de l’aile gauche du PS, pour faire simple) au risque de se faire dépecer vivant sur l’autel de la lutte finale.

À cela, je ferai le même reproche (infondé, pour la coup) que notre Très Cher Leader fit à Greta Thunberg il y a quelques jours : l’élevage en batterie d’étudiants en négativité générale (Cette désignation leur donne t-elle tort ? J’en sais rien et j’en ai strictement rien à battre). Voilà pourquoi je ne m’éterniserai pas sur le sujet qui me remet en mémoire les heures les plus sombres de mon histoire qui me reviennent en pleine mouille chaque fois que je me rends au Centre Clignancourt de la Sorbonne pour mes deux heures de langue anglaise hebdomadaires, sorte de centre névralgique de la négativité estudiantine.

J’avoue, même si je ne pensais pas nécessairement à ce combat dans les lignes qui précèdent, que j’ai mangé mes grands morts en apprenant la fonte du plus haut sommet enneigé de Suède, s’ajoutant à la longue liste des glaciers et autres bidules qui caillent et que je ne pourrai probablement jamais voir ailleurs que sur une putain de photo. Vous la sentez, la haine ?

Comment, en effet, ne pas y voir une forme d’égoïsme général lorsque la société toute entière acquiesce à la question « êtes vous prêts à troquer nos plus beaux sommets enneigés contre un plus large choix d’inoculateurs de cancer en sachets dans vos rayons surgelés ? »

Comment ne pas avoir la haine lorsqu’on constate que parisiens, provinciaux et internationaux confondus se branlent la nouille de se taper 37-40 degrés dans le nord de l’Europe à la mi-juin et que certains trouvent même moyen de trouver un avantage pécunier au réchauffement du Groenland, l’un des plus beaux joyaux naturels de notre planète asphyxiée ?

« Ah mais tu comprends, ça va permettre de forer et d’accéder à de nouvelles ressources ! », qu’ils disent (ressources qui nous permettront de polluer et de foutre en l’air la nature encore plus allègrement qu’à l’accoutumée, cela va sans dire).

Allez savoir pourquoi, quand c’est Jean Hugon qui fait ce genre de réflexions sur la responsabilité du système capitaliste dans l’état actuel de notre éco-système, ça me fait froid dans le dos mais quand ça vient de moi, ça me semble d’une logique implacable. Logique renforcée par cette vidéo vue en cours de géographie Nordique où un « agriculteur » Islandais exprimait pourquoi l’abondante exploitation des forêts (avec le sérieux concours des Vikings, d’ailleurs) pouvait expliquer qu’on trouve si peu d’arbres en Islande et à quel point il était compliqué de reforester cette terre à l’heure actuelle même si cela faisait partie des priorités du gouvernement et des pouvoirs publics qui semblent mettre toute leur énergie dans la culture d’arbres en serres pour une plantation abondante d’ici quelques mois voire quelques années.

On constatera d’ailleurs l’implication quasi surnaturelle de gouvernements nordiques pourtant de droite – voire d’extrême droite – dans la réduction de la surexploitation des ressources qui mènent à la destruction de notre patrimoine naturel. Je pense particulièrement au gouvernement Norvégien qui s’est engagé à refuser toute exploitation des ressources rendues accessibles par le réchauffement du nord du pays. Il faut dire que le pays est tellement riche (chaque citoyen norvégien étant millionnaire sur le papier) que cracher sur quelques millions en plus est un luxe qu’Oslo peut facilement se permettre.

Il faudrait donc voir notre refus, à nous Français bien franchouillards, de faire des efforts en matière d’écologie (si seulement c’était suffisant) comme une peur de sombrer à nouveau dans une crise économique qui reviendrait encore une fois à mettre dans la balance notre banqueroute à court terme et notre disparition quasi-certaine d’ici environ un siècle. C’est tellement absurde et égoïste qu’on serait tentés d’abréger les souffrances de l’humanité à grand coup de pierres d’infinité.

Ce qui m’amène, pour conclure cette chronique avec toujours plus de désespoir, à évoquer cette terrible erreur que j’ai commise la semaine dernière en « méprisant de classe » les Cinémas UGC, partant du principe que si avant-première il devait y avoir pour Joker de Todd Phillips, elle serait nécessairement au Grand Rex. C’est ainsi que je me suis lamentablement pris les pieds dans le tapis, payant ma place au prix fort pour une fausse avant-première la veille de la sortie nationale alors que l’authentique première diffusion se faisait cette semaine à l’UGC Normandie (où j’ai une carte illimitée), soit à deux pas de chez moi. J’imagine que c’est ça, le retour de karma qui me pend au nez depuis plusieurs semaines/mois.

Alors quel rapport avec tout ce dont j’ai parlé précédemment ? Je pense que le changement climatique, entre autres symptômes d’une société malade dont la précarité, le manque de reconnaissance sociale et la maladie mentale, est l’une des préoccupations au cœur de ce film que Todd Phillips nous a concocté, prélude à une véritable prise de conscience et à une révolte que semblent craindre certaines associations qui voient dans le film une sublimation de la violence. Cette sortie est assez ironique, d’ailleurs, un an après le début des manifs de Gilets Jaunes.

Sans être un outil de propagande, j’ai le sentiment, à la vue des trailers, qu’on se dirige vers une œuvre à la portée d’un V For Vendetta. Un moyen d’avaler plus facilement la pilule de la nécessité du changement et vers une sorte d’épiphanie populaire qui pourrait si bien être d’une grande utilité qu’un véritable désastre (les Révolutions aussi semblent particulièrement sujettes aux coups de karma, il me semble).

Bien, c’est donc ainsi que je conclus cette chronique un peu bancale. J’espère que ça vous a plu et je vous dis à la semaine prochaine pour de nouvelles aventures passionnantes !

*(Note Du Seul Rédacteur De La Rédaction)

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PATRICK BALKANY, LE CLUEDO ET DU PAIN BUCHERON (CHRONIQUE #2)

J’avoue qu’il m’arrive de me comporter bizarrement. Ainsi, par un étrange alignement des planètes, m’étais-je retrouvé au rayon littérature éducative de la FNAC des Champs-Élysées, « Main on End » de l’OST d’Avengers Endgame dans les oreilles, à la recherche d’un manuel de grammaire estampillé Bescherelle afin de combler certaines lacunes accumulées durant mon jeune âge, lorsque le système scolaire français m’a mis dans le crâne, volontairement ou pas, que je ne ferrai jamais rien de ma vie et qu’il était peut-être préférable de laisser tomber dès lors.

Si bien que les gens ont tendance à dire de moi que je suis « tête en l’air » ou « dans les nuages », toujours à m’imaginer ce que serait la vie si (…), les écouteurs vissés dans les oreilles comme s’ils étaient mon organe de l’inspiration, l’appendice par lequel tout transite. Des personnages que j’invente aux histoires que j’imagine. Ces histoires que je me retiens d’écrire car je sais que si je commence, il viendra un moment où je ne saurai pas accorder cette phrase qui sonnait si bien dans ma tête. Du coup, je crois que c’est une assez belle mise en abime pour une anecdote au sujet d’un Bescherelle. 

Anecdote qui reflète assez bien le vide intersidéral de mon existence lorsque je n’ai aucune responsabilité professionnelle. C’est ce qui m’a conduit, après une première leçon sur les catégories de mots, à acheter la version Nintendo Switch du Cluedo. Ceux qui me connaissent savent d’ailleurs que je raffole de ce jeu de société. Avis aux amateurs. D’ailleurs, pour ceux que ça intéresse, je ferais bien une partie de Monopoly prochainement. 

Ce qui m’amène à pousser un coup de gueule. Comment expliquer, alors même qu’à l’achat, jouer en ligne à la Switch n’était pas payant, Nintendo se soit lancé dans l’imitation des escroqueries que nous offrent Microsoft et Sony depuis la dernière génération de consoles et à laquelle nous aurions du nous opposer fortement ? Ajoutez à cela qu’en plus de devoir me contenter de jouer face à l’intelligence artificielle de la console, je sois obligé de conserver mon achat dans la mesure où l’entreprise nippone est hostile à tout remboursement (malgré le prix exorbitant de ses titres). Inintéressant au possible ? Certes. 

