ACTUALITÉ, CULTURE

Emmanuel Barrouyer : “Si je prends des photos de gens nus, je veux que ça raconte une histoire.”

Il y a des jours comme ça où l’on se dit qu’on est vraiment stupide. “Pourquoi ?”, me demanderez-vous. Parce-que, pour être parfaitement exact, ça fait six mois que j’ai promis à un certain Emmanuel Barrouyer d’aller voir son exposition au bar des Souffleurs. Pour ceux qui me connaissent et qui savent qu’il faut vraiment me prendre la main pour me faire découvrir ce genre des choses, vous admettrez que ma décision, après tout ce temps, de faire le grand plongeon, fait figure d’exception. Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai été un peu idiot de ne pas me déplacer plus tôt pour me rendre compte que cet artiste fait partie de ceux qui vous donnent le vertige “échelle Empire State Building”. Je l’ai rencontré pour faire mon mea-culpa et ainsi recueillir son témoignage au sujet de son œuvre à la fois originale et terriblement sensuelle.

Propos recueillis par Victorien Biet

Emmanuel, pourrais-tu te présenter quelques mots ? 

Qui suis-je ? Bonne question… Tout d’abord, je suis comédien, de formation et de métier. C’est mon activité principale mais, du jour où j’ai eu un “creux” dans ma carrière, je me suis remis à la photo. J’en faisais déjà avant mais je n’exposais pas et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à montrer ce que je faisais. Aujourd’hui, c’est très facile : tu mets une photo sur les réseaux-sociaux, sur Facebook, et c’est vu dans le monde entier. Donc, refaire de la photo m’a permis de garder la tête hors de l’eau. Ça m’a également permis de revenir au collage, l’une de mes activité lorsque j’avais vingt/vingt-cinq ans, une époque où je n’en faisais que pour moi. Plusieurs amis sur les réseaux-sociaux qui faisaient des choses qui étaient en adéquation avec ma sensibilité et qui, eux, montraient leur travail. Alors je me suis dit “pourquoi pas”.

“Kiss me”

Dis-nous en plus sur ton métier. 

Je viens de jouer dans “Andromaque” et “Le Misanthrope” sous la direction de la grande tragédienne Anne Delbée. Sinon, j’ai un nouvel agent et je passe des castings. Tu peux d’ailleurs me voir en ce moment dans “Les Grands Esprits” d’Olivier Ayache-Vidal sur Canal+ avec Denis Podalydès. En attendant, du point de vue artistique, on est venu me chercher et j’ai fait beaucoup d’expositions à l’étranger (Los Angeles, Londres, Athènes, Varsovie…). J’ai un besoin perpétuel de création. Certaines personnes, quand elles voient ma page Facebook et tout ce que j’y poste, peuvent se demander ce que je suis. Suis-je un comédien ? Un photographe ? Personnellement, je n’ai pas besoin de me définir. Les deux se rejoignent. Je dirais juste que j’utilise la photographie comme moyen d’expression personnelle.

“C’est à seize ans que ma mère m’a offert mon premier appareil.”

C’est quelque-chose que tu as appris tout seul ? 

Absolument. Et puis, je me suis décidé à faire plusieurs stages à l’École des Gobelins, la grande école d’audiovisuel et d’art graphique de Paris. J’y ai appris beaucoup de nouvelles techniques qui m’ont permis d’affûter encore un peu plus mon œil. Ça m’a aussi apporté une sorte de légitimité dont j’avais besoin pour continuer dans cette voie.

“Marc” (Dirty Boys series)

Je crois que tu es un grand amateur du noir et blanc. Pourquoi ?

C’est à seize ans que ma mère m’a offert mon premier appareil et, déjà, je prenais mes amis en photos, en noir et blanc. J’aime beaucoup son rendu même si, en l’occurence, les photos que je présente aujourd’hui sont en sépia. Cet amour du noir et blanc m’amène parfois à me faire violence : j’ai récemment pris un homme, nu, dans la forêt, avec les arbres et la verdure autour de lui. Les couleurs étaient magnifiques mais je suis resté sur ma première idée. Pourtant, je fais aussi beaucoup de couleur ! En fait, tout dépend du projet et du sujet.

“Puis-je me présenter en tant qu’artiste Queer ?”

Silencio, qu’est-ce que c’est, exactement ?

J’avais en tête depuis très longtemps cette idée de me prendre en talons et avec des bas-résilles, éclairé par des néons dans mon garage, en espérant que personne ne me surprendrait (rire). Et puis je suis tombé sur un collectif d’artistes international qui s’appelle Balaclava.Q, fondé par Stiofan O’Ceallaigh, et qui cherchait des artistes Queer. Le thème était d’avoir le visage caché. D’abord, ça a été un grand questionnement sur le mot “Queer” dont la définition peut varier en fonction des individus. Puis-je me présenter en tant qu’artiste Queer ? Cela va-t-il altérer la perception des gens ? Et puis, j’ai remarqué qu’il était écrit “Artistes Queer ou autres”. Au départ, je me suis plutôt rangé dans la case “autres” sans trop savoir ce que je pouvais assumer ou pas. J’ai donc participé en réalisant ces photos, nu, le visage caché. Je pense d’ailleurs qu’avoir le visage dissimulé m’a beaucoup aidé, à l’époque. Dans le cas contraire, je crois que je ne les aurais pas faites.

“Bang-Bang”

Tu le ferais, aujourd’hui ? 

Depuis, j’ai posé nu à de nombreuses reprises donc je pense qu’on peut dire que je suis désinhibé. Je suis comédien et mon corps est mon outil de travail mais, comme beaucoup de personnes, j’ai une espèce de phénomène attirance/répulsion avec mon physique. D’une part, lorsque je suis sur scène, je suis très à l’aise avec mon corps. Je ne peux pas dire que j’entre dans les codes de la virilité tels qu’ils sont imposés par la société et la publicité (rire). Alors est-ce que je le ferais aujourd’hui ? Je ne sais pas. Ce que je peux dire, c’est qu’il faut un sens à tout cela. Si c’est juste poser nu pour poser nu, ça n’a pas d’intérêt. Je vois beaucoup de photos de nu qui, même si elles sont très belles, au moins techniquement, ne racontent rien. Si je prends des photos de gens nus, je veux que ça raconte une histoire. Peut-être que celle que s’en fera le spectateur ne sera pas la mienne mais j’aime bien faire des mélanges, par exemple lorsque je suis sous un néon, dans un couloir, habillé d’une queue de pie (rire).

“Lorsque je suis inspiré par quelqu’un, je le revendique, ce que ne font pas tous les artistes.”

C’est en réalisant cette série que je suis devenu le directeur artistique de Balaclava.Q pour la France. Je suis chargé de trouver des artistes qui voudraient faire partie de cette vitrine internationale. C’est de la visibilité pour eux et j’ajoute qu’elle est entièrement gratuite et qu’il n’y a pas de frais d’adhésion. Cette série, donc, c’était très concret, pour répondre à la demande du collectif. Ça, c’est le premier point, ma vision. L’autre partie de l’exposition consiste en une série de collages photo-digitaux en hommage à Pierre Molinier qui, lui aussi, faisait beaucoup d’auto-portraits, en bas, en talons, avec des godes. On m’a d’ailleurs fait la réflexion en me reprochant la trop grande similitude entre nos deux univers alors que ce que je fais est très personnel. J’assume l’inspiration, que je détaille d’ailleurs dans ma note d’intention. Mais ça n’est qu’un hommage.

