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POURQUOI J’AI DU MAL À DORMIR LA NUIT (CHRONIQUE #4)

Allez savoir pourquoi, j’ai énormément de mal à dormir en ce moment. Pourtant, qu’on se le dise, je n’ai absolument aucune raison de ne pas dormir. Au contraire : quasiment tout va bien dans ma vie, je ne suis pas dans le plus profond des mals comme ça a pu être le cas auparavant et je me paye même le luxe d’étudier dans un cursus qui me plaît. Alors quoi ? Qu’est-ce que cette chose qui me fait veiller, dans mon lit, jusqu’à deux heures du matin et me réveiller complètement desséché vers quatre heures pour ne pas me rendormir avant cinq heures alors que je dois me réveiller une heure et demi plus tard ? 

Je pense, je pense, je pense tout le temps. Je pense au passé, je pense au malheur, je pense à tous ces gens qui vivent en meute alors que je vis seul. C’est frustrant, n’est-ce pas ? D’avoir pour idéal ce qui est justement le propre de l’idéal : la fiction. Ça a toujours été ainsi et les présages m’indiquent que ce sera toujours ainsi, jusqu’au dernier jour. Parce-que je suis un inadapté social. Je fais rire les gens un quart de seconde puis je me retire dans le boudoir. On me câline, on me bichonne, on me dit que tout va bien aller mais ces moments ont une fin. Et c’en est chaque fois plus douloureux.

Alors est-ce d’un corps, que je manque ? Que je me demande, allongé dans mon lit défait, le regard posé sur le filet anti-pigeons tendu sous mes fenêtres, dernier bastion de la tranquillité grabataire de mes voisins du dessous face à ces nobles volatile de la famille des columbidae (merci Wikipédia) qui, par conséquent, sont bien aise de venir chier sur mon balcon.

Non, je ne pense pas que ce soit d’un corps que je manque. Quand bien-même l’esprit est-il déjà de trop dans mon idéal même si je sais que je ne pourrais me résoudre à vivre avec un homme, une femme, un.e non-binaire, un.e trans ou n’importe-qui d’autre si cette personne était dépourvue d’un cerveau (d’abord parce-que scientifiquement, ce serait de la nécrophilie). Pour autant, l’esprit reste de trop. Que dis-je, « l’esprit » ? La conscience ! Il me faudrait alors me justifier en permanence, m’expliquer, m’excuser. Me justifier de ressembler à ça, expliquer mes lectures et ce en quoi je crois, m’excuser d’être moi. Non pas qu’on me demande tout cela. Je suis l’obligé perpétuel de la bienséance et de l’honnêteté même si la vérité n’aura pas la même saveur si on la cuisine au sel et au poivre ou au paprika et au cumin. C’est ainsi pour moi comme pour tout imposteur ou toute personne persuadée pour Dieu sait quelle raison qu’elle est un imposteur. 

Comme si ne pas évoquer cette après-midi d’été durant laquelle mon père avait pissé contre un arbre dans la forêt et où je m’étais efforcé de me retenir car je ne voulais pas ressembler à ça, c’était déjà mentir un peu. Déjà, je voulais tuer le père. Et ne pas le dire, ne pas en faire mention, tout comme ne pas faire le listing complet des 500 bouquins de ma bibliothèques pour éviter les mauvaises surprises, c’est prendre le risque de mentir par omission, c’est prendre le risque d’en parler un jour et de s’apercevoir qu’aucun de nous deux ne connaît véritablement l’autre.

Ce besoin constant d’expliquer, de rationaliser, de mettre à plat, pour assurer une compréhension mutuelle, impossible à 100% si j’en crois mes cours de linguistiques, c’est ce qui me pourrit l’existence car, puisqu’il est impossible de tout rationaliser et de faire accepter à tout le monde qu’il existe une vérité et que c’est celle-ci, alors j’y pense, j’y pense et j’y repense encore et la douleur que je ressens est d’autant plus intense, renforcée sans cesse par un sentiment d’injustice qui m’envahit chaque fois que je suis enfermé dans une case alors que mes opinions sont l’antithèse du concept d’absolu. 

Ça me rappelle justement cette phrase qu’on m’avait dite au collège et qui n’est jamais sortie de ma mémoire. Cette punchline philosophique qui s’ignorait et qui hante encore mes nuits, à l’âge canonique de 21 ans. « Tu imagines, si tu étais lui ? » avait demandé l’un de mes petits camarades à son voisin de bureau à mon propos. Peut-être ne pensait-il pas à mal ? Peut-être ne faisait-il que me plaindre en compatissant aux humiliations que je subissais au quotidien ? Pensez-vous. Et pourtant, il avait raison. Du plus profond de sa bêtise, il avait raison. Car personne ne peut s’imaginer ce que c’est que d’être moi. 

Et si personne ne peut s’imaginer ce que c’est que d’être moi, c’est parce-que personne, pas même moi qui évoque ce problème, n’est capable de transposer, de se projeter. Ça n’est pas dans notre culture que de rentrer dans la tête des autres pour ressentir ce qu’ils ressentent. Chacun sa merde et si tu as des soucis, si tu te sens mal, c’est de ta faute ou alors c’est que tu es trop sensible. Après tout, la vie n’est-elle pas par nature imbuvable ? Et si tu es incapable de la boire avec son amertume sans ta dose de sucre, alors tu peux tout aussi bien crever parce-qu’y vivre est par essence illusoire. 