Il est d’ailleurs amusant que j’ai pu apprendre la condamnation de Patrick Balkany au terme d’une partie de Cluedo. Pour une fois, ça n’était pas le Colonel Moutarde, dans la cuisine, avec la sauce béchamel (ou Bescherelle) qui avait commis le crime. C’était le Maire de Levallois-Perret, avec la valise de billets dans l’avion en partance pour le Maroc. Il s’avèrera pourtant que les habitants de la dite ville soient assez indifférents à la notion de fraude fiscale, ce qui a le don d’agacer l’aile gauche française qui préfère se dire que ce sont des électeurs du maire en disgrâce ou que « ce sont des idiots qui ont bien tort de se réjouir de la nouvelle piscine municipale creusant un peu plus le déficit de la ville » alors même que les leaders de la gauche clament à qui veut l’entendre que « la France n’a jamais été aussi riche » et qu’il serait peut-être temps de mettre la main au portefeuille. 

Portefeuille que je ne prends jamais avec moi, d’ailleurs. Je me faisais justement la réflexion tout à l’heure en allant marcher. C’est une vilaine manie liée au fait que je suis très encombré par mon corps et peu habile de mes mains. Rendez-vous compte : je suis cette personne à la boulangerie qui galère à sortir son portefeuille de sa poche, qui galère à l’ouvrir, qui galère à sortir sa carte de crédit et qui galère à la ranger avec sa putain de baguette de pain dans l’autre main. Ce même connard qui vous a fait attendre une minute alors qu’un client prend en moyenne trente secondes pour effectuer sa transaction. C’est ce qui m’a conduit à abandonner l’idée du portefeuille, me disant que ce serait bien plus pratique de conserver ma carte de crédit dans la poche intérieure de ma veste, d’où j’ai tout autant de mal à l’en extraire, d’ailleurs. Tout ça pour un pain bucheron.

Il faut savoir que, jusqu’à très récemment, j’étais habitué à consommer des pains au lait Pasquier pour le petit déjeuner. Délicieux, ils laissaient pourtant une petite touche d’inaccompli qui ne me met pas en joie lorsque je dois me lever à sept heures (dans la mesure où je suis plutôt du genre treize heures du matin), sans compter le fait que ma consommation faisait effet caméléon sur leur aspect industriel, ce qui fait que j’avais tendance à les enchaîner sans trop prendre en considération le nombre de calories, me rappelant l’adage de ma grand-mère exprimant cette idée qu’au petit-déjeuner, on mange comme un Prince (cela dit, dans mon idée, les Princes sont plutôt fins).

Il se trouve donc que je suis retourné en Norvège en aout dernier pour l’anniversaire de mariage d’amis très chers. Occasion pour moi de faire un break avec le sieur Pasquier. C’est là que j’ai redécouvert le charme de la boule de pain. De retour en France, je me mettais donc en quête du boulanger qui saurait si bien retranscrire cette saveur que je voulais retrouver au petit déjeuner. C’est ainsi que j’ai découvert le pain bûcheron (ironique quand on sait que c’est un séjour dans la forêt qui m’a mis en appétit). Composé de farine de blé, de seigle, de blé malté, de graines de tournesol, de lin, de soja, de sésame et de gluten de blé, il me semblait tout à fait sain et ça n’est pas la dose de matières grasses que je mettrais dessus qui y changerait quoi que ce soit, même en y ajoutant ma dose de lait chocolaté quotidienne et le verre de jus d’orange qui va avec. 

Faisant partie de ces gens qui sont restés coincés avec leur néophobie infantile, j’ai beaucoup de mal à m’alimenter durant la journée, ce qui explique que je préfère travailler de chez moi, endroit où je suis certain que ma crise d’hypoglycémie ne fera pas trop de dégâts (dans un 17m2, il y a une chance sur trois que je tombe à la renverse sur mon lit double qui prend à lui seul un tiers de l’appartement déjà pas bien grand). Donc, pour moi, si je suis contraint à sortir pour travailler, comme il semble que ce soit le cas pour au moins les trois prochaines années, si je dois tenir neuf heures avec seulement un petit déjeuner dans le ventre, il vaut mieux qu’il soit de haute qualité.

Ce qui me ramène à mes cours, l’apprentissage des langues étant un catalyseur de céphalées assez brutal chez moi, ma mauvaise alimentation n’arrangeant rien à l’affaire. Je commençais donc par un premier cours d’islandais, occasion pour moi de me plonger dans le grand bain de l’exotisme lexical des scandinaves à base de « Vaðlaheiðarvegavinnuverkfærageymsluskúraútidyralyklakippuhringur », soit le mot le plus long de ladite langue si j’en crois le blog europeisnotdead.com (qui, si vous voulez mon avis, ferait un bon nom pour un groupe de bloqueurs de frontières).

Et si je peux placer la même confiance en mes professeurs, je vais très probablement me sentir bien seul dans l’antichambre de mon premier entretien d’embauche post-diplôme dans la mesure où seuls 300.000 personnes sur terre parlent l’Islandais. Autant dire que d’ici trois ans, il est probable que je sois la planche de salut d’un Islandophone réveillé un beau matin dans une baignoire pleine de glace dans un vieil hôtel miteux avec vue sur Gare du Nord. 

Cela dit, il est assez peu probable que je rencontre un islandais à Paris. Il est d’ailleurs hautement plus improbable que ce dernier ait la malchance de tomber dans un trafic d’organes. Il n’en sera pas de même pour les norvégiens qui sont un peu plus nombreux. De toutes manières, islandais comme norvégiens étant parfaitement bilingues, ce que je dis n’a aucun sens. Ce qui m’amène à conclure cette deuxième chronique en vous souhaitant une agréable semaine qui, je l’espère sera toute aussi riche et enrichissante que la mienne. Gardez le sourire et à mercredi prochain !

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POURQUOI J’AI DÉCIDÉ D’ÉCRIRE UN BILLET D’HUMEUR ! (CHRONIQUE #1)

Après une semaine de rentrée de deux jours (vous conviendrez que c’est relativement court), vient le moment tant attendu du repos du guerrier. D’ailleurs, j’utilise cette expression à dessein puisque ces deux jours relevaient pour ainsi dire du parcours du combatant (effectuer un stage de deux jours en conjugaison française pour introduire mon année universitaire, j’en reviens toujours pas).

Aussi le hasard fit-il que ce jour de repos intervint le 11 septembre 2019, soit le jour du dix-huitième anniversaire des attentats du même nom. J’ai tendance à rapidement oublier les choses sans importance et c’est pourquoi je ne me souviens pas exactement des raisons qui m’ont poussé, il y a un peu plus de deux heures, à me dire que ce serait une bonne idée d’écrire un billet d’humeur hebdomadaire au ton un peu amer et caustique, avec toujours ce soupçon de naïveté et de bienveillance qui me sied si bien. Cependant, ce dont je me souviens, c’est que j’ai pu lire la chronique d’un internaute chauffeur de taxi (ou de bus) qui évoquait très certainement cet évènement tragique. 

Ainsi vint le génie : « Mais Victorien ! La voilà, la solution au fait que tu trouves ça terriblement rasoir d’écrire des articles d’actualité sans parler de cet autre fait qui veut que tu as trop souvent tendance à abuser du superlatif ! Écris-donc un billet d’humeur ! Aussi, pourras-tu t’exaspérer tout ton saoul et te répandre en pleurnicheries tout en flattant ton égo surdimensionné qui te rend pourtant si attachant bien que ton sentiment d’infériorité ne te laisse penser le contraire. »

Souate. Ce qui m’amène à l’actualité de cette semaine qui a été rythmée par bon nombre de cocasseries très sérieuses ou pas tant que ça. Tout d’abord, Le Grand Rex. Sorti spécialement de mon 17ème arrondissement, où je loue une chambre de bonne à bon prix (tousse, tousse), j’ai pu assister à l’avant-première de It : Chapter 2 de Andrès Muschietti. Pourtant, ça n’est certes pas la chose la plus effrayante que vous auriez pu voir si vous aviez décidé d’assister à la projection en ma compagnie. 