“Silencio XIV”, un hommage à Pierre Molinier.

En parlant de tes inspirations : quelles sont-elles ? 

Je n’ai pas vraiment de noms à te donner. Mes inspirations sont véritablement cinématographiques et je pense d’abord à David Lynch, par exemple. Visconti, aussi. Lynch pour le côté “creepy” et Visconti pour le côté raffiné. Pourtant, ça ne sont pas des questions que je me pose en réalisant mes clichés. Est-ce que c’est malsain ? Est-ce que ça va provoquer quelque-chose de l’ordre du désir ? Je ne pense pas à tout ça et ça n’est pas non plus une volonté de choquer puisque je reste tout-de-même très soft dans ce que j’expose. Petite anecdote : lors d’une précédente exposition, la photo où je suis complètement nu, de face, était restée telle quelle et celle où je suis en train de “me faire du bien” avait été recouverte avec mon voile en dentelle (rire). Personnellement, j’aurais fait l’inverse puisque la masturbation entraine un flou. Du coup, j’avais tendance à penser que c’est “moins choquant”. À cela, la galeriste me répond “ah mais tu ne te rends pas compte, si jamais il y a des enfants…” (rire). Dans tous les cas, lorsque je suis inspiré par quelqu’un, je le revendique, ce que ne font pas tous les artistes. Il m’arrive même de faire du copié-collé, en étant au plus près des poses et des vêtements utilisés par l’artiste, ce que j’ai fait avec ma série “Andy Forever”, en hommage à la série culte d’Andy Warhol par Christopher Makos.

“Pour un jeune artiste, le talent ne s’apprend pas. Tu l’as à l’intérieur de toi.”

Que dirais-tu à un jeune qui voudrait se lancer dans la photo ?

Déjà, je ne te répondrai pas car, intimement, je pense que ce jeune photographe n’a pas besoin de conseils. Avec Instagram et Tumblr, je vois des photographes qui ont un talent fou. Et puis, tu cherches un peu et tu vois que le mec a une vingtaine d’années. C’est épatant. Pour un jeune artiste, le talent ne s’apprend pas. Tu l’as à l’intérieur de toi. Pour le reste, pour ce qui concerne les conseils plus terre-à-terre, je ne pense pas être la personne idéale. Il faut se lancer, voilà tout. Avoir foi en soi. Il ne faut pas se poser la question du résultat et soit on en veut vraiment, soit on a du talent et dans les deux cas, ça peut marcher. En même temps, comme m’a dit une galeriste un jour : “être artiste pour être artiste, ça ne suffit pas”. C’est bien d’avoir du talent et d’être créatif mais il faut une finalité concrète. Vendre, en l’occurence. En ce qui me concerne, je ne me pose pas cette question et je fais passer mon besoin créatif avant l’argent même si je serais très heureux de créer et d’en vivre. Mais c’est déjà énorme d’exposer ici.

“Silencio V”

Quels sont tes projets en ce moment ? 

Tout d’abord, j’exposerai mes collage à partir du 15 novembre à la TheCroq’ Gallery dans le Vème arrondissement de Paris. Ça durera jusqu’au 30 Novembre. Côté photos, je fais partie de l’exposition collective “Civil Disobedience : Creation vs. Evolution”, organisée par l’artiste Grec Menelas Siafakas, qui se déroulera à Athènes du 22 au 25 novembre. J’ai travaillé très récemment en tant que modèle avec Marc Kiska – mais je n’en dis pas plus pour l’instant – et je l’ai également pris en photo. J’ajoute que, très bientôt, vous pourrez retrouver mes photos dans Manolo Magazine, une revue anglaise qu’on peut trouver aux Mots à la Bouche et sur internet. C’est un photographe qui s’appelle Manel Ortega qui a fait cette revue et qui m’a demandé, pour son numéro trois, d’illustrer une nouvelle. Maintenant, il veut que je participe à chaque numéro et je serai dans le prochain qui sortira, je pense, fin décembre. En attendant, je suis très heureux d’exposer ici, aux Souffleurs. Pour moi, mes photos sont beaucoup mieux ici que dans un carton chez moi. En plus, elles vont bien avec l’atmosphère, comme mes collages. C’est une atmosphère où on ne voit pas très bien, dans laquelle il faut avoir la curiosité de s’approcher.

Je crois qu’il était également question d’une boutique en ligne ?

Oui ! J’ai réussi à vendre des collages. Ils se vendent plus facilement car ce sont des œuvres uniques et c’est une vraie fierté. J’ai donc décidé de créer une boutique en ligne et d’en faire des produits dérivés : des tee-shirts, des coques de téléphone, des coussins, des housses de couette… On verra bien si ça marche !

PLUS D’INFOS :
www.emmanuelbarrouyerart.com
Vernissage de l’expo “Emmanuel Barrouyer / Collages”
La boutique en ligne

ACTUALITÉ, CULTURE

Un Peuple et son Roi : la désillusion française.

J’avais véritablement hâte de découvrir ce nouveau film sur la Révolution Française, l’une de mes périodes préférées de l’histoire de France, l’une de celles que je connais le mieux. C’est donc en terrain ami que je pensais m’aventurer… Le retour à la réalité a été aussi brutal que désolant. C’en est presque effrayant.

Par Victorien Biet.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Non, franchement, à 48 heures post-visionnage, j’ai encore du mal à m’en remettre. La Révolution Française est une période si vaste, si riche, si incroyable et (bordel) si facilement adaptable à l’écran qu’il était humainement impossible de se louper ! Alors comment expliquer ce rattage intégral ? Comment justifier qu’on torche le socle de notre histoire contemporaine en deux heures de temps (si l’on oublie que la moitié du film n’est que pure fiction) durant lesquelles nos héros nationaux ne font pas que briller par leur absence mais aussi par le dégoût qu’ils peuvent nous inspirer ? De quoi devenir monarchiste.

Une insulte à l’histoire de France.

Je dois avouer que, du début à la fin de la séance, je suis resté pour le moins dubitatif même si, dans les faits, je bouillonnais intérieurement, bouche-bée. Car, finalement, et c’est peut-être ça le plus grave, Un Peuple et son Roi ne fait pas d’histoire. Il fait de la sociologie et de la philosophie… et un peu d’art aussi (mais j’y reviendrai après). Et attention ! Pas le temps de faire dans le détail ! Nous n’avons que deux heures pour raconter cinq ans d’histoire et montrer l’inutilité du personnage fictif de Gaspard Ulliel.