Insensible, je l’étais aussi. J’ai souvent considéré certains problèmes propres à d’autres personnes ou à d’autres communautés comme de peu d’intérêt, futiles, exagérés. J’ai souvent dit que hurler était inutile. J’ai pensé que protester n’avait pas d’intérêt car, pour le moi du passé, tout combat sur la place publique est un peu le voisin bourré dans la grande cage d’escalier de la vie à deux heures du matin un dimanche soir. Peut-être est-ce ça. Ou peut-être est ce remontage de bretelles qui, après une énième protestation contre ce jeu qui consistait à m’accuser de tous les maux dans la cour de récréation lorsque j’étais tout petit, acheva de me convaincre qu’il n’y avait pas de justice parce-que, dans la réalité, ça ne sont ni les gentils ni les méchants qui gagnent. Ce sont les plus nombreux et je n’en fais pas partie.

« Lorsqu’on t’envoie dans mon bureau, me disait la directrice d’école, même si ça n’est pas toi qui est en faute, tu dois encaisser et arrêter de toujours contester. Parce-qu’ici c’est moi qui dis qui a raison. »

Depuis ce jour-là, j’ai arrêté de me plaindre, il me semble. Et je crois que je suis devenu un peu dingue. Comment ne pas l’être ? J’en suis même venu à penser que je faisais effectivement tout ce qu’on me reprochait. J’en arrivais à penser que j’avais peut-être un problème et que je ne me rendais pas compte des bêtises que je commettais. Il faut dire, d’ailleurs, que certaines, frôlaient parfois l’absurde. Comme ce jour où un gros petit garçon a frappé de toutes ses forces dans une vitre de l’école pour la casser, juste parce-qu’un de ses amis lui avait dit, faussement, que je l’avais insulté. J’ai été puni. C’est tout. Fin de l’histoire. 

Et encore aujourd’hui, je suis incapable d’en vouloir aux gens qui me bousculent dans la rue. Je suis incapable de hausser le ton. Je parle tout bas, si bien que les gens ont du mal à m’entendre. Et, lorsqu’on me crie dessus ou lorsqu’on me fait une réflexion, j’ai tendance à fondre en larmes. C’est surement pour ça que je n’arrive pas à rencontrer des gens et à m’inscrire dans une relation sur la durée sans avoir à me justifier ou à m’excuser sans arrêt. C’est surement pour ça, aussi, que je préfère rester seul. Et, au final, c’est très certainement pour ça que j’ai du mal à dormir la nuit. C’est le serpent qui se mord la queue. 

Une fois encore, je vous remercie d’avoir lu ce nouveau billet d’humeur un peu tiré par les cheveux. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il sortait du cœur. Je vous dis à très bientôt et à la semaine prochaine pour de nouvelles aventures qui, je l’espère, vous feront rire davantage que celle-ci. 

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LA SCANDINAVIE, DE LA GLACE ET JOKER (CHRONIQUE #3)

NDSRDLR* : Ayant été malade comme un chien au point d’avoir hérité du doux sobriquet de Mon Vieux Pataud, je me suis permis de m’accorder une journée de plus pour achever cette chronique.

Et voilà, deux premières semaine de cours achevées dans la plus pure tradition des rentrées couronnées de succès. C’était fort inattendu, je dois dire. Car lorsque j’ai choisi, en désespoir de cause, de tenter un coup de poker avec le destin en rejoignant les études nordiques, il me semble que je n’y croyais qu’à moitié, tant l’idée que je puisse tirer une gratification personnelle de l’apprentissage des langues en milieu universitaire me semblait saugrenue, et ce malgré tout l’amour que je peux avoir pour la scandinavie et plus particulièrement pour la Norvège, ses paysages, sa culture du deux de tension et du « chacun ses germes et ses problèmes ».

Qui plus est, le fait que cette rentrée en première année soit en fait la quatrième n’avait rien pour me rassurer. Durant trois années de suite, j’avais essayé de m’intégrer dans la fac d’histoire de Paris I Panthéon-Sorbonne. À grand mal, c’est peu de le dire, mon record de longévité universitaire étant de cinq jours. Profs antipathiques, cours rasoirs, locaux en ruines, atmosphère malsaine, voire sectaire, et surtout beaucoup trop de gens et de bruit. Ça ne pouvait pas marcher.

J’imagine d’ailleurs que le Centre Malesherbes dans lequel je me trouve est la très rare exception à la règle d’antipathisme qui semble régir le système universitaire français. Si j’en crois un article paru dans Le Progrès – qui, visiblement, donne raison aux reproches que j’ai pu faire à ce système par le passé – on en serait quasiment rendus à une sorte de chasse à l’homme qui friserait le rite sacrificiel si les lois n’étaient pas là pour protéger les (rares) pauvres fous qui parviennent à se glisser dans les AG pour faire entendre un son de cloche minoritaire (à droite de l’aile gauche du PS, pour faire simple) au risque de se faire dépecer vivant sur l’autel de la lutte finale.

À cela, je ferai le même reproche (infondé, pour la coup) que notre Très Cher Leader fit à Greta Thunberg il y a quelques jours : l’élevage en batterie d’étudiants en négativité générale (Cette désignation leur donne t-elle tort ? J’en sais rien et j’en ai strictement rien à battre). Voilà pourquoi je ne m’éterniserai pas sur le sujet qui me remet en mémoire les heures les plus sombres de mon histoire qui me reviennent en pleine mouille chaque fois que je me rends au Centre Clignancourt de la Sorbonne pour mes deux heures de langue anglaise hebdomadaires, sorte de centre névralgique de la négativité estudiantine.

J’avoue, même si je ne pensais pas nécessairement à ce combat dans les lignes qui précèdent, que j’ai mangé mes grands morts en apprenant la fonte du plus haut sommet enneigé de Suède, s’ajoutant à la longue liste des glaciers et autres bidules qui caillent et que je ne pourrai probablement jamais voir ailleurs que sur une putain de photo. Vous la sentez, la haine ?