En effet, fort d’un tempérament légèrement excessif, je me suis dit que ce serait peut-être une bonne idée que de partir 4 heures avant le début de la séance, afin de ne pas être en retard. Si l’on compte les 1h30 qui me séparaient du cinéma (je ne me déplace qu’à pieds), j’avais donc encore deux heures et trente minutes à combler, ce que la vision du McDonald’s au coin de la rue m’a rendu assez insupportable. Ne pouvant résister, je me réfugie donc chez l’humble tavernier, décidant de commander assez de matières grasses pour me sustenter et pour me faire tenir toute la soirée dans la mesure où étant obsédé par mon poids, je n’avais rien mangé depuis le petit matin où déjà les premiers remous du gargouillï s’étaient fait sentir.

Le secret, voyez-vous, c’est de ne pas commander la boisson qui va avec et de faire suffisamment de sport pour éliminer toutes calories accumulées tout au long de la journée. Ainsi avais-je calculé que par les jours de grands empiffrages, il me suffirait de marcher 27,5km (mon record absolu), en suivant un parcours allant de l’Arc de Triomphe en passant par le Grand Palais jusqu’à Saint-Germain des Prés, achevant ma course à hauteur du métro Louvre-Rivoli, après être passé devant Saint Michel, rentrant chez moi en ligne droite par la Rue de Rivoli et les Champs-Élysées. Tout cela après un tour complet du Bois de Boulogne. Mais peu importe. 

Je fus tiré de mon gavage constitué de frites, de potatoes et de nuggets par une vue assez inquiétante qui m’inspira cette idée pas si saugrenue que le reste des parisiens était peut-être tout aussi fou que moi : la file d’attente totalement inexistante quinze minutes auparavant s’étendait alors tout le long de la rue qui longeait le cinéma, soit deux heures et quinze minutes avant le début de la séance. Perdu pour perdu, je décidais de terminer ce qu’il restait sur mon plateau et de regarder mon plaisir doublement hebdomadaire : la nouvelle vidéo de la chaîne Wankil Studio sortie la veille. Pas très drôle, elle achèvera de m’ennuyer au bout d’un quart d’heure. Le moment était donc venu, après un McFlury particulièrement chargé en Speculos, d’aller au contact de ces gens et de me jeter dans la gueule du clown. 

Très mal à l’aise, je me range donc dans la file d’attente, juste devant une petite boutique de téléphones aux airs de laverie. C’est alors que le destin m’envoie le signal d’une connaissance de longue date qui, à défaut de partir quatre heures à l’avance, avait au moins eu le bon gout d’être dans les premiers à rejoindre la file. Cela va sans dire que j’allais allègrement me joindre à lui, sa seule présence à l’avant légitimant mystérieusement aux yeux de tous le fait que je gruge tout le monde alors que j’avais préféré passer au McDonald’s au lieu de subir une attente sans but qu’imposent les lois de l’avant-première. 

Un peu plus d’une heure avant le coup d’envoi entrons-nous donc dans la salle savamment baptisée « salle du Grand Large » où de petits goodies nous attendent. Aussi, me sentais-je légèrement mal à l’aise lorsqu’après avoir agréablement patienté devant mes frites et mes nuggets, je m’étais retrouvé au milieu de la salle, soit l’endroit le plus propice à l’appréciation d’une expérience cinématographique en premier visionnage (pour ce qui est des revisionnages, je me mets toujours au dernier rang sur la gauche, ce qui me permet d’observer les réactions des gens du public et d’être dérangé par les retardataires qui arrivent par le fond de la salle et qui veulent absolument cette place juste à côté de moi alors même qu’elle constituait la ligne de démarcation sanitaire obligatoire entre moi et mon voisin de rangée). 

Constitué d’un tee-shirt, d’un autocollant et d’un ballon, le petit sac en papier rouge posé sur mon fauteuil est du plus bel effet et me donne le sentiment d’être privilégié, sans doute pour me faire oublier que le vigile (probablement jamais allé voir un film dans un cinéma de toute sa foutue chienne de vie) s’est dit que ce serait une bonne idée de passer devant l’écran toutes les trente minutes pour contrôler que personne ne filmait.

Pour en savoir plus sur le film, je vous invite d’ailleurs à consulter ma critique que vous pouvez retrouver sur le compte Twitter de Pop & Blood, ce petit « média » qui gagne un peu en followers ces derniers temps après deux mois d’essais infructueux et que je m’échine à faire décoller. 

Cela étant dit, ce fut une assez bonne surprise qui m’a pourtant un peu déprimé. Déjà, je me prenais à imaginer, après The Dark Knight, après The Conjuring 2, après Doctor Who, après la saison 4 de Sherlock, après le remake de Suspiria, après le reboot d’Halloween, quelle serait la prochaine œuvre cinématographique ou vidéoludique qui allait m’obséder et occuper mon esprit au quotidien tant je cherchais à combler cette solitude qui me caractérise et qui fait que j’ai tendance à déprimer et à faire l’intéressant en parlant de ce bouquin de sexologie légèrement sarcastique que je brule d’envie d’écrire mais qui finira, comme tout ce que j’ai commencé à écrire par prendre la poussière faute de vision et de compétences en graphisme.

Ce fut donc un début de semaine pour le moins intense. Un remue-méninges assez irrationnel qui aura au moins l’avantage de m’offrir le spectacle plutôt pathétique d’un Boris Johnson lavé à froid par le système britannique quand, dans le même temps, Salvini sombrait dans l’oubli dans une Italie en plein émoi maintenant dirigée par ceux qui s’étaient servi de lui pour arriver au pouvoir. Vu que je suis superstitieux et que je crois à la loi du « jamais deux sans trois », je m’attends donc à la disparition de Trump ou Bolsonaro avant la fin du mois (Seigneur, si tu m’entends).

Bolsonaro qui, en digne représentant de l’enfer sur Terre, avait réveillé en moi cette lubie nihiliste de théoriser un kink sadomasochiste basé sur les luttes militantes et inter-communautaires. Il va sans dire que ça en a fait rire plus d’un lorsque j’ai publié ce texte qui répondait à la question suivante : « Pourquoi en tant que militant de droite, suis-je terriblement excité à l’idée de décoller les affiches de mon candidat par -5°c sous les ordres d’un militant anarcho-communiste ? » Cependant, et j’en fus le premier ravi, ce fut une véritable surprise qui dépassa de loin cette vaine tentative d’évincer mon complexe d’infériorité que de constater que nombre de gays parisiens se retrouvaient dans ma description de ce kink qui m’avait été inspiré par les homos démocrates qui, pour faire passer le goût amer de la défaite de 2016, avaient voulu rationaliser la violence des militants MAGA en les sexualisant et en en faisant des « mâles alphas » à vénérer.

En ce qui me concerne, c’est plus une sorte de pied de nez un peu mesquin à l’élite twinkesque du porte-voix associatif queer parisien que j’aurais bien rejoint si je n’étais pas si buté et sûr de moi. Je suis d’ailleurs certain que ça aurait pu me faciliter bien des moment difficiles et m’éviter tout un tas de complications psychologiques (voire psychiatriques) liées au fait que j’ai horreur de m’exposer. Cette situation m’amènera pour ainsi dire à sexualiser intellectuellement les petits twinks beaucoup trop fins pour avoir avalé Karl Marx tout entier mais qui ont déjà leur carte de membre du PCF à 18 ans pour avoir des places gratuites pour la fête de l’huma’. Autant dire que du 13 au 15 septembre, ça va être la saison des moissons pour toute la nouvelle équipe fraichement pondue des militants pas dégueus, vitrine pas seulement crypto-gay de la lutte contre le capitalisme.