Les femmes de Paris prenants d’assaut le château de Versailles ? Connais pas. Les États Généraux ? Qu’est-ce que c’est ? Ça se mange ? La fondation de l’Assemblée Nationale ? Pas le temps. Non, on préfère consacrer un quart d’heure à Basile (Gaspard Ulliel) apprenant le métier de forgeron tel Bruce Wayne s’initiant au kung-fu dans Batman Begins. C’est même pas lamentable et pathétique. C’est juste insultant. Rien que pour cette raison, Un Peuple et son Roi, s’il n’est pas totalement inutile, est largement dispensable. Si vous cherchez un bon film pour apprendre à vos gosses l’histoire de leurs droits civiques (sans passer sous silence les crimes des Sans Culotte comme le fait Un Peuple et son Roi), je vous recommande plutôt La Révolution Française de Robert Enrico et sa suite de Richard T. Heffron. Ce sera plus pertinent, plus instructif et surtout moins chiant (étonnant sachant que cet autre film aura trente ans l’année prochaine).

I need a hero !

Là où le film se montre véritablement impardonnable, c’est dans la place qu’il donne aux grands noms de la Révolution Française. Si on vous a vendu Robespierre comme l’un des personnages principaux du métrage, c’est un mensonge. Trois scènes, au grand maximum ! C’est tout ce qu’aura Robespierre sans qui, rappelons-le, la Révolution ne serait jamais allée aussi loin dans l’horreur. On nous le présente vaguement comme un personnage important (puisque tout le monde, à la Convention semble se mettre d’accord là-dessus sans véritablement savoir pourquoi) mais le film n’ira pas plus loin. Pourtant, il peut s’estimer heureux puisque ça n’est rien par rapport au personnage de Danton qui devra se contenter de deux scènes (dont une muette). Et Mirabeau ? Que tchi ! Vous la sentez, la colère ?

Largement plus présent à l’écran, Marat nous est présenté comme une sorte de monstre à forme humaine enveloppé dans un joli costume à col en fourrure (me faisant l’effet d’un très bon Monsieur Scrooge, c’est vous dire le désastre). À moitié fou (voire complètement cinglé par moments), le personnage est totalement dénué d’humanité et sa sauvagerie n’a d’égal que sa lâcheté et son talent pour la manipulation. Si l’on ne peut nier l’aspect sanguinaire de Marat et son implication dans les Massacres de Septembre (eux aussi jamais montrés à l’écran), il ne faut pas non plus oublier son côté lumineux et ses motivations réelles, lui qui sait mieux que personne ce que représentent la pauvreté, le malheur et la merde dans laquelle vivaient les parisiens (dans une plus large mesure que les français dans leur globalité) à cette époque.

Mais puisqu’on vous dit que c’est de l’art !

Pour être tout à fait franc, je me suis rarement autant ennuyé que devant Un Peuple et son Roi (et j’ai vu Des Hommes et des Dieux, c’est dire). Pourtant, par moments, le réalisateur essaye de nous divertir, le bougre ! Dommage qu’il le fasse aussi mal, cependant. Il est des scènes, comme celle du souillage de Louis XVI par ses ancêtres, qui font plus pitié qu’autre chose. Pierre Schoeller tente le tout pour le tout pour sauver son œuvre du massacre. Même en poussant la chansonnette (à tel point que j’ai fini par penser que le film était une comédie musicale). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne marche pas.

Et si ça ne marche pas, ça n’est pas sans raison puisque, non content de tenter de présenter la Révolution Française du point de vue sociologique en parlant du peuple en lui-même, le réalisateur essaye de faire de son film une œuvre d’art à grands coups de plans sympathiques (et surtout totalement hors-sujet) sur le soleil (oui, l’astre) et sur les habitants du quartier de la Bastille dissertants pendant quinze minutes sur le fait qu’enfin, ils peuvent voir la lumière du jour maintenant que la forteresse est démontée (on ne verra rien de la Prise, bien-entendu). D’ailleurs, l’incrustation digitale de la Bastille est une véritable horreur qui fera frémir n’importe-quel amateur en effets spéciaux. Enfin bon, on va pas chipoter.

Là où le film a véritablement commencé à me taper sur le système, c’est lorsqu’il a commencé (assez tôt, vous en conviendrez) à essayer d’être joli et original de par une découpe confuse et un assemblage pour le moins absurde (“Regardez, j’ai fait des études de cinéma ! Ma manière de filmer est tellement originale et spirituelle !”). Dans les faits, cela donne un résultat confus et ça n’est surement pas à cause du Syndrome de Stendhal que vous aurez mal à la tête à la fin de la séance, croyez-moi. Honnêtement, je pense que ça n’est pas en s’enfermant toujours plus dans une vision obtuse, universitaire et intellectualisée de la réalisation (on ne va pas au cinéma pour voir un compte-rendu de cours magistral, merde) que le cinéma français retrouvera ses lettres de noblesse.

Et maintenant, le peuple !

Vous êtes prévenus, Un Peuple et son Roi est une œuvre de fiction ! N’y allez surement pour vous instruire, sauf si vous manquez d’un cours d’éducation sexuelle dispensé par Gaspard Ulliel et cette autre actrice qui rivalise d’inutilité scénaristique avec son partenaire. Dans ce film, il est question du peuple avant tout et il a des choses à nous dire ! Enfin, dans les faits, tout cela reste confus même si l’on comprend bien les motivations des révolutionnaires et plus particulièrement des personnages mis en avant (sauf Basile qui reste un mystère insondable).

Là où le film se montre intéressant, en revanche, c’est lorsqu’il met en avant l’aspect hautement manipulable des émeutiers qui, en particulier sous l’influence de Marat, sont prompts à croire tout ce qu’on leur raconte pourvu que cela alimente leur fantasme de la corruption étatique et les élèvent au rang de garants de la vertu civique. C’est presque pertinent sachant qu’il est tout à fait possible de faire un parallèle avec notre époque où les hoax sont quotidiens et font parfois la une. Ça serait parfait si c’était historiquement vrai. Malheureusement, ça n’est pas le cas et il est beaucoup trop simpliste de résumer la Révolution Française à Marat et à son talent présumé pour la manipulation des masses.

Pour conclure, je n’aurais qu’un vœux : que le réalisateur s’en tienne aux Années Lumières et laisse tranquilles la Terreur, le Consulat et l’Empire. Rien que de penser qu’il pourrait adapter la vie de Bonaparte, j’en ai des vertiges.

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Halloween : Michael Myers à son meilleur.

Neuf ans que nous l’attendions et il est enfin parmi nous ! Neuf ans ? Que dis-je ? Quarante ans ! Quatre décennies qu’on patiente pour enfin avoir le droit à une suite digne de ce nom au chef d’œuvre de John Carpenter ! Pas seulement un remake, un reboot ou une suite oubliable comme ça a pu être le cas par le passé. Autant dire que j’attendais David Gordon Green, le réalisateur de ce nouvel opus, au tournant ! Vais-je être obligé d’aller bruler sa maison avec toute sa famille à l’intérieur ? Mon verdict…

Par Victorien Biet.