Comment, en effet, ne pas y voir une forme d’égoïsme général lorsque la société toute entière acquiesce à la question « êtes vous prêts à troquer nos plus beaux sommets enneigés contre un plus large choix d’inoculateurs de cancer en sachets dans vos rayons surgelés ? »

Comment ne pas avoir la haine lorsqu’on constate que parisiens, provinciaux et internationaux confondus se branlent la nouille de se taper 37-40 degrés dans le nord de l’Europe à la mi-juin et que certains trouvent même moyen de trouver un avantage pécunier au réchauffement du Groenland, l’un des plus beaux joyaux naturels de notre planète asphyxiée ?

« Ah mais tu comprends, ça va permettre de forer et d’accéder à de nouvelles ressources ! », qu’ils disent (ressources qui nous permettront de polluer et de foutre en l’air la nature encore plus allègrement qu’à l’accoutumée, cela va sans dire).

Allez savoir pourquoi, quand c’est Jean Hugon qui fait ce genre de réflexions sur la responsabilité du système capitaliste dans l’état actuel de notre éco-système, ça me fait froid dans le dos mais quand ça vient de moi, ça me semble d’une logique implacable. Logique renforcée par cette vidéo vue en cours de géographie Nordique où un « agriculteur » Islandais exprimait pourquoi l’abondante exploitation des forêts (avec le sérieux concours des Vikings, d’ailleurs) pouvait expliquer qu’on trouve si peu d’arbres en Islande et à quel point il était compliqué de reforester cette terre à l’heure actuelle même si cela faisait partie des priorités du gouvernement et des pouvoirs publics qui semblent mettre toute leur énergie dans la culture d’arbres en serres pour une plantation abondante d’ici quelques mois voire quelques années.

On constatera d’ailleurs l’implication quasi surnaturelle de gouvernements nordiques pourtant de droite – voire d’extrême droite – dans la réduction de la surexploitation des ressources qui mènent à la destruction de notre patrimoine naturel. Je pense particulièrement au gouvernement Norvégien qui s’est engagé à refuser toute exploitation des ressources rendues accessibles par le réchauffement du nord du pays. Il faut dire que le pays est tellement riche (chaque citoyen norvégien étant millionnaire sur le papier) que cracher sur quelques millions en plus est un luxe qu’Oslo peut facilement se permettre.

Il faudrait donc voir notre refus, à nous Français bien franchouillards, de faire des efforts en matière d’écologie (si seulement c’était suffisant) comme une peur de sombrer à nouveau dans une crise économique qui reviendrait encore une fois à mettre dans la balance notre banqueroute à court terme et notre disparition quasi-certaine d’ici environ un siècle. C’est tellement absurde et égoïste qu’on serait tentés d’abréger les souffrances de l’humanité à grand coup de pierres d’infinité.

Ce qui m’amène, pour conclure cette chronique avec toujours plus de désespoir, à évoquer cette terrible erreur que j’ai commise la semaine dernière en « méprisant de classe » les Cinémas UGC, partant du principe que si avant-première il devait y avoir pour Joker de Todd Phillips, elle serait nécessairement au Grand Rex. C’est ainsi que je me suis lamentablement pris les pieds dans le tapis, payant ma place au prix fort pour une fausse avant-première la veille de la sortie nationale alors que l’authentique première diffusion se faisait cette semaine à l’UGC Normandie (où j’ai une carte illimitée), soit à deux pas de chez moi. J’imagine que c’est ça, le retour de karma qui me pend au nez depuis plusieurs semaines/mois.

Alors quel rapport avec tout ce dont j’ai parlé précédemment ? Je pense que le changement climatique, entre autres symptômes d’une société malade dont la précarité, le manque de reconnaissance sociale et la maladie mentale, est l’une des préoccupations au cœur de ce film que Todd Phillips nous a concocté, prélude à une véritable prise de conscience et à une révolte que semblent craindre certaines associations qui voient dans le film une sublimation de la violence. Cette sortie est assez ironique, d’ailleurs, un an après le début des manifs de Gilets Jaunes.

Sans être un outil de propagande, j’ai le sentiment, à la vue des trailers, qu’on se dirige vers une œuvre à la portée d’un V For Vendetta. Un moyen d’avaler plus facilement la pilule de la nécessité du changement et vers une sorte d’épiphanie populaire qui pourrait si bien être d’une grande utilité qu’un véritable désastre (les Révolutions aussi semblent particulièrement sujettes aux coups de karma, il me semble).

Bien, c’est donc ainsi que je conclus cette chronique un peu bancale. J’espère que ça vous a plu et je vous dis à la semaine prochaine pour de nouvelles aventures passionnantes !

*(Note Du Seul Rédacteur De La Rédaction)

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PATRICK BALKANY, LE CLUEDO ET DU PAIN BUCHERON (CHRONIQUE #2)

J’avoue qu’il m’arrive de me comporter bizarrement. Ainsi, par un étrange alignement des planètes, m’étais-je retrouvé au rayon littérature éducative de la FNAC des Champs-Élysées, « Main on End » de l’OST d’Avengers Endgame dans les oreilles, à la recherche d’un manuel de grammaire estampillé Bescherelle afin de combler certaines lacunes accumulées durant mon jeune âge, lorsque le système scolaire français m’a mis dans le crâne, volontairement ou pas, que je ne ferrai jamais rien de ma vie et qu’il était peut-être préférable de laisser tomber dès lors.