Bref, une semaine chargée en histoires plus absurdes que rocambolesques, en somme. Une semaine qui me conduira à effectuer une pré-rentrée pour le moins chargée en émotions à Paris – Sorbonne en Études Nordiques spécialité Norvégien, passion qui me vient de ce voyage effectué en juin dernier et renouvelé en aout qui me laisse à penser que je finirai probablement ma vie là-bas si le voisin du dessus me le permet. Outre les idées noires hebdomadaires (elles aussi) mystérieusement disparues de mon esprit très particulier, c’est une sorte de havre de paix qui s’est offert à moi lorsque, profitant du soleil, je m’étais rendu sur le port d’Oslo, face à la mer et m’étais posé là, tranquillement, à regarder les bateaux battre les vagues d’un bleu mystérieux, jusqu’à ce que le premier trailer de Doctor Sleep ne paraisse, me tirant de ma rêverie. 

Tout cela me conduisant bien entendu, puisque Parcousup avait décidé que je n’étais pas un artiste malgré une exposition à l’étranger et une reconnaissance de certains de mes pairs, à me diriger vers un cursus linguistique qui, au final, semble me contenter et m’offrir une perspective professionnelle alléchante allant de traducteur à diplomate en passant par universitaire ou journaliste alors que les arts plastiques m’auraient sans doute précipité dans les bras de dame chômage. Ça tombe bien : j’adore écrire et je suis assez fort en gueule. Ce qui m’amène à cette fulgurance qui m’est venue aux environs du troisième exercice de grammaire dispensé par cette prof qui me rappelle Dolores Ombrage : « Tant qu’il y aura des cocktails et des barmans pour les faire, il y aura de l’espoir. »

Grand amateur de mojitos, j’avais été particulièrement frustré lorsqu’au moment de répondre à une question de ma professeure, un très cher ami m’avait soumis une photo de son verre rempli à ras bord consommé dans un bar au bord de la mer du nord, ce qui – vous-vous en doutez – m’a légèrement contrarié. Dépité, je décidais de faire la tronche et de soumettre l’idée à un autre ami d’aller s’en jeter une après la fin des cours. « À 15H ? », me demanda l’intéressé sur un ton de pitié et de désapprobation qui n’attendait aucune réponse. 

Aussi, désarçonné, j’échouerai donc dans un Burger King à hauteur d’Étoile et terminerai ma course sur un Coca Zéro après m’être ramassé comme une sombre merde dans les escaliers du métro parisien, brisant la vitre de mon iPhone X à mille boulasses au passage. Ça n’est qu’un peu plus tard, après une séance de méditation guidée par un français à l’accent latino sur YouTube, que je parviendrai à trouver le sommeil malgré la migraine qui me turbinait le cerveau depuis au moins le milieu de l’après-midi. 

Ce qui m’amène au dernier fait qui rythma cette semaine ubuesque. Affaibli par cette atroce migraine, je m’étais donc couché dans l’angoisse d’un lendemain que j’imaginais dévastateur dans la mesure où l’inconnu me fait très peur et où j’ai l’impression que chaque instant de ma pénible existence peut me conduire à un échec cuisant. J’arrivais donc à m’endormir rapidement tant la journée avait été usante malgré la satisfaction de sembler intégrer un cursus enfin taillé pour moi (après trois années de tentatives en licence d’histoire, c’est un vrai soulagement).

Là, allais-je être projeté dans un univers onirique que j’ai encore beaucoup de mal à enlever de ma mémoire tant j’hésite entre le trouver cohérent ou totalement absurde. Assis en tailleur dans le noir, je suis pris dans les bras d’un ami dont je me demande ce qu’il peut bien fabriquer le torse à l’air. Très gentil, doux et attentionné comme à son habitude, il me demande de le regarder sans bouger. S’éloignant, il se dirige vers un autre homme que je ne connais pas, lui aussi torse-nu, baigné dans l’obscurité, et moi je reste là. Et je les regarde faire leur petite affaire jusqu’au moment où mon téléphone portable enclenche la sonnerie du réveil matin à base de sifflements d’oiseaux et de bruits de ruisseaux dans la brume légère (oui, on entend aussi la brume) d’un matin d’Octobre dans une forêt baignée de soleil. 

Les yeux encore embrumés, je fixe le plafond éclairci par la lumière du jour traversant la rainure des stores vieux d’au moins vingt ans. Toujours engourdi par l’inconfort de ce rêve pour le moins étrange, je passe les dernières minutes de repos qu’il me reste à réfléchir au sens de la vie avant de me jeter dans le flux des gens qui va s’abattre sur la capitale, achevant cette première « semaine de cours » de deux jours si intenses que la suivante (de quatre jours, celle-ci) m’inquiète un peu. C’est donc ici que je vous quitte, par une nuit noire de quasi pleine lune alors que mes paupières sont lourdes et que la fatigue me guète. À la semaine prochaine, en espérant que j’ai d’autres anecdotes intéressantes à vous raconter sur ma vie passionnante qui intéresse tout le monde, j’en suis certain.

50 NUANCES DE GAY, CULTURE

Stiofan O’Ceallaigh : meet the artist and the creator of Balaclava.Q.

‘UNSELFY’ (2015) by Stiofan O’Ceallaigh

Interview by Victorien Biet.

Stiofan, who are you ?

I am a multimedia artist and curator born in Ireland, currently exhibiting between the USA and Europe. I am also founder and director of Balaclava.Q – An international Queer Visual Arts Project & Collective, established in 2016.

How would you define your artwork ?

My focus is an exploration of the understanding of a queer aesthetic, if indeed, there is one. A personal journey and an acknowledgement of flux, my work seeks to emancipate those who know it, simply by promoting discourse around areas such as HIV, queer art censorship, body politic and internalised shame/stigma>pride and fundamentally and effort to reduce hate … in all its forms. I am investigating all of these ideas and notions, all of the time. The main artforms I employ are poetry, photography, video, painting and installation.

How did you become the artist you are today ? Did it start during your childhood ?

I first started painting age 7. From very early on, painting allowed me to deal with personal emotions, set against the world’s paradoxes and hypocrisies.  I continued to paint and dabble with photography throughout my teens. At age 18 I was awarded the second highest mark at A-Level in Northern Ireland. It was at this point I came to realise that making art offered me fulfillment, and that I actually had talent. I then progressed to the University of Ulster where I was awarded a distinction certificate in Fine art & Design. I then relocated to Liverpool (England), which was a huge, sublime culture shock for me (having been raised in a small catholic town in Ireland). In 2002 I graduated with First Class honours from the University of Liverpool. That same year I received the Outstanding Achievement Award for the highest graduation score in Fine Art, Design & Humanities. I guess at this point the Universe was trying to tell me something.

Untitled Coming Out & The Onlookers (35 x 35 x 1.5 inches, acrylic on canvas, 2018)

Over the coming 14 years I progressed within the arts sector in NW England, to managerial and executive level working for galleries, museums, festivals and theatres. And in 2014, due to health reasons, I took a sabbatical from the arts sector and decided to focus on my art practice. 

Tell us more about Balaclava.Q.

Balaclava.Q was established in 2016 as a knee-jerk reaction to the Pulse Nightclub massacre (Orlando, Florida), where 49 people were murdered and 53 people seriously injured, simply because they -: exist. I drew on 14 years experience of working at managerial level for galleries, museums and theatres in the UK. And out of a need to do something to help turn this negative into a positive, I created Balaclava.Q ( www.balaclavadotq.net ). So rather than hide in the shadows this project very quickly became an exercise in visibility and community cohesion.  Balaclava.Q is an international queer visual arts project and collective who seek to connect, promote and create platforms for queer artists. Now in its third year and with over 1,000 contributors and volunteers from all over the globe the project is going from strength to strength. 

And what about its creation ? 

Balaclava.Q is a safe space for artists free from censorship and artist fees.  The project currently consists of three strands or more aptly, tactics:

Tactic 1, titled Obscuring the Face, which allows artists the freedoms of anonymity to express themselves without fear of repercussions. In fact a lot of the artists who explore this tactic use pseudonyms as a protective method. 