Alors déjà, Universal, tenter de me corrompre en invitant Jamie Lee Curtis au Grand Rex pour mettre le feu à la salle dans l’espoir de biaiser mon jugement, c’était bien essayé ! Bravo à vous… C’est même sacrément bien joué, en fait. Et là, je hurle intérieurement pour essayer de me convaincre (vainement) que vous avez échoué. En même temps, comment ne pas fondre devant cette incroyable grande dame ? Comment ne pas succomber lorsqu’en pleine transe, emportée par l’émotion, en plein discours sur l’aspect hautement féministe de son personnage, elle s’emporte et pousse un cri de rage contre le harcèlement sexuel si répandu dans son milieu naturel, Hollywood ? Alors j’ai craqué ! Mais n’ayez crainte, je me suis ressaisi ! Mais pas pour longtemps ! Je n’étais pas préparé à découvrir Halloween…

Retour aux sources. 

Jamie Lee Curtis, dans une interview donnée à Canal+, nous avait prévenu : dès les premières minutes, on allait comprendre le projet derrière ce nouveau film et que, clairement, les choses avaient été faites dans les formes, en conscience, dans les respect et dans l’amour de l’œuvre originale, sans jamais oublier l’aspect mythiques des suites désormais cultes bien que dispensables réalisées durant les quarante dernières années. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne s’est pas foutu de nous. Dès la toute première seconde, dès le premier mot du générique d’ouverture, on comprend ce qu’a fait David Gordon Green. 

Des lettres grossières et orangées so 70’s apparaissent à l’écran pour rendre hommage au travail de Mustapha Akkad sur la franchise durant presque un demi siècle puis le film commence, doux, lumineux, apaisant… malsain. Du Carpenter tout craché. Le réalisateur a eu à cœur de reproduire l’atmosphère du film original et ça se sent, et c’est bien fait, et ça fait du bien, bon Dieu ! Car, contrairement à un film comme La Nonne, qui vaux ce qu’il vaux, entendons-nous, Halloween ne cherche pas à faire sursauter mais à créer le malaise. Et lorsque le titre apparait après une scène d’ouverture sublimement dérangeante, on sait qu’on est en face de quelque-chose d’important. Les bases sont posées, le spectateur est remis à sa place, le film peut commencer. Générique.

Un point sur le générique. 

C’est un point déterminant sur lequel je me préparais à raller, sachant que, à mon sens, un bon Halloween commence inévitablement par l’iconique « plan citrouille » et la musique originale pondue sur un coup de génie par Carpenter en personne. Le Master of Horror, vous le savez, est de retour à la composition et David Gordon Green a tenu à lui faire honneur. La citrouille est là, la musique est là, tout est là ! C’est exécuté de manière élégante et innovante (bien qu’un peu trop factice à mon gout). Ça n’est pas une copie conforme mais c’est un hommage respectueux et c’est tout ce qu’on lui demandait ! 

Histoire d’une dépression.

Halloween n’est pas qu’un simple film d’horreur sur un serial-killer qui trucide des ados défoncés à la weed entre deux parties de jambes en l’air. C’est un film qui a un message et Jamie Lee Curtis se charge de vous le faire comprendre durant la première moitié du métrage qui, c’est dommage, ne développe pas, c’est mon avis, suffisamment les liens entre Laurie Strode et sa fille. Pourtant, ce détachement apparement sans raison, ce rejet d’une fille pour sa mère, cache un lourd passé, quelque-chose de plus profond. Nous n’en saurons pas plus mais, parfois, un regard, un geste, une larme, vaux mieux que mille mots.

En abordant des thèmes tels que la dépression ou l’alcoolisme, le réalisateur confère à son film une aura plus militante et moins gratuite. D’ailleurs, c’est tout autant le cas lorsqu’il aborde le thème des tueries de masse. En effet, jamais un Halloween (hormis peut-être ceux de Rob Zombie… quoi que…) n’a été aussi brutal et jamais Michael Myers n’a tué tant de gens aussi gratuitement… Quitte, parfois, à trahir un peu le personnage original qui était bien plus discret et méthodique, à mon sens.

« J’suis pas v’nu ici pour souffrir, ok ? »

Car, le moins que l’on puisse dire c’est que ce film est violent ! D’ailleurs, il est bien plus que violent. Gore, parfois très crade, malsain, inhumain (à l’échelle des spectateurs de films grand public, évidemment), Halloween est véritablement différent de ce qui avait pu être fait jusqu’à présent. D’ailleurs, malgré qu’il s’agisse d’un Blockbuster, il se permet de lever un certain nombre de tabous. Ici, personne n’est épargné, pas même les enfants. D’ailleurs, il vient un moment dans le film où le réalisateur nous met un gros coup de pression. On se demande s’il osera aller plus loin, en mode A Serbian Film, quitte à perdre les spectateur… Heureusement, il s’en est tenu là. L’excès, même en ce qui concerne le cinéma d’épouvante, n’est jamais bon.

L’aspect récurant des films Halloween, c’est que, de manière générale, ils ne sont pas insoutenables et donc pas durs à regarder (oui, même le remake et la suite de Rob Zombie). Pour le coup, ce nouvel épisode est à déconseiller aux âmes sensibles qui pourraient s’offusquer de voir à l’écran un personnage pour le moins sympathique (et pas dégueu) se faire suspendre à une cloison par un couteau planté dans la nuque (et bon appétit) telle une jolie décoration murale. Pour autant, on ne sombre pas dans le gore pour le gore et ce qui compte avant tout, c’est le frisson provoqué par l’ambiance. Et ça marche, bordel !

À la source des peurs.

Il y a une raison à cela, d’ailleurs. Le film, comme avait si bien su le faire It, Chapter 1, joue sur des peurs intestines, des traumatismes d’enfance, pour toucher son public. La peur du monstre dans le placard par exemple ! Ou le tueur sur la banquette arrière ! Tout cela est fait avec une telle maitrise, une telle connaissance de la psychologie du spectateur que s’en est presque effrayant. Il est d’ailleurs fort dommage que l’une des scènes les plus impressionnantes du film (celle du placard, justement) ait été montrée dans la bande-annonce car tout le sel de ce passage réside dans le postulat que non, il ne doit rien y avoir dans le placard et qu’il n’y aura probablement rien. Pas à ce stade, pas si tôt. Comment serait-ce possible ? Si la surprise n’avait pas été gâchée par le trailer, je pense que je n’hésiterais pas à qualifier cette scène de brillante.

Un point sur la scène du placard. 

Non, ça n’est pas tout car il y a un hic ! Un très gros hic ! Nombreux ont été étonnés de constater que, dans la bande-annonce, l’effet de peur soit gâché par le fait que l’on puisse apercevoir le tueur dans le placard quelques secondes seulement avant le screamer. Rassurez-vous, il n’en n’est rien dans le produit final. Et pour cause : les plans sont totalement différents. J’ai donc été de très mauvaise foi en disant que l’effet était gâché. C’est loin d’être le cas et j’apprécie grandement le piège tendu par le trailer qui m’a fait sortir de ma zone de confort. C’était brillant. Je remarque d’ailleurs que de nombreuses images utilisées dans la bande-annonce ne sont visibles à aucun moment dans le film… Cela annonce beaucoup de bonheur pour les amateurs de scènes coupées lors de la sortie vidéo !

Mais vous êtes qui, au juste ?