Si bien que les gens ont tendance à dire de moi que je suis « tête en l’air » ou « dans les nuages », toujours à m’imaginer ce que serait la vie si (…), les écouteurs vissés dans les oreilles comme s’ils étaient mon organe de l’inspiration, l’appendice par lequel tout transite. Des personnages que j’invente aux histoires que j’imagine. Ces histoires que je me retiens d’écrire car je sais que si je commence, il viendra un moment où je ne saurai pas accorder cette phrase qui sonnait si bien dans ma tête. Du coup, je crois que c’est une assez belle mise en abime pour une anecdote au sujet d’un Bescherelle. 

Anecdote qui reflète assez bien le vide intersidéral de mon existence lorsque je n’ai aucune responsabilité professionnelle. C’est ce qui m’a conduit, après une première leçon sur les catégories de mots, à acheter la version Nintendo Switch du Cluedo. Ceux qui me connaissent savent d’ailleurs que je raffole de ce jeu de société. Avis aux amateurs. D’ailleurs, pour ceux que ça intéresse, je ferais bien une partie de Monopoly prochainement. 

Ce qui m’amène à pousser un coup de gueule. Comment expliquer, alors même qu’à l’achat, jouer en ligne à la Switch n’était pas payant, Nintendo se soit lancé dans l’imitation des escroqueries que nous offrent Microsoft et Sony depuis la dernière génération de consoles et à laquelle nous aurions du nous opposer fortement ? Ajoutez à cela qu’en plus de devoir me contenter de jouer face à l’intelligence artificielle de la console, je sois obligé de conserver mon achat dans la mesure où l’entreprise nippone est hostile à tout remboursement (malgré le prix exorbitant de ses titres). Inintéressant au possible ? Certes. 

Il est d’ailleurs amusant que j’ai pu apprendre la condamnation de Patrick Balkany au terme d’une partie de Cluedo. Pour une fois, ça n’était pas le Colonel Moutarde, dans la cuisine, avec la sauce béchamel (ou Bescherelle) qui avait commis le crime. C’était le Maire de Levallois-Perret, avec la valise de billets dans l’avion en partance pour le Maroc. Il s’avèrera pourtant que les habitants de la dite ville soient assez indifférents à la notion de fraude fiscale, ce qui a le don d’agacer l’aile gauche française qui préfère se dire que ce sont des électeurs du maire en disgrâce ou que « ce sont des idiots qui ont bien tort de se réjouir de la nouvelle piscine municipale creusant un peu plus le déficit de la ville » alors même que les leaders de la gauche clament à qui veut l’entendre que « la France n’a jamais été aussi riche » et qu’il serait peut-être temps de mettre la main au portefeuille. 

Portefeuille que je ne prends jamais avec moi, d’ailleurs. Je me faisais justement la réflexion tout à l’heure en allant marcher. C’est une vilaine manie liée au fait que je suis très encombré par mon corps et peu habile de mes mains. Rendez-vous compte : je suis cette personne à la boulangerie qui galère à sortir son portefeuille de sa poche, qui galère à l’ouvrir, qui galère à sortir sa carte de crédit et qui galère à la ranger avec sa putain de baguette de pain dans l’autre main. Ce même connard qui vous a fait attendre une minute alors qu’un client prend en moyenne trente secondes pour effectuer sa transaction. C’est ce qui m’a conduit à abandonner l’idée du portefeuille, me disant que ce serait bien plus pratique de conserver ma carte de crédit dans la poche intérieure de ma veste, d’où j’ai tout autant de mal à l’en extraire, d’ailleurs. Tout ça pour un pain bucheron.

Il faut savoir que, jusqu’à très récemment, j’étais habitué à consommer des pains au lait Pasquier pour le petit déjeuner. Délicieux, ils laissaient pourtant une petite touche d’inaccompli qui ne me met pas en joie lorsque je dois me lever à sept heures (dans la mesure où je suis plutôt du genre treize heures du matin), sans compter le fait que ma consommation faisait effet caméléon sur leur aspect industriel, ce qui fait que j’avais tendance à les enchaîner sans trop prendre en considération le nombre de calories, me rappelant l’adage de ma grand-mère exprimant cette idée qu’au petit-déjeuner, on mange comme un Prince (cela dit, dans mon idée, les Princes sont plutôt fins).

Il se trouve donc que je suis retourné en Norvège en aout dernier pour l’anniversaire de mariage d’amis très chers. Occasion pour moi de faire un break avec le sieur Pasquier. C’est là que j’ai redécouvert le charme de la boule de pain. De retour en France, je me mettais donc en quête du boulanger qui saurait si bien retranscrire cette saveur que je voulais retrouver au petit déjeuner. C’est ainsi que j’ai découvert le pain bûcheron (ironique quand on sait que c’est un séjour dans la forêt qui m’a mis en appétit). Composé de farine de blé, de seigle, de blé malté, de graines de tournesol, de lin, de soja, de sésame et de gluten de blé, il me semblait tout à fait sain et ça n’est pas la dose de matières grasses que je mettrais dessus qui y changerait quoi que ce soit, même en y ajoutant ma dose de lait chocolaté quotidienne et le verre de jus d’orange qui va avec. 

Faisant partie de ces gens qui sont restés coincés avec leur néophobie infantile, j’ai beaucoup de mal à m’alimenter durant la journée, ce qui explique que je préfère travailler de chez moi, endroit où je suis certain que ma crise d’hypoglycémie ne fera pas trop de dégâts (dans un 17m2, il y a une chance sur trois que je tombe à la renverse sur mon lit double qui prend à lui seul un tiers de l’appartement déjà pas bien grand). Donc, pour moi, si je suis contraint à sortir pour travailler, comme il semble que ce soit le cas pour au moins les trois prochaines années, si je dois tenir neuf heures avec seulement un petit déjeuner dans le ventre, il vaut mieux qu’il soit de haute qualité.