A selection of works from the Barely Visible series (various sizes, acrylic on canvas), 2018

Tactic 2 is called HIVideo – an global screening of art films about HIV/AIDS across 4 continents. Tactic 2 has provided the further audience reach for Balaclava.Q. Having partnered with venues such as the Tom of Finland Foundation (Los Angeles, USA), Puerto Rico Museum of Contemporary Art, La La Mutinerie (Paris, France), Penthouse NQ (UK), various universities, hospitals and galleries throughout Canada, USA and Europe all of whom are too many to mention, all of whom must be thanked. Not to mention the 1,000+ collaborators, artists and volunteers who have contributed to Balaclava.Q so far, more specifically the team of Creative Directors who act as advocates and facilitators for Balaclava.Q in their home countries. 

Tactic 3, the most recent is titled Abstract Activism which unlike Tactic 1 calls for queer visibility, this is because the very act of visibility is activism and ‘Silence = Death.’

I will be introducing new tactics to the project in the coming years. I want to highlight that it is the artists who develop and shape Balaclava.Q, not the other way around. Balaclava.Q responds to contemporary queer art concerns. It is extremely important to me that the project remains relevant.

Untitled Two Men Kissing (Two Man Army) – 2019 – A variation on the Barely Visible series

At the core of Balaclava.Q values is a quote by American biologist, Albert Kinsey (1894 – 1956):

“Only the human mind invents categories and tries to force facts into separated pigeon-holes. The living world is a continuum in each and every one of its aspects. The sooner we learn this concerning sexual behavior the sooner we shall reach a sound understanding of the realities of sex……..” .

Balaclava.Q is always searching for ways to raise funds to keep the project alive. If anyone has any suggestions, ideas for collaborations and/or fundraising assistance, please do get in touch with us balaclava.q@gmail.com.  

Why did you want to gather the « queer and non-queer » artists all over Europe ?

Well it’s not just Europe.  Balaclava.Q now has over 600 emerging and established artists who reside across 4 continents. Balaclava.Q was born out of a need to convey the rich visual art scene in the queer community. While a lot of artists have are having their works removed from social media due to “community standards”, Balaclava.Q stands up as a reaction against queer art censorship, and art censorship in general.

The Fence Documenting Murder – 2017 – mixed media

Over the past three years, organically, Balaclava.Q has become essentially, an archive of queer contemporary art in its own right. A go-to for a who’s who is queer contemporary art world. I am proud to say that Balaclava.Q is now recognised as part of a global conversation on censorship, queer art, HIV/AIDS and stigma/shame>pride.  Balaclava.Q is inclusive: artists, regardless of gender, race or sexuality are welcome so long as they identify as ‘queer’ or ‘other.’

I must stress, at this stage, that ‘queer’ does not mean gay. Contemporary queerness comes under the umbrella of “other” and “otherness”, but what connects these artists from all over the world is the explorative theme of identity politics and the politics of visibility.

To expand on this further I would like to quote David J. Getsy who states “While ‘queer’ draws its political and affective force from the history of non-normative, gay, lesbian and bisexual communities, it is not equivalent to these categories nor is it an identity… Indeed, it was developed as a primary public stance and a political attitude from which cultural authority could be disputed”- from Queer // Documents on Contemporary Art published by Whitechapel Gallery and The MIT Press (2016).

Studio view – 2018

Balaclava.Q seeks to compliment and take part in this wider contemporary global dialogue while acknowledging the effect heteronormativity has on sub and countercultures.

You have just exhibited some of your works in Paris at Les Mots à la Bouche. Tell us more about it.

That’s correct, yes. The show at Les Mots à la Bouche was my first solo show.  I am extremely honoured and proud of this opportunity.  I should also use this opportunity to thank Emmanuel Barrouyer and Sébastien Grisez for all their support in making this happen. The works exhibited at the venue come under the name of the Barely Visible series. Consisting of approximately 55 paintings, the Barely Visible series is an exercise and investigation into exploring loss and gratitude, and where the two collide.

In order to explain the Barely Visible series I need to talk about why I made the first painting in the series, titled Untitled: Boys With Problems (Robert & I), 2018 .  In July 2018 I lost a close, personal friend, Dr Robert Summers PhD – a close ally in championing queer visual art. Initially, the Barely Visible paintings were a reaction to the overwhelmingly sad news of his death. I started this series as an effort to understand what had happened, and what I had lost. My gut instinct was to begin to reminiscing, which I think is one of the first emotional states (along with anger), for anyone exploring their own grief.  I began digging out photographs from personal archives. One particular photograph stood out, in fact while holding a pile of photographs, one fell out of my hands and onto the floor. It depicts Robert and I at a meeting in a diner on Hollywood Boulevard (Los Angeles, 2017). This was the starting point for the first painting. The title references Robert and I, obviously, but also refers to one of Robert’s queer art initiatives; a queer zine called Boys With Problems.  When I finished the painting – and without thought – I wrote two words on the canvas. Those words were “Barely Visible”. I now understand that those two words translate —  subconsciously —  to me as, “I miss you.”  

Mixed Flux & Temporary Displacement – 2017 – by Stiofan O’Ceallaigh & Ron Kibble (part of the Communique(e)r series – polaroid photograph)

It should also be noted at this point that, the use of the word ‘Untitled’ is in homage to the works of USA based artist and AIDS activist Félix González-Torres (1957 – 1996).  As with González-Torres, the use of the word “untitled” indicates a queer art genealogy and potentialities of a Queer Condition: existing in a world that is not built for you, and therefore, you become superfluous to requirements, or invalid, – or more aptly ‘untitled’.

It quickly became evident to me that by using photographs, I was attempting to hold on to, contain and – actually – feel memories. The smells, the conversation and the location.  At the time I was also looking at a lot of Catholic Orthodox iconography, a common thread for queer artists. I continued to replicate photographs in paint. The colours were unimportant, everything was unimportant except for the replication of this memory in paint – for me – this actually, iconifies the memory.  The rest – as they say – is history.  So I guess you could say that the primary function of these works is an attempt by me to reposition the grief I felt and still feel. To try and change a negative into a positive. Hence the overriding theme within the works is one of gratitude and loss.   

I then began painting pictures of friends, family, people who are important and influential to me. And so this process – of painting memories – is an effort to understand loss, and then the sense of gratitude that ensues.  I then began painting found images of openly queer people. Gay, trans, femme, etcetera. I gave each painting a title which replicated or eluded to a subconscious thought or a memory. The titles essentially created a new narrative within the portraits.  A sense of brotherhood that is eternal and intrinsic to, specifically, gay men and MSM. Throughout this process I was also painting portraits of myself, placing myself on the same pedestal and in the same area of investigation as all the other subjects in the paintings. At my peak I was painting approximately 3-4 paintings a day. The whole process was organic, with planning only necessary for some of the larger scale paintings.

‘UNSELFY with Tom & HOMORIOT (the Tom of Finland Foundation) (20917) a collaboration between Stiofan O’Ceallaigh & Robert Summers

The dripping effect that has become synonymous with the Barely Visible series was one of those “happy accidents” where the paint does it’s own thing. I believe this is the paint communicating directly with me, the paint is getting involved with the work too.  The paint itself, or the forces that control it; for example gravity, heat, etcetera, were also involved in the making of these works. The dripping paint — symbolising actual and potential loss; (tears) — but also the idea that the subject is both there and not there, barely visible, surviving in a world where you are told you do not have a direct passage to exist.  This is where the overarching themes of gender, sexuality and identity politics all intermingle to create a wider argument for this series.

Speaking practically, the Barely Visible paintings are also an attempt to generate funds for http://www.balaclavadotq.net – An international queer visual arts project and collective who seek to connect, promote and create platforms for queer artists (established 2016). Robert was the person that gave me the push to start Balaclava.Q, and in true spirit with Robert’s legacy I decided to donate all income from the Barely Visible paintings to Balaclava.Q. To support and provide a vehicle for queer artists.  Something I know Robert would have loved.  After a successful run at Les Mots a la Bouche (Paris, France), the Barely Visible series generated enough funds to secure the website domain and premium accounts, plus subsidiaries for the next two years. The remaining paintings will be up for sale shortly and a e-catalogue will be published and made available in the coming months.  There are approximately 55 Barely Visible paintings, some housed in private collections in Europe and USA, and the rest split between the UK and France (for upcoming shows 2019). I have dedicated the entire Barely Visible series to the memory of Robert, as an indication of his legacy, love and influence on me.