Le gros point noir du film, en revanche, se situe dans le traitement des personnages les moins importants. Je m’étonne, par exemple, que ceux que l’on nous présente comme des protagonistes de haut rang dans la bande-annonce, les deux journalistes, soient éliminés si rapidement. En même temps, ils le sont avec une telle violence, une telle brutalité, une telle inhumanité, que l’on se demande presque si ça n’était pas voulu. Encore un nouveau moyen d’atteindre le spectateur qui a pu s’attacher à eux rapidement. Le doute plane encore sur le sort du monsieur dont on ne nous dit pas s’il s’en est sorti. On espère que non sachant que ce personnage est véritablement insupportable et détestable au possible. On est presque soulagé de le voir se faire démolir par Michael Myers.

Des acteurs au top. 

Au niveau des acteurs, je n’ai pas grand chose à redire, en effet. Ça a été un très grand plaisir de voir Jamie Lee Curtis reprendre son rôle de Laurie Strode. Elle excelle dans le jeu de la grand-mère alcoolique un peu dingue. En revanche, ce qui n’altère en rien leur interprétation, Judy Greer et Andi Matichak, jouant respectivement Karen et Allyson Strode, sont éclipsées par l’importance donnée à Laurie, ce qui a pour résultat de les faire oublier pour un temps, leur relation ne prenant pleinement son sens qu’à la fin.

À la vérité, on aurait pu penser que Blum House ferrait de cette œuvre un film pour ados avec des gamins sans personnalité, qui pensent avec leur bite, n’ont aucun sentiment ni aucune complexité. C’est tout l’inverse que nous offre David Gordon Green. Tous, ici, ont leur importance. Ils sont sympas, ils sont drôles, ils sont touchants, ils sont tout sauf de pauvres clichés d’ados à la 13 Reasons Why. Même le petit gros libidineux, métaphoriquement weinsteinien, a sa profondeur et apporte quelque-chose de neuf au scénario. Sur ce point, c’est carton plein pour Halloween.

Pour les vieux comme pour les jeunes. 

Là où le film fait fort, c’est en transposant la réalité des spectateurs de ce nouveau Halloween, soit trois générations différentes réparties sur quarante ans, dans le cadre de la famille Strode qui va devoir combattre Michael Myers à elle toute seul. Ça n’est pas peu dire, d’ailleurs, car deux de ces femmes sont sur-entrainées et la dernière présente des aptitudes certaines au maniement du couteau de cuisine. C’est pour cette raison, je pense, que le film plaira à tous. Pas seulement aux fans du film original qui y verront la meilleure suite jamais portée à l’écran et pas seulement non plus aux petits jeunes amateurs de sensations fortes qui seront initiés à un cinéma d’horreur de papa rafraîchi avec les codes d’aujourd’hui. Pour la première fois, un épisode de la franchise va mettre tout le monde d’accord.

Un petit point sur la famille Strode. 

C’est une véritable question que je me pose et qui me triture les méninges depuis quelques jours. Pourtant, aujourd’hui, maintenant que j’ai pu découvrir le film, je comprends pourquoi les trois héroïnes du film portent le nom de Strode. Là encore, il s’agit d’un acte militant, un acte féministe. Laurie est une femme forte qui n’a pas besoin des hommes pour se défendre, les surpassant largement. Je peux me tromper mais je suppose qu’elle affirme sa force en conservant son nom de famille (bien qu’elle ait été mariée deux fois, d’après elle) et en l’imposant à sa fille qui, c’est drôle, a fait le choix de l’imposer également à sa propre fille malgré l’aversion qu’elle peut avoir pour sa mère. Psychologie de comptoir, bonsoir.

Une fin convenable qui pose question.

Là où tous ne tomberont certainement pas d’accord, c’est sur la fin. Quelle fin, mes amis ! Et, pour le coup, je ne suis pas pleinement convaincu même si je me réjouis qu’il s’agisse d’une fin ouverte qui laisse présager d’une future suite dont on espère qu’elle retiendra les leçons si bien apprises par ce nouvel épisode. Sur le plan du montage, premièrement, je trouve que la dernière scène, celle qui précède le générique, est beaucoup trop rapide et convenue. Rien qui ne puisse être corrigé avant la sortie en salle, j’imagine. Mais qui m’écoutera ?

Pour autant, il reste que la fin ne laisse pas de grande marge de manœuvre pour une suite malgré l’absence de réponse à la question suivante : il est mort ou pas ? Car, puisque l’issue est relativement la même que celle d’Halloween 2 (Rick Rosenthal) et que la suite devra prendre en compte le fait que Michael Myers soit maintenant amputé d’une partie de sa main gauche, on voit mal comment une suite pourrait justifier son retour… Hormis si Blum House décide d’ouvrir un nouvel espace-temps de la saga ou de se la jouer Halloween 4 avec une guérison miraculeuse à des brulures au 666ème degré. Dans tous les cas, si c’est Green qui reprend les commandes, je ne me fais pas trop de soucis. Il a toute ma confiance. La relève est assurée.

CULTURE, ILS M'ONT ENVOYÉ LEUR LIVRE

OUTLANDISH /ROOM/ : Beauté métaphysique.

Commemoration Day2008

Voilà un ouvrage que j’ai été très heureux de recevoir. Ça n’est pas la première fois que je croise le chemin de Marc Kiska. Déjà dans Garçon Magazine n°14, je rendais hommage à son travail sur Les Vestiges d’Alice sorti en 2017 aux éditions Tabou. Avec ce recueil photographique, l’auteur revient sur l’un des clichés les plus ringards du monde gay : le fantasme du macho. Dans une communauté où l’on veut imposer le règne de la masculinité, Outlandish résonne comme un coup de gueule en soutien à ces garçons androgynes et contre la vision dépassée du “vrai mec” viril et poilu à grosse voix. Découverte passionnée.

Par Victorien BIET

Dans une atmosphère très dark typiquement “Marc Kiska” nous retrouvons, après un long texte expliquant les motivations du photographe, toute une série de clichés, immortalisant la beauté de ces garçons aux contours rappelant avec grâce les plus vieux stéréotypes de la féminité. Cheveux longs, torses imberbes, pas un poil au menton, maigreur frôlant parfois le rachitisme… C’est ça, Outlandish. Le tout mis en scène dans un monde sombre et étrange où la nature semble avoir repris ses droits. N’est-ce pas cela, le message renvoyé par Marc Kiska, finalement ? Ces garçons sont ce qu’ils sont au naturel. Ils ne l’ont tout simplement pas choisi.

Une critique de notre vision binaire de la sexualité. 

Cet ouvrage soulève un autre point très intéressant en nous questionnant sur la sexualité de ces jeunes hommes androgynes, vivant parfois leur féminité comme une épreuve, un fardeau. Premièrement, celui que nous pourrions abusivement qualifier de “twink” est-il nécessairement homosexuel ? De fait, une sensibilité renforcée et des traits fins ne définissent pas une orientation sexuelle. Pourtant, la société catégorise si facilement ces garçons efféminés. Triste témoignage de l’homophobie ordinaire également subie par les hétérosexuels hors-norme.