Ce qui me ramène à mes cours, l’apprentissage des langues étant un catalyseur de céphalées assez brutal chez moi, ma mauvaise alimentation n’arrangeant rien à l’affaire. Je commençais donc par un premier cours d’islandais, occasion pour moi de me plonger dans le grand bain de l’exotisme lexical des scandinaves à base de « Vaðlaheiðarvegavinnuverkfærageymsluskúraútidyralyklakippuhringur », soit le mot le plus long de ladite langue si j’en crois le blog europeisnotdead.com (qui, si vous voulez mon avis, ferait un bon nom pour un groupe de bloqueurs de frontières).

Et si je peux placer la même confiance en mes professeurs, je vais très probablement me sentir bien seul dans l’antichambre de mon premier entretien d’embauche post-diplôme dans la mesure où seuls 300.000 personnes sur terre parlent l’Islandais. Autant dire que d’ici trois ans, il est probable que je sois la planche de salut d’un Islandophone réveillé un beau matin dans une baignoire pleine de glace dans un vieil hôtel miteux avec vue sur Gare du Nord. 

Cela dit, il est assez peu probable que je rencontre un islandais à Paris. Il est d’ailleurs hautement plus improbable que ce dernier ait la malchance de tomber dans un trafic d’organes. Il n’en sera pas de même pour les norvégiens qui sont un peu plus nombreux. De toutes manières, islandais comme norvégiens étant parfaitement bilingues, ce que je dis n’a aucun sens. Ce qui m’amène à conclure cette deuxième chronique en vous souhaitant une agréable semaine qui, je l’espère sera toute aussi riche et enrichissante que la mienne. Gardez le sourire et à mercredi prochain !

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POURQUOI J’AI DÉCIDÉ D’ÉCRIRE UN BILLET D’HUMEUR ! (CHRONIQUE #1)

Après une semaine de rentrée de deux jours (vous conviendrez que c’est relativement court), vient le moment tant attendu du repos du guerrier. D’ailleurs, j’utilise cette expression à dessein puisque ces deux jours relevaient pour ainsi dire du parcours du combatant (effectuer un stage de deux jours en conjugaison française pour introduire mon année universitaire, j’en reviens toujours pas).

Aussi le hasard fit-il que ce jour de repos intervint le 11 septembre 2019, soit le jour du dix-huitième anniversaire des attentats du même nom. J’ai tendance à rapidement oublier les choses sans importance et c’est pourquoi je ne me souviens pas exactement des raisons qui m’ont poussé, il y a un peu plus de deux heures, à me dire que ce serait une bonne idée d’écrire un billet d’humeur hebdomadaire au ton un peu amer et caustique, avec toujours ce soupçon de naïveté et de bienveillance qui me sied si bien. Cependant, ce dont je me souviens, c’est que j’ai pu lire la chronique d’un internaute chauffeur de taxi (ou de bus) qui évoquait très certainement cet évènement tragique. 

Ainsi vint le génie : « Mais Victorien ! La voilà, la solution au fait que tu trouves ça terriblement rasoir d’écrire des articles d’actualité sans parler de cet autre fait qui veut que tu as trop souvent tendance à abuser du superlatif ! Écris-donc un billet d’humeur ! Aussi, pourras-tu t’exaspérer tout ton saoul et te répandre en pleurnicheries tout en flattant ton égo surdimensionné qui te rend pourtant si attachant bien que ton sentiment d’infériorité ne te laisse penser le contraire. »

Souate. Ce qui m’amène à l’actualité de cette semaine qui a été rythmée par bon nombre de cocasseries très sérieuses ou pas tant que ça. Tout d’abord, Le Grand Rex. Sorti spécialement de mon 17ème arrondissement, où je loue une chambre de bonne à bon prix (tousse, tousse), j’ai pu assister à l’avant-première de It : Chapter 2 de Andrès Muschietti. Pourtant, ça n’est certes pas la chose la plus effrayante que vous auriez pu voir si vous aviez décidé d’assister à la projection en ma compagnie. 

En effet, fort d’un tempérament légèrement excessif, je me suis dit que ce serait peut-être une bonne idée que de partir 4 heures avant le début de la séance, afin de ne pas être en retard. Si l’on compte les 1h30 qui me séparaient du cinéma (je ne me déplace qu’à pieds), j’avais donc encore deux heures et trente minutes à combler, ce que la vision du McDonald’s au coin de la rue m’a rendu assez insupportable. Ne pouvant résister, je me réfugie donc chez l’humble tavernier, décidant de commander assez de matières grasses pour me sustenter et pour me faire tenir toute la soirée dans la mesure où étant obsédé par mon poids, je n’avais rien mangé depuis le petit matin où déjà les premiers remous du gargouillï s’étaient fait sentir.

Le secret, voyez-vous, c’est de ne pas commander la boisson qui va avec et de faire suffisamment de sport pour éliminer toutes calories accumulées tout au long de la journée. Ainsi avais-je calculé que par les jours de grands empiffrages, il me suffirait de marcher 27,5km (mon record absolu), en suivant un parcours allant de l’Arc de Triomphe en passant par le Grand Palais jusqu’à Saint-Germain des Prés, achevant ma course à hauteur du métro Louvre-Rivoli, après être passé devant Saint Michel, rentrant chez moi en ligne droite par la Rue de Rivoli et les Champs-Élysées. Tout cela après un tour complet du Bois de Boulogne. Mais peu importe. 