Boxes and Circles by Stiofan O’Ceallaigh 1999

To conclude and as an important side-note, I would like to state that my worldview is that we are currently in the middle of World War III. Let me explain why. In this era of Trumpism and the rising far right, the death toll of members of the LGBTQ+ communities is increasing. Also, alongside this there are acts of violence been committed which include ostracisation, stoning, maming, shaming, conversion therapies and the “corrective” rape of predominantly lesbians. Add to that the situation in Chechnya, where last week 40 members of the LGBTQ+ have been rounded up and tortured and two people killed. What we are left with is a matter of syntax. While I do not condone violence in any form, I believe that an all out attack on LGBTQ+ people continues at ferocious speeds. This is the thread that connects all paintings in the Barely Visible series.  With the Barely Visible series I guess I am painting a metaphoric army of pain and love; gratitude and loss, but ultimately strength and hope.  Fight for what you love and be thankful for it. 

How do you find inspiration ? What is your method of work ?

I get a lot of inspiration from other artists. My biggest influences and idols are Félix González-Torres (1957 – 1996), David Wojnarowicz (1954 – 1992), Elmgreen & Dragset (active from 1995), Andy Warhol (1928 – 1987), Bob Mizer (1922 1992),  Robert Mapplethorpe (1946 – 1989), Paul McCarthy (born 1945), Bruce Nauman (born 1941), Bill Viola (born 1951), Bruce LaBruce (born 1964), Francesca Woodman (1958 – 1981), Eva Hesse (1936 – 1970), and finally collective movements such as Queercore (which began in the 1980s  as an offshoot of the punk subcultures), and General Idea (active 1967 until 1994), to name but a few. I also regularly research the work of my queer art contemporaries to ensure that dialogues remain relevant, and I am also currently sourcing a lot of content and material from LGBTQ+ news reports, more specifically the information coming out of Africa and Chechnya.  I also find a lot of source materials and inspiration from personal archives.  

However, more importantly I make work because I have to. Making art is cathartic for me. A way for me to purge strong feelings, emotions and memories. Whatever happens next is generally unplanned and expressive (in the moment). The need to make art holds the biggest influence on me.

Untitled HE (Robert & I) – 2018 – Barely Visible – acrylic on canvas

My process in creating work requires me to withdraw from the world, what I mean by that is locking myself in my studio, music, research in-hand and from then the process of experimenting begins. I never enter the studio with a particular vision, however I usually have several thoughts or feeling which i wish to explore further.  Usually reactionary and expressive, my work tends to flow with isolation and strong emotions.

Will you continue the painting ?

Painting is always a source of pleasure for me, so yes. It is also a therapeutic process for me. For me painting is the most expressive medium. I love the sensuality of paint. I have already started work on a new set of paintings, I am unsure yet, as to whether this is a continuation of the Barely Visible series or whether this is whole new body of work.  You can follow my progress on Instagram and on Facebook ( @stiofan.artist ).

‘UNSELFY’ (2015) by Stiofan O’Ceallaigh under preparation for THE QUEER ART SHOW (Oslo, Norway)

Where can we see your works right now ?

I will exhibit Untitled: Two Men Kissing from the Barely Visible series.  I will also be showing a collaborative piece with Arizona based artist Ron Kibble. Ron and I first began collaborating in 2017. Our collaboration has been a successful one. Since 2017 we have self-published a book of poetry, exhibited works and wearable art at Juego Sucio: Muestra de Posporno (Artspace Mexico, Mexico), Queer Art Show #5 (Penthouse NQ, Manchester (UK) and HOMOSURREALISM NEW ORLEANS. This will be our second  HOMOSURREALISM show together. 

I’ll tell you a little bit more about this work.  In 2017 Ron and I embarked on a small tour of US and Europe.  All the while taking intimate polaroid photographs of each other.  Originally intended to be compiled and published into a book, we have agreed to finalise the polaroids as a finished piece. A really exciting juncture in the works journey, I think.  The title is Communique(e)r. 

I’m also looking forward to showing some new work in Athens (Greece), this November at Civil Disobedience queer photography festival, curated by Menelas.  I’ve been exhibiting at the festival since 2016, this year’s theme is residente o visitante. I have yet to begin exploring this theme. And finally, I am talking to some galleries and artists at the moment about the Barely Visible series and evolutions thereof. 

‘Louvre UNSELFY’ (2017) a collaboration between Stiofan O’Ceallaigh & Emmanuel Barrouyer

In the meantime I will be pushing forward with www.balaclavadotq.net. We are always in the search for new artists and volunteers to get involved. If you think this is something you may be interested in please visit the website for further details.  As always I am open to collaboration. Get in touch.

More informations :

http://www.stiofanoceallaigh.co.uk
Instagram, Twitter, Facebook : @stiofan.artist
http://www.balaclavadotq.net
Instagram, Twitter, Tumblr, YouTube : @balaclava.q
Facebook : @balaclava-q

ACTUALITÉ, CULTURE

Maxime Floris, acteur : “J’ai toujours aimé raconter des histoires”.


Crédit photo : Felix Tak

Sympathique, passionné et bourré de talent (tout en restant humble, c’est un super-combo), Maxime Floris est de ces jeunes artistes comme on en fait peu. Que ce soit dans la comédie, l’écriture ou la réalisation, le jeune-homme s’investit pleinement pour – un jour, peut-être – toucher les étoiles. Justement, candidat au concours “Révélation des Étoiles” (remarquez comme ma transition est habile), Maxime s’envolera très bientôt pour Hollywood afin de réaliser son rêve. Il nous en dit plus !

Propos recueillis par Victorien Biet.

Maxime, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Maxime Floris, je suis comédien, auteur et réalisateur. Je suis né à Fontainebleau, c’est un point commun que je partage avec un roi de France et un auteur de BD. Quand j’étais petit je voulais être les deux.

Comment t’est venu ce goût pour les arts du spectacle ?

J’ai toujours aimé raconter des histoires et interpréter des personnages. Les jeux d’enfants se sont transformés en bandes dessinées, puis en nouvelles manuscrites, puis en contenu audio sur un magnétophone, et enfin en petits films, qui je l’espère deviendront grands.

Crédit photo : Felix Tak

Quelles sont tes inspirations ?

J’aime intégrer de la fantaisie et de l’onirisme dans le quotidien. Pendant que je te parle je vois un homme seul installé à une table. Je lui ai déjà inventé trois vies. Il commence à tousser, dans pas longtemps il en aura une quatrième.

En ce qui concerne les cinéastes qui m’inspirent, il y a Gregg Araki. Son cinéma est empreint d’une grande liberté, dans le ton et la forme, et il sait créer des personnages vraiment attachants. En France, je retrouve les mêmes qualités chez Yann Gonzalez et Bertrand Mandico. Tant de poésie et de passion, tout en étant ancrés dans des questions très concrètes et actuelles. Le pouvoir de la fable. J’aime aussi beaucoup Quentin Dupieux. Il crée son monde, à la fois si près et si loin du nôtre. Il me stimule pour créer le mien. Du côté de l’interprétation, j’ai grandi avec Louis de Funès et Jim Carrey, qui ont créé leur identité, leur style, tout en y apportant suffisamment de nuances pour surprendre le spectateur.

“Je sais que j’ai une grande part de féminité en moi.”

Par la suite, j’ai été beaucoup plus influencé par les actrices, qui pour moi offrent plus de nuances que leurs homologues masculins. J’ai développé une obsession pour Delphine Seyrig et Julie Andrews, qui sont d’une grande délicatesse tout en étant à chaque fois le moteur du film. Juno Temple me fascine. Il y a une multitude d’émotion dans un seul de ses yeux. Je sais que j’ai une grande part de féminité en moi, tout en étant parfaitement à l’aise avec mon corps d’homme. C’est comme si un adolescent et une femme d’âge mûr cohabitaient dans mon cerveau. Ils prennent soin l’un de l’autre et construisent ensemble.