Deuxièmement, ces garçons sont-ils condamnés, subissant une nouvelle fois les conséquences d’un physique qu’ils n’ont pas choisi, à “jouer les passifs” ad vitam aeternam, ne leur en déplaise ? Tout comme il est facile de dire d’une personne qu’elle est homosexuelle, porter un jugement sur elle en prétendant qu’elle est nécessairement passive, du fait de son apparence physique, c’est de l’homophobie. Une homophobie malheureusement très répandue chez les homosexuels eux-même qui n’hésitent pas à jouer des clichés quitte à les maintenir en vie. En cela, Outlandish est un témoignage fort et brulant qui fera beaucoup parler, je n’en doute pas.

Visuellement somptueux. 

En photographe amateur, j’ai rarement été autant impressionné par une œuvre que par celle de Marc Kiska, l’auteur aux multiples casquettes. Ses photos sont d’une poésie à peine croyable et ce monsieur fait preuve d’une telle imagination, d’un tel travail et a une telle maitrise des concepts qu’il emploie que je pourrais sans crainte le qualifier de génie. C’est visuellement et métaphoriquement beau. Ce travail non seulement sur la féminité mais aussi sur la pureté, au milieu du chaos, est somptueux et doit être vu et reconnu comme tel.

La manière dont le photographe a choisi de mettre en scène ses photos me rappellerais presque l’œuvre de Slava Mogutin qui, dans son Lost Boys, racontait son histoire et ses passions, au fil des pages, trouvant savamment l’alchimie entre les beaux visages de ces garçons slaves et les décors décrépits dans lesquels il les mettait en scène, parfois dans des positions peu enviables. Le tout, résultant une œuvre percutante et hautement symbolique au niveau politique. C’est la même vision qui, à mon sens, anime Marc Kiska. Et c’est très réussi.

Une œuvre ésotérique. 

Là où Marc Kiska se distingue de Slava Mogutin, en revanche, c’est dans l’aspect véritablement surnaturel qu’il donne à ses photographies. Là où certains pourraient ressentir le malaise, être gênés, à la vue d’un homme à tête d’oiseau semblant sortir du cadre, par exemple, les yeux les plus avertis sauront entrevoir la beauté, l’élégance et la simplicité de la jeunesse à l’état naturel. Une jeunesse libérée de la pression sociale, morale et surtout religieuse.

Car il n’est pas rare, ici et là, de voir quelques références à la religion dans Outlandish. Il me revient en mémoire, et je pense que c’est peut-être le meilleur exemple, cette photographie d’un jeune homme blond, ligoté sur un lit, les mains en prière, par une guirlande qui, dans son prolongement, forme une croix au dessus de sa tête, dans un décor presque monastique. Ce jeune-homme, cet enfant, est attaché à une croyance qui le dépasse, en laquelle il ne croit peut-être pas, qu’on lui a imposé sans doute. Il est prisonnier d’une religion qui refuse de le laisser s’enfuir et qui le maltraite pour son apparence, sa différence. Cette même religion qui, sur ce lit, lui rappelle sans cesse de ne pas commettre le pêché de chaire.

C’est cela, l’œuvre sublime et irréelle de Marc Kiska. Charmé et passionné par cet ouvrage, je suis en admiration devant ce travail de fourmi. Tant de temps a été investi dans la réalisation de ces micro-univers et avec un tel soucis du détail pour un résultat si prenant, si frappant, que je ne saurais rester indifférent face à ce que je considère comme un ouvrage de référence en matière de photographie artistique. Un chef-d’œuvre !

Plus d’infos :
– marckiska.com

ACTUALITÉ, CULTURE, MON ACTU

Halloween s’offre une avant-première mondiale au Grand Rex !

La nouvelle est tombée il y a quelques jours et a été confirmée lors de l’avant-première de la Nonne, le lundi 17 septembre : Halloween de David Gordon Green aura le droit à son avant-première au Grand Rex, à Paris. Mais pas n’importe quelle avant-première puisque cette dernière sera mondiale !

Par Victorien Biet

En effet, c’est avec la plus grande joie que j’ai appris que ce tout nouveau Halloween que nous attendons depuis neuf ans maintenant allait être diffusé pour la première fois, en exclusivité mondiale, à Paris, au Grand-Rex et en Grand Large, s’il vous plait ! Mais si cette nouvelle est déjà une grande joie pour nous-autres petits français qui ne sommes pas habitués à autant de touchantes attentions, la rumeur dit que de nombreuses surprises viendront ponctuer la soirée !

Il me revient d’ailleurs en mémoire la diffusion d’un message de la part des acteurs du film et du King en personne lors de l’avant-première de It, Chapter 1, il y a un an tout juste. Message accompagné d’un poster exclusif offert à tous les spectateurs. Quelles surprises va donc nous préparer l’équipe du Grand-Rex pour ce 1er Octobre ? Le mystère demeure. Pourtant, il est permis de faire quelques suppositions…

S’agissant d’une avant-première mondiale, je peux théoriser avec une quasi certitude que Jamie Lee Curtis sera présente en personne lors de l’Avant-Première ainsi que Jason Blum et l’équipe du film au grand complet. Nick Castle, le Michael Myers original, sera-t-il de la partie ? Le doute est permis. Et si je suis quasiment certain que le poster du Comic-Con San Diego 2018 sera lui aussi distribué aux spectateurs, il n’est pas à exclure que le tueur au couteau de cuisine en personne ne vienne les terroriser durant la projection !

Autant vous dire que j’attends ce lundi 1er octobre avec la plus grand impatience et que j’espère ne pas être déçu par ce film qui aura mis neuf longues années à se matérialiser. Descendu à 79% de critiques positives sur Rotten Tomatoes quelques temps après sa première projection au Toronto International Film Festival, Halloween est depuis remonté à 84%, talonnant le merveilleux It, Chapter 1 (85% de critiques positives), reconnu comme l’un des plus grands succès du cinéma d’horreur de tous les temps. En sera-t-il de même pour le film de David Gordon Green ? Réponse dans une semaine.

ACTUALITÉ, CULTURE

La Nonne : fraiche ou pas fraiche ?

La saga The Conjuring est un phénomène à part dans l’univers des films d’épouvante. James Wan, le réalisateur des deux opus principaux, a réussi le pari de créer un univers étendu à partir de l’histoire du couple Warren, célèbres démonologues biens réels. Ça n’est pas rien lorsque l’on sait qu’à l’origine, The Conjuring : Les Dossiers Warren ne devait être qu’un one-shot moyen-rentable entre deux Paranormal Activity. Succès critique et commercial, le film est aujourd’hui une référence en matière de cinéma d’horreur et, après une première suite surpassant l’original et deux produits dérivés estampillés « Annabelle », du nom de la fameuse poupée maléfique, c’est au tour de La Nonne, principale antagoniste du second opus de se payer un spin-off. Alors, ça vaux quoi ? J’ai pu assister à l’avant-première française au Grand Rex, je vous dis ça ! 