Je fus tiré de mon gavage constitué de frites, de potatoes et de nuggets par une vue assez inquiétante qui m’inspira cette idée pas si saugrenue que le reste des parisiens était peut-être tout aussi fou que moi : la file d’attente totalement inexistante quinze minutes auparavant s’étendait alors tout le long de la rue qui longeait le cinéma, soit deux heures et quinze minutes avant le début de la séance. Perdu pour perdu, je décidais de terminer ce qu’il restait sur mon plateau et de regarder mon plaisir doublement hebdomadaire : la nouvelle vidéo de la chaîne Wankil Studio sortie la veille. Pas très drôle, elle achèvera de m’ennuyer au bout d’un quart d’heure. Le moment était donc venu, après un McFlury particulièrement chargé en Speculos, d’aller au contact de ces gens et de me jeter dans la gueule du clown. 

Très mal à l’aise, je me range donc dans la file d’attente, juste devant une petite boutique de téléphones aux airs de laverie. C’est alors que le destin m’envoie le signal d’une connaissance de longue date qui, à défaut de partir quatre heures à l’avance, avait au moins eu le bon gout d’être dans les premiers à rejoindre la file. Cela va sans dire que j’allais allègrement me joindre à lui, sa seule présence à l’avant légitimant mystérieusement aux yeux de tous le fait que je gruge tout le monde alors que j’avais préféré passer au McDonald’s au lieu de subir une attente sans but qu’imposent les lois de l’avant-première. 

Un peu plus d’une heure avant le coup d’envoi entrons-nous donc dans la salle savamment baptisée « salle du Grand Large » où de petits goodies nous attendent. Aussi, me sentais-je légèrement mal à l’aise lorsqu’après avoir agréablement patienté devant mes frites et mes nuggets, je m’étais retrouvé au milieu de la salle, soit l’endroit le plus propice à l’appréciation d’une expérience cinématographique en premier visionnage (pour ce qui est des revisionnages, je me mets toujours au dernier rang sur la gauche, ce qui me permet d’observer les réactions des gens du public et d’être dérangé par les retardataires qui arrivent par le fond de la salle et qui veulent absolument cette place juste à côté de moi alors même qu’elle constituait la ligne de démarcation sanitaire obligatoire entre moi et mon voisin de rangée). 

Constitué d’un tee-shirt, d’un autocollant et d’un ballon, le petit sac en papier rouge posé sur mon fauteuil est du plus bel effet et me donne le sentiment d’être privilégié, sans doute pour me faire oublier que le vigile (probablement jamais allé voir un film dans un cinéma de toute sa foutue chienne de vie) s’est dit que ce serait une bonne idée de passer devant l’écran toutes les trente minutes pour contrôler que personne ne filmait.

Pour en savoir plus sur le film, je vous invite d’ailleurs à consulter ma critique que vous pouvez retrouver sur le compte Twitter de Pop & Blood, ce petit « média » qui gagne un peu en followers ces derniers temps après deux mois d’essais infructueux et que je m’échine à faire décoller. 

Cela étant dit, ce fut une assez bonne surprise qui m’a pourtant un peu déprimé. Déjà, je me prenais à imaginer, après The Dark Knight, après The Conjuring 2, après Doctor Who, après la saison 4 de Sherlock, après le remake de Suspiria, après le reboot d’Halloween, quelle serait la prochaine œuvre cinématographique ou vidéoludique qui allait m’obséder et occuper mon esprit au quotidien tant je cherchais à combler cette solitude qui me caractérise et qui fait que j’ai tendance à déprimer et à faire l’intéressant en parlant de ce bouquin de sexologie légèrement sarcastique que je brule d’envie d’écrire mais qui finira, comme tout ce que j’ai commencé à écrire par prendre la poussière faute de vision et de compétences en graphisme.

Ce fut donc un début de semaine pour le moins intense. Un remue-méninges assez irrationnel qui aura au moins l’avantage de m’offrir le spectacle plutôt pathétique d’un Boris Johnson lavé à froid par le système britannique quand, dans le même temps, Salvini sombrait dans l’oubli dans une Italie en plein émoi maintenant dirigée par ceux qui s’étaient servi de lui pour arriver au pouvoir. Vu que je suis superstitieux et que je crois à la loi du « jamais deux sans trois », je m’attends donc à la disparition de Trump ou Bolsonaro avant la fin du mois (Seigneur, si tu m’entends).

Bolsonaro qui, en digne représentant de l’enfer sur Terre, avait réveillé en moi cette lubie nihiliste de théoriser un kink sadomasochiste basé sur les luttes militantes et inter-communautaires. Il va sans dire que ça en a fait rire plus d’un lorsque j’ai publié ce texte qui répondait à la question suivante : « Pourquoi en tant que militant de droite, suis-je terriblement excité à l’idée de décoller les affiches de mon candidat par -5°c sous les ordres d’un militant anarcho-communiste ? » Cependant, et j’en fus le premier ravi, ce fut une véritable surprise qui dépassa de loin cette vaine tentative d’évincer mon complexe d’infériorité que de constater que nombre de gays parisiens se retrouvaient dans ma description de ce kink qui m’avait été inspiré par les homos démocrates qui, pour faire passer le goût amer de la défaite de 2016, avaient voulu rationaliser la violence des militants MAGA en les sexualisant et en en faisant des « mâles alphas » à vénérer.