Crédit photo : Lada Vesna

Parle-nous de Révélation des Étoiles. Comment as-tu intégré ce concours ?

C’est un concours national de talents qui regroupe des artistes de plusieurs disciplines : acting, chant, danse, mannequinat, magie… L’objectif est de constituer une équipe pour représenter la France lors d’un autre concours, le Championnat Mondial des Arts du Spectacle, qui se déroule à Hollywood en juilet et qui met en compétition 1500 artistes, venus de 60 pays différents.

“J’ai ouvert une cagnotte en ligne à laquelle les gens peuvent participer.”

J’ai rencontré la directrice de Révélation des Étoiles en octobre 2018 après une performance de body painting, et à la fin du mois j’ai été sélectionné pour intégrer l’équipe de France. Je partirai donc à Hollywood en juillet prochain ! Le vrai challenge pour moi, c’est de financer ce concours, parce que le règlement impose de ne passer que par le sponsoring.

De quelle manière nos lecteurs peuvent-ils te soutenir dans ton projet ?

En complément de l’aide que les marques peuvent m’apporter, j’ai ouvert une cagnotte en ligne à laquelle les gens peuvent participer. Il n’y a pas de montant minimum, j’estime que chaque don est important. Les gens ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent faire la différence.

Crédit photo : Maxime Floris

Où te vois-tu dans dix ans ?

C’est difficile pour moi de répondre à cette question étant donné que je n’ai toujours pas décidé de ce que je vais manger ce soir. Disons qu’à l’heure qu’il est j’ai deux grands rêves : décrocher un premier rôle dans un long métrage, et en réaliser un.

As-tu d’autres projets en ce moment ou à l’avenir ?

J’ai deux projets de courts métrages, dont l’un va se tourner mi-mai, et en juin je serai au théâtre pour une mise en scène de La Main leste, d’Eugène Labiche. J’ai également participé à un projet photographique, Iconic d’Étienne Clotis, dans lequel j’interprète Jim Morrison.

PLUS D’INFOS :
Je soutiens Maxime !

50 NUANCES DE GAY, CULTURE, SOCIÉTÉ

Jason Barrio, auteur et interprète de #Condamné 03-64 : “Cette pièce raconte un internement dans lequel le seul espace de liberté est la poésie”

Tout est parti d’un article paru en 2017 dans le magazine moscovite d’opposition Novaïa Gazeta. Elena Milachina, journaliste réputée y dénonçait des centaines d’arrestations, de tortures et d’assassinats d’homosexuels en Tchétchénie. C’est en réaction à cette actualité que Jason Barrio a créé « Condamné #03-64 » qui raconte l’histoire de Pavel, homosexuel tchétchène emprisonné, torturé et assassiné à cause de son orientation sexuelle.

Propos recueillis par Victorien Biet.

Jason, aujourd’hui, tu nous présentes ta pièce « Condamné #03-64 ». Qu’est-ce que ça raconte ?

Cette pièce parle de la répression des homosexuels en Tchétchénie. Elle est issue d’une performance créée en juin 2017 suite à l’article paru sur Novaïa Gazeta. Elle raconte l’histoire de Pavel, un homosexuel tchétchène maintenu dans une prison illégale, du moins aux yeux de la constitution russe. À travers « Le Dernier Jour d’un Condamné » de Hugo, nous découvrons son arrestation. Cet ouvrage se veut assez universel puisqu’on ne sait pas quel est le motif de l’arrestation. On suppose que c’est un meurtre mais ça n’est pas explicitement dit. Ça m’intéressait de travailler avec ce texte parce-qu’il parle de l’intérieur, de la cellule, du quotidien et de comment la pensée arrive à survivre. 

Puis il nous parle aussi de son quotidien et de sa famille, tout ce qui existait avant son arrestation. 

Ce que je voulais au sujet de Pavel et de ses derniers jours, ses dernières heures, c’était montrer qu’il avait essayé d’avoir une vie normale aux yeux de la société tchétchène en défendant la vie de sa femme, la vie de sa mère, la vie de sa fille. L’important était qu’il ne soit pas purement tchétchène. Il faut savoir que ce pays est une république autonome et que différentes communautés y cohabitent. Donc, ça n’est pas simple comme territoire. Ils sont tous russes mais il y a des disparités. Donc ça raconte ça et son internement dans lequel le seul espace de liberté est la poésie, le seul moyen d’aller ailleurs. C’est pour cette raison que j’ai fait de ce personnage un bibliothécaire. Ça a permis de lui donner un accès à la littérature et ça justifie ses envolées lyriques lorsqu’il cite Hugo ou Rimbaud, toutes ces choses qui le traversent. 

Pour passer de la performance au théâtre, on a ajouté pas mal de texte et j’ai aussi beaucoup écrit pour évoquer son arrestation pour expliquer comment se passe la vie dans la prison. Avec des passages de l’ordre du désir, par exemple. Il y a trois temps, en fait : un premier où il parle de lui, de sa vie, de sa lutte intellectuelle, un deuxième qui est un happening lorsqu’il est surpris en plein élan de liberté par un gardien qui provoque une humiliation publique et un troisième où il évoque son amant et son arrestation qui aboutit à l’exécution de Pavel par sa propre famille.

“Le théâtre n’est pas simplement un endroit de divertissement pour moi.”

Qu’est-ce qui t’a motivé à reprendre ce sujet ?

Le choc, tout d’abord, et le fait que les médias n’en parlent pas, en pleine élection présidentielle. C’est pas simple de faire du journalisme en Russie et à plus forte raison en Tchétchénie. Donc ça m’importait de faire savoir ça à travers une performance. Le théâtre n’est pas simplement un endroit de divertissement pour moi. Ce qui me semble important, c’est que le théâtre puisse être un endroit où on peut suivre un processus. Ça aurait sans doute eu plus d’impact d’en parler pendant deux minutes sur YouTube mais ça m’importait de faire un spectacle avec l’idée que le spectateur rentre dans le processus de condamnation. On est avec le condamné pendant un laps de temps. Au début, la performance durait 25 minutes et on est passés à 1h de spectacle. À la fois, le théâtre est éphémère mais permet aussi ces rencontres-là qui ne sont pas du tout éphémères.

D’où t’est venue l’idée de reprendre l’ouvrage d’Hugo pour ta pièce ? 

Au départ, c’était un hasard. Je la relisais et ça m’est apparu comme une évidence. Et puis l’idée de la transposition n’était pas très difficile. La langue de Hugo est tellement forte qu’il a suffi de la transposer à cette situation pas du tout universelle pour que ça fonctionne immédiatement. Ce choix m’est aussi venu en cherchant un moyen de sublimer la violence. Si je n’avais pas fait ça et si je n’avais fait qu’écrire, il n’y aurait pas eu cet élan poétique. Ça aurait nui à ce qu’on voulait raconter car le sujet est tellement violent et insoutenable que ça doit passer par une langue qui sublime ce qui se passe. Sinon c’est trop premier degré. À la fois, ça m’intéresse de donner la parole à ces victimes mais ça passe aussi par en faire des héros par la langue. D’où mon choix pour Hugo. Évidemment, les évènements de Tchétchénie rappellent les crimes commis par les nazis sur les homosexuels pendant la guerre. Ça m’a conduit à me pencher sur d’autres ouvrages dont le témoignage de Pierre Seel, « Moi, Pierre Seel, Déporté Homosexuel », publié en 1994 sur les conseils de Jean Le Bitoux, rédacteur en chef du magazine Gai Pied. 

“On a regardé le film et ça m’est apparu comme une évidence qu’il devait arriver en ouverture de ma pièce.”

Tu as choisi d’ouvrir ta pièce avec un court-métrage intitulé « Aujourd’hui ». Que peux-tu nous en dire ? 