Par Victorien Biet

La salle est pleine, le public est remonté à bloc, le pop-corn jonche déjà le sol et, après un petit discours d’introduction nous rappelant que le Grand Rex accueillera, chose incroyable, la Première mondiale d’Halloween de David Gordon Green le 1er octobre prochain et que l’on nous réserve une incroyable surprise pour l’occasion, le Grand Large, majestueux, descend sous les applaudissements. Chaque fois, c’est la même émotion et j’en aurais presque une petite larme. Là, je prends pleinement conscience que je suis une vraie petite flippette et que je risque de mourir de terreur, devant un écran aussi grand, le volume poussé à son maximum. Je me rassure en me disant que la sympathique bande de geeks juste derrière moi ne m’en tiendra pas rigueur si je pousse de petits cris ridicules. Après tout, ils ont l’air très rigolo.

Une introduction rondement menée.

Dès les premières minutes, nous prenons pleinement conscience, contrairement à ce qui a pu être fait pour la série Annabelle, que nous sommes face à un film appartenant à l’univers The Conjuring. Tout d’abord avec l’apparition de Vera Farmiga (Lorraine Warren) et Patrick Wilson (Ed Warren) en petit caméo. Mais aussi et surtout avec l’ambiance qui se dégage de la scène d’ouverture lors de laquelle une nonne se suicide inexplicablement. Cette scène, d’un grand potentiel horrifique, renforcée par le retour du démon Valak (déjà vu dans The Conjuring 2), vous marquera sans le moindre doute… mais surement pas autant que la découverte du cadavre de la religieuse dans un sale état, toujours pendu et dévoré par les corbeaux (je vous passe les détails), plusieurs semaines plus tard. Sachez-le : La Nonne ne vous fera pas de cadeaux et, pour la première fois dans la franchise, on n’hésitera pas à abuser des effusions biens gores pour vous faire vomir bien comme il faut.

Visuellement : entre Lovecraft et Coppola.

Nombreux sont ceux qui, en lisant ce sous-titre, doivent s’arracher les cheveux (et désolé à ceux qui, victimes de leur tempérament, ont fait valser leur ordinateur par la fenêtre). La vérité, et c’est absolument évident, c’est que le réalisateur a nécessairement puisé dans l’imaginaire de Coppola pour produire son métrage. Il l’a d’ailleurs avoué lui-même : Dracula a été une véritable influence pour lui. Ça n’est pas peu dire que d’avancer que visuellement, le film tient la route. Et c’est avant tout grâce à son univers sombre et gothique qui me fait tant penser à l’œuvre de Lovecraft. Les longs couloirs obscurs éclairés par des torches aux flammes lancinantes, des lacs souterrains, un vieux cimetière abandonné, une créature sortie des entrailles de la terre pour détruire l’humanité… Tout cela est très réussi et participe justement à ce sentiment d’horreur et d’insécurité permanente. Pour cela au moins, j’ai envie de dire « chapeau l’artiste ». 

Ça, c’est de l’horreur ! 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce film fait peur. Véritablement. Esprits démoniaques et fantômes du passé hantent les couloirs sans fin de ce vieux couvent où, contrairement à la maison de The Conjuring 2, ils sont définitivement dans leur milieu naturel. Ici, le danger est partout et peut sortir de n’importe quel coin, à n’importe quel moment. Pourtant, il est assez regrettable que le film joue moins sur son aspect horrifique que sur son potentiel à nous faire hurler de terreur à cause d’un screamer bien placé, quitte à gâcher le spectacle et, par la même, le plaisir du spectateur, de temps à autres. 

Un humour parfois gênant…

Si le film est un véritable plaisir à regarder, que l’on soit – ou pas – un froussard, il n’en demeure pas moins qu’un gros problème met en péril tout le travail du réalisateur qui avait pourtant de quoi faire de son œuvre un bon petit métrage bien sympa qu’on a plaisir à voir et à revoir seul ou entre potes pour se filer la pétoche : l’humour. 

L’horreur et la comédie, de manière générale, sont des concepts que l’on peut aisément mixer pourvu que l’on fasse cela intelligemment. Cependant il convient de respecter certaines règles. L’une d’entre elles étant que si l’antagoniste principal (Valak, dans le cas présent), menace muette omniprésente, commence à sortir des punshlines du genre « you will die, frenchman », ça ne va pas du tout. Il en ira de même si l’un des protagonistes se transforme soudainement, à vingt minutes du dénouement, en Rambo pour dégommer du zombie démoniaque à coups de fusil de chasse. Malheureusement, La Nonne fait les deux (et encore, vous ne savez pas tout) et ça n’est pas son background passionnant qui suffiront à réparer ce souillage en règle de l’un des démons les plus malfaisants du cinéma d’horreur.

Des acteurs pas franchement convaincants.

C’est sans réelle surprise que nous apprenons que seuls trois personnage (si l’on oublie les figurants) auront la charge de se débarrasser de l’immonde saloperie qui infeste ce magnifique couvent roumain. Et pour dire la vérité, je n’ai absolument pas été convaincu par la performance de Demián Bichir (Father Burke) qui possède un véritable don pour rendre son personnage antipathique au possible. On aurait même pu se réjouir que son acolyte ne le retrouve pas, enfermé dans son cercueil. Ça n’aurait pas été un grosse perte, d’autant qu’il n’aura de cesse, tout au long du film, de nous démontrer son inutilité. 

Taissa Farmiga (Sister Irene), en revanche, semble à l’aise dans son rôle de novice. Si son personnage ne rend pas hommage à l’intelligence de la femme (c’est peu de le dire), elle remplit son rôle et nous livre une performance classique, sans plus. 

Jonas Bloquet (Frenchie), tout droit sorti d’un boy’s band des années 90, chaud comme un lapin et sauvage comme un fermier roumain (je suppose), accompagne nos deux héros dans leur périple avant de se carapater, terrorisé par le souvenir du cadavre de la religieuse suicidée. Pas franchement utile à l’intrigue, le beau gosse sait être drôle quand il s’en donne la peine et révèlera, dans un twist plutôt inattendu, la véritable raison de sa présence dans le film lors des cinq dernières minutes (c’est pas nécessairement une bonne chose)…

Une conclusion parfaite !

Et justement, quel twist ! J’ai pu lire, depuis quelques semaines, quelques articles questionnant la timeline de la saga et la manière dont nous pouvions classer les différents épisodes (juste histoire de ne pas être trop perdus). Le fait est que La Nonne, de par sa conclusion qui explique tout, nous livre un éclaircissement inattendu et pour le moins satisfaisant qui permet au personnage de Frenchie de devenir absolument indispensable à la suite des évènements se déroulant dans les deux épisodes principaux. Si la franchise continue dans cette voie et développe encore un peu plus son univers étendu, il est fort possible que nous arrivions à une construction pour le moins sympathique. J’attends avec impatience des nouvelles du spin-off sur l’Homme Tordu dont on dit qu’il est pour l’heure en stand-by. Le développement de ce personnage, pourquoi pas dans un film d’animation ou dans un univers légendaire, pourrait être très intéressant !

ACTUALITÉ, CULTURE, MON ACTU

Parcours Horrifique 2018 : le compte à rebours est lancé.