En ce qui me concerne, c’est plus une sorte de pied de nez un peu mesquin à l’élite twinkesque du porte-voix associatif queer parisien que j’aurais bien rejoint si je n’étais pas si buté et sûr de moi. Je suis d’ailleurs certain que ça aurait pu me faciliter bien des moment difficiles et m’éviter tout un tas de complications psychologiques (voire psychiatriques) liées au fait que j’ai horreur de m’exposer. Cette situation m’amènera pour ainsi dire à sexualiser intellectuellement les petits twinks beaucoup trop fins pour avoir avalé Karl Marx tout entier mais qui ont déjà leur carte de membre du PCF à 18 ans pour avoir des places gratuites pour la fête de l’huma’. Autant dire que du 13 au 15 septembre, ça va être la saison des moissons pour toute la nouvelle équipe fraichement pondue des militants pas dégueus, vitrine pas seulement crypto-gay de la lutte contre le capitalisme.

Bref, une semaine chargée en histoires plus absurdes que rocambolesques, en somme. Une semaine qui me conduira à effectuer une pré-rentrée pour le moins chargée en émotions à Paris – Sorbonne en Études Nordiques spécialité Norvégien, passion qui me vient de ce voyage effectué en juin dernier et renouvelé en aout qui me laisse à penser que je finirai probablement ma vie là-bas si le voisin du dessus me le permet. Outre les idées noires hebdomadaires (elles aussi) mystérieusement disparues de mon esprit très particulier, c’est une sorte de havre de paix qui s’est offert à moi lorsque, profitant du soleil, je m’étais rendu sur le port d’Oslo, face à la mer et m’étais posé là, tranquillement, à regarder les bateaux battre les vagues d’un bleu mystérieux, jusqu’à ce que le premier trailer de Doctor Sleep ne paraisse, me tirant de ma rêverie. 

Tout cela me conduisant bien entendu, puisque Parcousup avait décidé que je n’étais pas un artiste malgré une exposition à l’étranger et une reconnaissance de certains de mes pairs, à me diriger vers un cursus linguistique qui, au final, semble me contenter et m’offrir une perspective professionnelle alléchante allant de traducteur à diplomate en passant par universitaire ou journaliste alors que les arts plastiques m’auraient sans doute précipité dans les bras de dame chômage. Ça tombe bien : j’adore écrire et je suis assez fort en gueule. Ce qui m’amène à cette fulgurance qui m’est venue aux environs du troisième exercice de grammaire dispensé par cette prof qui me rappelle Dolores Ombrage : « Tant qu’il y aura des cocktails et des barmans pour les faire, il y aura de l’espoir. »

Grand amateur de mojitos, j’avais été particulièrement frustré lorsqu’au moment de répondre à une question de ma professeure, un très cher ami m’avait soumis une photo de son verre rempli à ras bord consommé dans un bar au bord de la mer du nord, ce qui – vous-vous en doutez – m’a légèrement contrarié. Dépité, je décidais de faire la tronche et de soumettre l’idée à un autre ami d’aller s’en jeter une après la fin des cours. « À 15H ? », me demanda l’intéressé sur un ton de pitié et de désapprobation qui n’attendait aucune réponse. 

Aussi, désarçonné, j’échouerai donc dans un Burger King à hauteur d’Étoile et terminerai ma course sur un Coca Zéro après m’être ramassé comme une sombre merde dans les escaliers du métro parisien, brisant la vitre de mon iPhone X à mille boulasses au passage. Ça n’est qu’un peu plus tard, après une séance de méditation guidée par un français à l’accent latino sur YouTube, que je parviendrai à trouver le sommeil malgré la migraine qui me turbinait le cerveau depuis au moins le milieu de l’après-midi. 

Ce qui m’amène au dernier fait qui rythma cette semaine ubuesque. Affaibli par cette atroce migraine, je m’étais donc couché dans l’angoisse d’un lendemain que j’imaginais dévastateur dans la mesure où l’inconnu me fait très peur et où j’ai l’impression que chaque instant de ma pénible existence peut me conduire à un échec cuisant. J’arrivais donc à m’endormir rapidement tant la journée avait été usante malgré la satisfaction de sembler intégrer un cursus enfin taillé pour moi (après trois années de tentatives en licence d’histoire, c’est un vrai soulagement).

Là, allais-je être projeté dans un univers onirique que j’ai encore beaucoup de mal à enlever de ma mémoire tant j’hésite entre le trouver cohérent ou totalement absurde. Assis en tailleur dans le noir, je suis pris dans les bras d’un ami dont je me demande ce qu’il peut bien fabriquer le torse à l’air. Très gentil, doux et attentionné comme à son habitude, il me demande de le regarder sans bouger. S’éloignant, il se dirige vers un autre homme que je ne connais pas, lui aussi torse-nu, baigné dans l’obscurité, et moi je reste là. Et je les regarde faire leur petite affaire jusqu’au moment où mon téléphone portable enclenche la sonnerie du réveil matin à base de sifflements d’oiseaux et de bruits de ruisseaux dans la brume légère (oui, on entend aussi la brume) d’un matin d’Octobre dans une forêt baignée de soleil. 

Les yeux encore embrumés, je fixe le plafond éclairci par la lumière du jour traversant la rainure des stores vieux d’au moins vingt ans. Toujours engourdi par l’inconfort de ce rêve pour le moins étrange, je passe les dernières minutes de repos qu’il me reste à réfléchir au sens de la vie avant de me jeter dans le flux des gens qui va s’abattre sur la capitale, achevant cette première « semaine de cours » de deux jours si intenses que la suivante (de quatre jours, celle-ci) m’inquiète un peu. C’est donc ici que je vous quitte, par une nuit noire de quasi pleine lune alors que mes paupières sont lourdes et que la fatigue me guète. À la semaine prochaine, en espérant que j’ai d’autres anecdotes intéressantes à vous raconter sur ma vie passionnante qui intéresse tout le monde, j’en suis certain.