Les choses se font souvent par hasard mais pas sans raison. Le hasard a été que le compagnon de l’organisatrice du festival durant lequel a été jouée ma pièce avait également traité de ce sujet dans un court-métrage. À l’époque, il pensait faire de la science-fiction mais au final, pas du tout. Le hasard veut que l’acteur qui joue, Hugo Léonard, était en cours avec moi. On a regardé le film et ça m’est apparu comme une évidence qu’il devait arriver en ouverture de ma pièce. Ces deux objets artistiques se complètent car le film raconte l’arrestation, les dernières heures d’un couple homo dans une société française où l’homosexualité est repénalisée et considérée comme une maladie mentale et moi je raconte la même chose transposée en Tchétchénie. 

Au final, comment ça s’est passé ? Que retiens-tu de cette représentation ? 

Ça s’est bien passé, surtout qu’elle avait le goût d’une première. J’étais content car il y avait beaucoup de monde et l’association Le Refuge a fait venir trois jeunes dont un moldave qui a été très touché par le spectacle. Je suis très content et touché, surtout par les témoignages qui me sont parvenus. C’est là qu’on voit le sens de mon métier. Seule déception : j’aimerais que les associations et les politiques s’en emparent davantage. Qu’il y ait un relai plus important pour que ce spectacle ait une vie. Malheureusement, les programmateurs nationaux ne se sont pas déplacés, de même que la DRAC. Ils sont surchargés, c’est vrai, mais sans eux, je ne pourrai pas faire vivre ce spectacle. J’espère que les gens vont se mobiliser car je pense que ce spectacle a du sens aujourd’hui.

Donc pas d’autres représentations pour le moment ? 

Non, malheureusement. On n’a même pas encore pu prendre le temps de débriefer, de voir le nombre d’entrées et surtout ce qu’il est possible de faire avec le Lavoir Moderne Parisien mais nous avons bon espoir de pouvoir jouer très bientôt la pièce en dehors de Paris mais je ne vous en dit pas plus pour l’instant !

PLUS D’INFOS :
– barrio.jason@gmail.com
– la.compagnie.theatre.machine@gmail.com
Page Facebook de Jason Barrio.

50 NUANCES DE GAY, ACTUALITÉ, CULTURE

Nicolas Dupuis, photographe : “Je ne cherche pas la revendication, je montre que nous existons.”

Photographe talentueux et artiste plein de surprises, Nicolas Dupuis est un poète de l’image, sculptant ses vers dans la chaire et dans les muscles de ses modèles nus devant l’objectif. C’est à l’occasion de son exposition au Château de Lamorlaye que j’ai pu le rencontrer afin de l’interroger à la fois sur son œuvre, sur sa vision et sur ses inspirations. 

Propos recueillis par Victorien Biet.

Nicolas, qui es-tu ?

Bonjour, je suis Nicolas Dupuis, j’ai 20 ans dans ma tête mais j’en ai vraiment 45. Je suis originaire et je vis à proximité de Chantilly, à 35 km au nord de Paris, c’est à dire à l’autre bout de la terre pour un parisien. J’ai un parcours scolaire moyen, mais une vie professionnelle épanouie dans le milieu commercial, marketing et quelques années pour la presse gay. Ma vie était plutôt banale jusqu’à mes 25 ans avant que je croise mon premier garçon pour ne plus jamais désirer de filles. Depuis, ma vie pétille, je suis heureux en amour depuis 15 ans et j’ai trouvé ma voie artistique depuis seulement 6 ans avec l’envie de partager mon regard sur un univers intime.

“Mes photos sont le reflet de l’âme que je perçois de mes modèles en réalisant un instantané de leur être.”

Comment décrirais-tu ton art ?

Peut-être libre, expressif et poétique. Mon art est tourné vers l’humain. On m’a souvent dit que j’avais une manière spéciale de regarder dans les yeux, parfois déstabilisante. Mes photos sont le reflet de l’âme que je perçois de mes modèles en réalisant un instantané de leur être. C’est ma vision de la beauté, tout simplement.

Penses-tu que l’on peut te considérer comme un artiste Queer ?

C’est une bonne question. Est-ce à moi d’en juger ? J’aurai tendance à dire que oui, faisant partie d’une minorité et ayant un regard artistique naturellement orienté vers les modèles masculins. Très sincèrement, je ne me pose pas la question si je suis un artiste Queer ou pas Queer. Je suis déjà flatté qu’on me considère comme artiste tout simplement. Mes photos trouvent certainement une partie de leur public dans la communauté Queer, mais je me fais aussi une mission de les montrer à tout public afin d’ouvrir les esprits. Je ne cherche pas la revendication, je montre que nous existons.

Difficile de vivre de la photographie, en France, en 2019 ?

Heureusement pour moi, je n’ai jamais fait de la photo pour en vivre. Je vis ma passion avant tout. Je suis auto-entrepreneur pour être réglo, mais je fais uniquement les photos qui me plaisent et qui respectent mon univers artistique. Pour ne pas ternir ma passion, je me paie le luxe de refuser toutes les prestations de photos de mariages, de grossesses, de nouveaux nés qui pour moi sont des obligations économiques qui peuvent tuer une passion. Je sais pourtant que ces prestations sont indispensables pour les collègues dont la photo est leur activité principale. Je respecte leur courage et leur laisse leur gagne pain.

Quelles sont tes inspirations ?

Elles sont multiples et je papillonne sur le web nourrir ma curiosité d’image sans jamais connaître l’overdose. J’ai été frappé par créativité et l’audace de Pierre et Gilles ou de David LaChapelle. Je suis aussi curieux du parcours de Julien Benhamou et de Cédric Rouillat qui ont une longueur d’avance sur moi avec la particularité de shooter dans des lieux mythiques. Je vais aussi chercher l’inspiration dans le style et la musique de Years & Years, Fisherspooner, les Sexy Sushi (et autres groupes de Julia Lanoë), la Femme… Je suis très inspiré par la culture underground.

“Plus de 15 œuvres en tirage limité au format 90x60cm sont encore visibles jusqu’au 16 mars prochain” (au Château de Lamorlaye – NDLR).

Parles-nous de ton exposition au Château de Lamorlaye.

J’ai d’abord commencé l’année en exposant 4 de mes œuvres de danseurs nus masculins au Salon de la Photo de Gouvieux (à coté de Chantilly) qui regroupe le travail de 40 photographes et réunit plus de 800 visiteurs en 3 jours seulement. J’ai eu l’honneur d’être primé et de recevoir le prix de la meilleure série.

Le château de Lamorlaye m’a ensuite contacté pour savoir si j’avais une série d’œuvres plus conséquente, et si j’étais intéressé pour une résidence exclusive de ma série pendant plus d’un mois dans ce lieu magnifique. Je n’ai pas hésité à dire oui car mes tirages étaient déjà prêts. Le vernissage a été un succès. Plus de 15 œuvres en tirage limité au format 90x60cm sont encore visibles jusqu’au 16 mars prochain au premier étage du château (15 rue Michel Bléré, 60260 Lamorlaye). L’entrée est libre et gratuite tous les jours sauf le dimanche. Le château, son parc et l’expo méritent le détour. N’oubliez pas de laisser un mot dans le livre d’or.

Quelle est ton actualité à venir ?

Il est encore un peu tôt pour faire des annonces officielles, mais j’ai des projets qui se concrétisent pour des photos dans des lieux différents du studio, peut-être sur Paris, mais chut ! Je vais continuer mon travail avec les danseurs pour créer une nouvelle série artistique en prenant de nouveaux risques. Je vais également oser d’autres thématiques. Je souhaiterais aussi que mes œuvres exposées actuellement au château de Lamorlaye trouvent une nouvelle résidence sur la capitale cette fois-ci. Je crois assez aux opportunités artistiques car je progresse ainsi depuis que j’ai commencé la photo de modèles, je suis donc quelqu’un qui sera particulièrement attentif aux nouvelles propositions (lieux d’expo, lieux de shooting, modèles, projets). La vie n’est faite que de hasard et de rencontres, j’en fais des photos.

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Son site officiel.
– Instagram : @nicolas.dupuis.photographe