Amis fans d’épouvante, cette année 2018 va vous combler ! Comme tous les ans, vous-vous ruez sur les cinémas à compter de la mi-Septembre pour profiter pleinement de ce que les studios hollywoodiens ont pu vous concocter et que vous attendez parfois depuis plusieurs années. Bien-entendu, il peut arriver que vous-vous retrouviez avec un vieil Annabelle pas frais mais vous-vous en contentez car vous n’aurez rien d’autre et puis c’est tout. Fort heureusement, cette fin d’année sera fort différente des précédentes et annonce du très lourd ! Sortez le pop-corn et préparez-vous à trembler !

Par Victorien Biet

En ce qui me concerne, entre moi et les films d’épouvante et d’horreur, c’est une véritable histoire d’amour qui remonte à l’enfance, époque divine où mater Scream 2 était à peu près aussi agréable que de devoir me taper en intégralité la version non-censurée de Philosophy of a Knife. Autant vous dire que je me frotte les mains d’avance en imaginant les bonnes surprises que nous réserve cette fin d’année ! C’est parti pour mon Parcours Horrifique 2018 !

La Nonne de Corin Hardy.

Pour être parfaitement honnête, je n’attends pas grand chose de ce nouvel épisode de l’univers étendu Conjuring. Les deux films principaux étaient excellents, notamment grâce à l’histoire partiellement vraie du couple Warren, totalement absent de la franchise Annabelle qui, elle, ouvrait la lignée des spin-off qui n’apportent rien de bon à la franchise. Pourtant, je garde espoir que le personnage de Valak (la nonne, donc), que nous avions pu découvrir dans Conjuring 2 et que je trouvais véritablement brillant, permette au réalisateur de ce tout nouveau métrage d’emmener l’univers étendu dans une nouvelle direction plus reluisante.

Je suis plutôt heureux, en vérité, que l’histoire de La Nonne se déroule dans le passé et dans un cadre inconnu véritablement malaisant. Cela, à mon sens, donne plus de crédibilité à l’entité démoniaque, petite saloperie au demeurant, qui y est toute à sa place et saura parfaitement nous faire frissonner si le réalisateur et les scénariste savent habilement tirer les ficelles de cette trame bête comme chou pré-machée par James Wan, réalisateur des deux films principaux.

La vérité, c’est qu’on ne sait pas grand chose de ce film, à quelques jours de sa sortie et que, même si la presse semble d’ores et déjà se montrer très critique à son encontre. De fait, il semble aussi que les spectateurs américains, qui ont pu découvrir le film le 6 septembre dernier, l’aient fortement apprécié jusqu’à en faire l’un des épisodes les plus rentables de la franchise Conjuring et peut-être même de toutes les licences horrifiques confondues. Je me rendrai donc, lundi 17 septembre, au Grand Rex pour assister à la première du film en Grand Large. J’espère ne pas être déçu et, malgré ce que je veux bien admettre, je garde une petite lueur d’espoir pour que le produit final ne soit pas trop mauvais !

Halloween de David Gordon Green.

Presque dix ans, qu’on l’attend, celui-ci ! Voire plus, pour ceux que la simple évocation des remakes-suites de Rob Zombie fait vomir. Autant dire qu’après si longtemps, David Gordon Green, le nouveau “Monsieur Halloween” a intérêt à nous livrer de la bonne par paquets de douze. D’ailleurs, à en croire les premières critiques tombées directement après l’avant-première US du film, ce nouvel opus qui fait table rase de tout ce que nous connaissions après la version originale de John Carpenter est vraiment bon. De plus, si la critique est véritablement élogieuse à ce stade (83% de critiques positives sur Rotten Tomatoes), les prévisions promettent d’ores et déjà au film d’intégrer le panthéon des divertissements d’épouvante les plus rentables de tous les temps.

Il est assez difficile de dire avec exactitude ce que l’on peut attendre d’un film comme le Halloween de David Gordon Green. Effacer l’histoire des huit suites plus ou moins bonnes (mais nécessairement cultes) était un pari risqué. On aurait pu légitimement penser que le réalisateur aurait au moins préservé l’héritage du second opus porté à l’écran par Rick Rosenthal. Pourtant, il n’en n’est rien et, à la réflexion, ça n’est peut-être pas plus mal si l’idée est véritablement de faire repartir la franchise sur de bons rails (une suite étant inévitable, le légendaire Jason Blum ayant assuré qu’il produirait des suites aussi longtemps que la franchise serait rentable pour le studio Blumhouse). Le projet n’est pas sans nous rappeler le populaire “Halloween : 20 ans après” qui, sans avoir déchainé les foules, avait fait un grand plaisir aux fans de la saga qui, aujourd’hui, tout comme moi, voient dans ce nouvel épisode un “Halloween : 40 ans après” et ça fait vraiment baver.

Très impressionné par les trois bandes-annonces et les premiers retours, je dois dire que j’attends avec grande impatience la sortie française de ce nouvel Halloween. D’ailleurs, je n’aurai pas à attendre très longtemps puisque j’aurai le privilège (et je n’en reviens toujours pas moi-même) de voir le film en avant-première au Grand Rex le 1er octobre prochain, soit un mois avant la sortie officielle. Heureusement, d’ailleurs, car en bon fanboy, je me demande comment j’aurais fait pour tenir jusqu’au 24 octobre prochain, date de sortie française.

Suspiria de Luca Guadagnino.

En voilà un que j’attends au tournant… tout autant que les deux précédents, d’ailleurs. Car, en vérité, tout comme La Nonne et Halloween, Suspiria est une véritable énigme. Le film, dont on pourrait penser qu’il s’agit d’un remake du film de Dario Argento est en fait une réimagination de l’œuvre qui inspira le métrage original : Suspiria de Profundis de Thomas De Quincey. Une fois encore, donc, le choix est fait de faire table rase de l’œuvre originale et d’aller plus loin dans l’horreur aux côtés de la nouvelle interprète du rôle de Susie Bannion, Dakota Johnson (oui, on sait tous à quoi vous pensez).

Scotché par l’œuvre originale qui avait su me mettre mal à l’aise sans pour autant véritablement m’éblouir (le film ayant plutôt mal vieilli), je suis très curieux de savoir ce que Luca Guadagnino va bien pouvoir faire de ce film. D’autant qu’il nous a déjà fait rêver avec son Call Me By Your Name et que ce Suspiria est renforcé par un casting au poil (je pense surtout à Tilda Swinton dont on murmure qu’elle pourrait jouer deux rôles bien distincts). Pour le coup, nous ne disposons pour l’heure que de trop peu d’indices pour pouvoir en dire quoi que ce soit mais les premières retombées, comme l’on pouvait s’y attendre, sont globalement très positives.

Malheureusement, pas encore d’avant-première prévue en France mais, si tout se passe bien, je vous prie de croire que je serai bel et bien au rendez-vous, fidèle à moi-même, pour découvrir ce tout nouveau Suspiria, une nouvelle fois au Grand Rex (allez, je croise les doigts même si, en vérité, c’est plus que très probable). Cette année, ce sera donc un carton plein pour le cinéma d’horreur avec trois films très attendus et dont au moins deux promettent d’assez bons résultats critiques. À se demander s’il n’y aurait pas un peu de sorcellerie là-dessous.