ACTUALITÉ, POLITIQUE, SOCIÉTÉ

Les mormons imposent un centre anti-LGBTQ+ en plein cœur du Marais !

Pour celles et ceux qui vivent Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie depuis plus d’une dizaine d’années, la permanence de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est devenue habituelle, presque un symbole de la diversité républicaine et du vivre-ensemble. Les habitants du quartier prenant même un malin plaisir à taquiner les fameux missionnaires cherchant à les convertir. Pourtant, les mormons ont décidé de passer à la vitesse supérieure en cette année 2018. Bas les masques : la permanence devient un centre anti-LGBTQ+.

Par Victorien Biet

Depuis de nombreuses années, la communauté mormone de France est sujette à controverses, que ce soit pour son homophobie (ou, plus épisodiquement, son racisme) ou son très puissant lobbying lui ayant permis, en 2013, d’ouvrir son premier Temple en Ile-De-France au prix de nombreuses nuisances sonores, visuelles et écologiques.


Temple mormon ouvert en 2013 à Le Chesnay (Ile-De-France).

En effet, il est de notoriété publique que les mormons et les homos n’ont jamais fait bon ménage même si l’Église a interdit à ses fidèles de participer aux manifestations contre le Mariage Pour Tous. La haine des homosexuels est telle que ces derniers sont systématiques excommuniés (et donc condamnés à une éternité de purgatoire dans la croyance mormone) s’ils refusent de “changer leurs pratiques” en suivant l’une des fameuses thérapies de conversion. La persécution va même bien plus loin puisqu’elle s’exerce contre les familles des homosexuels qui s’exposent elles aussi à des sanctions, les enfants n’étant pas épargnés.

Les habitants du Marais ne sont d’ailleurs pas en reste puisqu’une permanence a été installée il y a plusieurs années Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie. Pourtant, les missionnaires de l’Église ont rapidement compris qu’ils n’arriveraient pas à leurs fins et il est aujourd’hui très rare de les voir sortir à leurs risques et périls dans ce quartier où les habitants s’amusent régulièrement à les titiller.

La décision a donc été prise, peu de temps après l’arrivée du nouveau prophète de l’Église, Russell M. Nelson (qui bénéficie d’un véritable culte de la personnalité), de transformer l’inutile permanence en centre “d’histoire familiale”. Si la direction du centre prétend, en toute logique, que ce dernier ne sera consacré qu’à la généalogie (les mormons accordant une très grande importance à cette pratique), il est ironique qu’un tel endroit, prônant la “famille traditionnelle”, ouvre entouré par un bar et un restaurant LGBTQ+.

ACTUALITÉ, MON ACTU, POLITIQUE, SOCIÉTÉ

Alice Nkom au sujet de la situation des LGBT au Cameroun.

Au Cameroun, les LGBT subissent les conséquences de l’article 347-1 du Code Pénal, punissant l’homosexualité de six mois à cinq ans de prison et de 20.000 à 200.000 Francs d’amende. De plus, pour une majorité de Camerounais, l’homosexualité a été “apportée” au Cameroun par les blancs, rejoignant sur bien des points le discours néo-conservateur des pays Est-Européens sur “l’impérialisme gay” occidental. Il est aussi pertinent d’ajouter que le nouvel intellectualisme de gauche, fondamentalement pan-africaniste, cherche à importer cette idéologie en France. Une tentative de conférence par des étudiants grévistes fut notamment avortée durant l’occupation de Tolbiac.

C’est contre cette dynamique que Alice Nkom se bat depuis de nombreuses années en tant qu’avocate. Son objectif premier est la dépénalisation universelle de l’homosexualité et plus largement l’éveil des consciences pour enrayer l’homophobie. C’est aussi un combat pour l’accès à l’information car les homosexuels non-Européens, sont empêchés par les forces de l’ordre et les Gouvernements d’accéder aux renseignements qui leur permettront de s’assumer, de militer ou encore d’assurer leur sécurité et de se protéger contre le SIDA, véritable fléau en Afrique.

Nous avons pu la rencontrer pour recueillir son témoignage. Qui est-elle ? Quel est son combat ? Quelle est la situation des LGBT au Cameroun ? Rencontre avec cet incroyable personnage considéré comme l’une des dix personnalités les plus influentes du Cameroun.

ACTUALITÉ, MON ACTU, POLITIQUE, SOCIÉTÉ

Remise du prix IDAHO à Mounir Baatour et Alice Nkom à l’Assemblée Nationale.

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Depuis de nombreuses années, Mounir Baatour et Alice Nkom se battent pour les droits des LGBT dans leur pays : la Tunisie et le Cameroun. Tous les deux avocats, ils ont chacun permis de faire avancer les choses et c’est notamment grâce à Monsieur Baatour que l’Association Shams arrive à survivre dans un pays à la législation homophobe où les tests annaux sont encore perpétrés malgré une condamnation de l’ONU.

C’est lors d’une réunion à l’Assemblée Nationale où nous étions présents que leur a été remis le prix IDAHO pour récompenser leur engagement. Durant cette séance où les députés Laurence Vanceunebrock-Mialon (2éme Circonscription de l’Allier), Yannick Kerlogot (4ème Circonscription des Côtes d’Armor), Annie Chapelier (4ème Circonscription du Gard) et Raphael Gerard (4ème Circonscription de Charente-Maritime) étaient présents, Garçon Magazine a pu assister aux témoignages poignants des deux lauréats que nous vous proposons de découvrir.

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